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Le Club des veuves qui aimaient la littérature érotique de Balli Kaur Jaswal

Publié le 19 juillet 2018 par Lael69
Balli Kaur Jaswal
Editions Belfond
Collection Le cercle
Traduit de l'anglais par Guillaume Tricot
Mai 2018
347 pages
21 euros
Littérature pour adultes/ Littérature contemporaine
Littérature érotique/ Roman étranger
Quatrième de couverture : Généreux, émouvant et épicé, un roman qui questionne avec originalité et force la place des femmes orientales en Occident, leurs tiraillements entre traditions ancestrales et désir de liberté. "Association sikhe recherche animatrice pour atelier d'écriture réservé aux femmes." La bonne aubaine pour Nikki, Londonienne de vingt-deux ans, en quête désespérée d'un petit boulot. Mais alors qu'elle pensait former des apprenties romancières, Nikki se retrouve face à un public inattendu : une dizaine d'Indiennes, de tous âges, majoritairement veuves, souvent analphabètes et dotées d'une imagination très, très fertile. Ecrire ? Pensez-vous ! Elles, ce qu'elles veulent, c'est raconter : le choc culturel, la vie de famille, l'éducation des enfants. Raconter encore l'amour, le sexe et tous ces fantasmes enfiévrés qui leur traversent si souvent l'esprit. Raconter aussi la solitude, la soumission aux hommes, la violence, parfois. Alors que la fréquentation de ce club débridé augmente de semaine en semaine, Nikki s'interroge : comment porter ces histoires au-delà des murs de la maison de quartier ? La jeune étudiante a une idée. Mais libérer la parole des femmes n'est jamais sans danger...
Nikki, la vingtaine, un brin paumée dans sa carrière professionnelle, londonienne d'origine indienne est à la recherche d'un travail qui transcendera sa vie et qui permettra d'atténuer les déceptions familiales très conservatrices. Alors qu'elle se rend au Temple pour déposer la petite annonce amoureuse de sa soeur qui se cherche un mari, elle voie une offre d'emploi qui l'attire. Donner des cours d'écriture à des femmes sikhes. Aussitôt elle postule et obtient le boulot. Mais le premier cours ne correspond pas à ce qu'elle imaginait : différence d'âge, analphabétisation... des femmes qui veulent raconter des fantasmes et des scènes érotiques... Nikki, tolérante et ouverte d'esprit se prend d'affection pour ce club de lecture plutôt inattendu et atypique : des femmes veuves qui expriment leur imagination et se livrent... Devant l'augmentation de la fréquentation du Club, Nikki s'interroge et se demande comment porter plus haut ces histoires, comment exprimer et libérer la parole de ces femmes...
Le Club des veuves qui aimaient la littérature érotique est un roman contemporain absolument étonnant et déroutant. J'ai beaucoup aimé l'histoire qui est très originale et j'ai adoré le côté littéraire de la chose. Certaines veuves sont attachantes mais je me suis surtout passionnée pour l'histoire de Nikki, de son rôle, de sa place en tant qu'enseignante et animatrice face à un groupe culturel qu'elle croyait connaître. J'ai aimé le thème de la transmission littéraire et que l'on puisse lire certaines des nouvelles écrites. Il y a dans chaque histoire, un érotisme proche du Kama Sûtra et je fus surprise de découvrir tout ça. Entre choc culturel, devoir de communauté et libertés individuelles, ce roman est important car il montre que même dans les sociétés traditionalistes, les femmes éprouvent des besoins, ont des envie et veulent d'une certaine manière s'affranchir de la domination masculine et du système patriarcal.A côté de cette intrigue, il y en a une autre, qui vire au thriller et qui tourne autour du mystère du meurtre d'une jeune indienne. Dans ce quartier, certaines lois archaïques de la société sikhe sont encore de rigueur et Nikki va essayer d'enquêter et de découvrir la vérité sur l'assassin de cette jeune femme.
Puis il y a toute la dimension du roman social qui dénonce et questionne avec originalité et subtilité la place des femmes et leur poids dans une société très religieuse et dominée par la tradition et les hommes. Elle décrit les activités de ce centre communautaire hindoue et la pression des hommes religieux qui prennent le pouvoir et décident de tout y compris des ateliers.
Au final, Le Club des veuves qui aimaient la littérature érotique réunit plusieurs atouts : il est drôle grâce à son intrigue littéraire qui fait sourire, il questionne sur la société hindoue londonienne grâce à sa critique sociale et à la focalisation d'un quartier communautaire, il est efficace grâce à son côté "thriller" et mystère. Indéniablement, le roman a des accents féministes et entend défendre les droits féminins en dénonçant le rôle traditionnel de la femme hindoue qui doit se contenter d'assouvir les désirs de son mari, sans exprimer les siens. Entre modernité et tradition, entre liberté d'expression et j'ai trouvé cette lecture très pertinente et intéressante. 

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