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J'apprends le français

Publié le 30 juillet 2018 par Pralinerie @Pralinerie
"JE, MOI, unique, irremplaçable, ici et maintenant, ce rituel apprend le verbe être, sans lequel on n'est rien, quels que soient la langue que l'on parle et le pays d'où l'on vient"
C'est presque ainsi que s'ouvre l'ouvrage de Marie-France Etchegoin. 
Bénévole en FLE (français langue étrangère) dans un centre d'hébergement d'urgence du 19e arrondissement, Marie-France donne des cours deux fois par semaine. Son public ? Des soudanais, des érythréens, des afghans... Abdou, Sharokan, Aldon, Suleyman, Ibrahim et bien d'autres qui vivent à Jean-Qarré. Elle leur apprend des mots et découvre leurs histoires. Et c'est de cela qu'elle témoigne. De ses efforts et de ses limites comme prof de FLE bénévole, ses petites hontes de partir en vacances et ses grandes hontes pour un état qui dit accueillir mais se ferme et se défausse. 
"Quelle perte de temps et quel gâchis ces petits supplices administratifs, ces procédures qui trainent"

"Ces rendez-vous sont tous assortis d'acronymes qui claquent comme des tampons à la police des frontières - HUDA, PADA, GUDA, OFFI, EURODAC, DNA, ADA, CADA, CAO, CHU, CRA, OQTF. La langue française, pour Shakoran et tous les autres, ce n'est pas la beauté des mots que l'on s'offre en partage mais d'abord une série de sigles qui opacifient un peu plus le nouveau monde où ils doivent s'orienter"

J'apprends français Hymne à l'ouverture et à l'accueil, à la simplicité des relations, invitation à oublier les peurs et les égoïsmes, ce livre témoigne de la beauté des rencontres et des amitiés qui se nouent. Il parle aussi d'une France citoyenne et active. Et surtout donne des noms, des visages, des surnoms et des histoires à des hommes dont "votre possibilité d'être a été niée et brisée par des dictatures de fer ou des régimes fondés sur la ségrégation ethnique, par des tyrans paranoïaques ou des islamistes assoiffés de pouvoir et de vengeance. Votre vie a été marchandée par les passeurs et les trafiquants. Ou alors "simplement" entravée par la pauvreté". Les histoires de chacun, et notamment ceux qui passent par la Libye, font froid dans le dos. A côté de ça, la longue incertitude déprimée dans laquelle ils mijotent en France n'est rien. Ou tout justement, car il n'est que question d'attendre sans trop savoir à quelle sauce ils vont être mangés : obtenir le statut de réfugiés, être envoyés dans le premier pays qui possède leurs empreintes (pour les dublinés), ou être déboutés, mis en rétention et renvoyés dans leurs pays.
Mais l'essentiel de l'ouvrage est dans le rapport à la langue, à l'autre plus que dans ces pesantes questions administratives.
"La langue était le première repère et le premier repos pour un être en voyage, ou pour l'être en général"

"Je n'ai jamais eu aucune difficulté - et je pense qu'il en est de même pour tous ceux qui apprennent à connaitre migrants et réfugiés - à établir un rapport vrai et sincère avec lui et les autres résidents de Jean-Quarré à première vue si différents de moi"

"L'accueil de l'étranger n'est pas une charité mais un échange. Il nous ouvre un monde dont nous n'avons pas idée. Il démultiplie nos points de vue, enrichit nos perceptions"
En passant, l'auteur y parle aussi d'Epépée et du fait d'arriver dans un monde codé, où tout est à déchiffrer. Et pour lire ce que peut être un parcours de migration.


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