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Soixante jours de Sarah Marty

Publié le 19 juillet 2018 par Lael69
Sarah Marty
Editions Denoël
Mai 2018
277 pages
20 euros
Roman contemporain
Prix spécial du Jury Matmut
Quatrième de couverture : C'est l'histoire vraie d'un homme qui a marché des nuits et des jours, sans relâche. L'histoire d'un homme venu un jour reconstruire le mur d'enceinte de ma maison soufflé par la tempête. Quelque chose de solide émanait de lui, une force implacable. Pourtant, face à ce mur écroulé qui offrait comme horizon le jardin aux arbres séculaires des voisins, l'homme s'est mis à trembler. Après un long silence, il m'a avoué avoir peur des forêts.
Cette confidence m'a étonnée, le contraste entre cet homme costaud et cette peur enfantine était saisissant. Qui était-il vraiment ? Peu à peu, l'homme s'est confié, et une fois sa vie exhumée je lui ai fait une promesse, écrire son histoire. Celle de ces Kurdes qui, un matin de novembre, ont fui ensemble la Turquie. Ce livre est double, il raconte l'histoire de ce groupe de personnes qui m'a tant bouleversée mais il nous raconte aussi. En chacune de ces personnes se cache une part de nous-mêmes. Chacun porte en soi le ciel et l'enfer. 
Soixante jours fut une magnifique lecture, éprouvante et difficile. J'ai eu les larmes aux yeux, j'ai été saisi d'effroi, j'ai eu le coeur déchiré pour le sort de certains personnages, j'ai eu peur pour d'autres et je me suis prise d'affection pour d'autres. Vous présenter tous les personnages de ce roman ne servirait à rien... sachez simplement que Soixante jours raconte le long, douloureux et pénible parcours, la fuite éperdue et passionnée d'un groupe de kurdes voulant atteindre l'Europe. On parle beaucoup des réfugiés dans les médias mais on ne comprend pas vraiment ce qu'ils vivent. Quand ils arrivent en Europe, en Italie, ils sont là, échoués dans la mer, le regard éperdu, et les images diffusées ne leur rendent pas honneur. Car avant d'arriver sur nos terres, ils vivent un parcours inhumain.
Ce roman a su me faire réfléchir au poids, au déchirement, au déracinement, à la violence de l'exil, de la fuite d'un pays où il reste encore famille, liens et amour, aux trahisons des passeurs, à ses hommes ignobles. Un soir d'été l'auteure rencontre Yoldas un maçon kurde qui lui propose de reconstruire un mur écroulé de sa propriété. Au fil des jours, ils vont faire connaissance et la propriétaire devine déjà la souffrance des épreuves vécues dans les yeux de Yoldas. Il va raconter son histoire et celle de ses compagnons.
Inutile de vous en dire plus, sachez que l'écriture est belle, sans fioritures, pudique et respectueuse des faits qui y sont narrés. Mais il n'y a pas que du désespoir et des larmes dans cette histoire, il y a aussi l'amour, l'espoir, le coeur gonflé de courage et des valeurs importantes de solidarité, d'amitié et d'entraide. Je ne dirais pas que le voyage est formidable car le témoignage est ponctué d'horreurs, d'injustices mais on en ressort informés, avisés et on ne peut plus fermer les yeux. Je ne verrais plus jamais les réfugiés comme on nous les montre dans les medias... je verrais des hommes, des femmes, des enfants qui ont voulu une seconde chance, qui ont vécu les pires choses au monde et qui sont incroyablement courageux d'avoir tout quitté. Un récit de témoignage poignant et nécessaire, qui ne peut nous laisser plus longtemps indifférents. 

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