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Interview de l'écrivain Daté Atavito Barnabé-Akayi

Par Gangoueus @lareus

Interview de l'écrivain Daté Atavito Barnabé-Akayi
Il faut espérer que la Pavillon des lettres d'Afrique soit encore présent au salon du livre de Paris l'an prochain. Il est l'occasion de rencontrer des auteurs venant du continent africain, de l'espace anglophone, des Caraïbes et de France. J'y est rencontré Daté Atavito Barnabé-Akayi. Je lui avais promis une interview après avoir lu quelques uns de ses textes. Cet échange est long. Prenez votre temps, on est en vacances et le propos de ce romancier qui écrit depuis le Bénin est passionnant.
LG – ADI Daté Atavito Barnabé-Akayi, bonjour. Vous êtes l’auteur d’une quinzaine d’œuvres littéraires (roman / poésie / théâtre / Nouvelles / essai) depuis 2010 et toutes publiées au Bénin. Alors qu’est-ce qui a décidé le professeur de français que vous êtes à publier des œuvres littéraires ?
Daté Atavito Barnabé-Akayi : Le public. C’est le public qui m’a décidé à publier des œuvres littéraires. Mais d’abord bonjour cher LaRéus Gangoueus, bonjour à tous. J’aime à faire la différence entre écrire et publier. Et j’aime à dire que tout le monde peut et doit écrire mais tout le monde ne peut ni ne doit publier. A ce dernier groupe j’appartenais jusqu’à ce que le public eût de moi exigé la publication de mes manuscrits. Enseignant de français, je tentais, dans les lycées et collèges où mes fragiles pieds de débutant fréquentaient, d’exhumer les forces intérieures de mes élèves en les exhortant aux activités culturelles. En dehors de la chorégraphie qu’ils affectionnaient aisément, le théâtre s’était imposé à eux comme un prolongement d’eux-mêmes. Après les créations, le public cherchait à avoir le texte écrit. En 2008, alors que j’eus entrepris de publier par feuilletons les trois premières nouvelles de L’affaire Bissi dans la presse, la demande atteignit son apogée. Je tombai sous le poids succulent de ce chantage du public qui aimait à me flatter qu’une si belle plume ne peut pas se déguster qu’entre amis. Il fallait qu’un public plus large la dévorât, me critiquât et m’oignît d’une pluie de récompenses ! En 2009, sous le conseil d’Habib Dakpogan, je déposai le manuscrit des trois nouvelles chez Ruisseaux d’Afrique. Informé, Florent Couao-Zotti me suggéra d’en ajouter deux, qui rédigera le mot introductif qu’il avait failli rejeter car selon lui, mes nouvelles s’imposent d’elles-mêmes. Sauf que le recueil de nouvelles mit deux ans pour sortir en 2011. Or, en 2007, un manuel scolaire fut publié sous la direction de l’Inspecteur Apollinaire Agbazahou. On pouvait y lire un poème par moi signé dans lequel je magnifiais le métier d’enseignant, en 2010 où l’ouvrage didactique fut officiellement mis au programme. Ce poème aimé du public, la pression se consolida. Voilà les circonstances… A moins qu’il faille ajouter que jamais je n’ai rêvé publier : j’ai été tant hanté par Blaise Pascal et son ouvrage posthume Pensées (1670), et les poètes maudits que j’étais convaincu que personne n’aimerait me lire jusqu’à ce que le public me démontrât le contraire : il y a comme un délice quand quelqu’un de ma trempe se trompe.
LG – ADI Vous êtes un écrivain polyvalent qui surfe entre les différents genres littéraires. On constate que le théâtre est un terrain d’expression de votre talent. Que représente le théâtre moderne pour vous ? Que pensez-vous de l’adaptation de vos pièces de théâtre ?
Le théâtre est le genre par excellence que consomme le public vivant, étant lui-même vivant : on parle de spectacle vivant ! Après le poème, c’est le genre auquel je voue une obséquiosité. Il m’apparaît comme un jardin où fleurissent, avec une rigueur souple, toutes les contradictions existentielles. Il suffit de suivre la création de la nouvelle « Sortir de la nuit » extraite du recueil de nouvelles Poulet Bicyclette & Cie (Paris, Gallimard, 2009) de Florent Couao-Zotti opérée par Tola Koukoui pour apprécier à quel point le théâtre porte les autres genres littéraires, les autres arts (musique, danse, sculpture, cinéma, …), les technologies de l’information… : on rencontre là le théâtre total ! En 2013, au Festival International de Poésie à Trois-Rivières (sous la présidence de Gaston Bellemare), des poèmes du monde sont mis en scène avec une élévation cathartique et une distanciation inventive impressionnantes. Pour le théâtre des dramaturges classiques comme Aimé Césaire, je revois Isidore Dokpa, en 2012, cumuler les rôles de plusieurs personnages en un seul comédien, donner à voir simultanément plusieurs scènes, rehausser le travail du costumier et du régisseur lors du bruitage et des couleurs pendant la mise en scène de La tragédie du roi Christophe.  

Il y a une modernité qui se dégage des représentations au Bénin, même en dehors des contes théâtralisés que prône Claude Balogoun ou les théâtres ritualistes d’Ousmane Alédji.Pour ma part, le texte de théâtre moderne dont je rêve doit être rituélique : je ne l’ai pas encore écrit mais je le pense, suis en train de le concevoir ; ce théâtre empruntera à nos valeurs endogènes et ancestrales tout en s’imposant comme nouveau et moderne. Pour mes pièces de théâtre déjà publiées, et notamment pour Le chroniqueur du PR, le metteur en scène et dramaturge Hermas Gbaguidi a su exploiter les didascalies implicites qui se laissent découvrir dans les dialogues. C’est dire que je laisse la liberté à la scénographie et à la mise en scène. Il reste à souhaiter au producteur de s’armer de la même conception pour éviter de sucrer des séquences prétendument politico-religieuses ou au metteur en scène de s’autocensurer car mes pièces visent fondamentalement la Liberté et la Responsabilité. Et charcuter mes pièces, sans mon avis, ne me semble pas faire signe de sincérité.

LG – ADI Tous vos ouvrages sont publiés au Bénin. Est-ce que cet acte de proposer des textes d’abord au public béninois a une signification particulière pour vous ?
Forcément. J’ai toujours pensé, à tort peut-être, qu’il y a plus de Béninois au Bénin que partout dans le monde. Or j’admets écrire prioritairement pour les humains. Et je me dis : comment mépriser les humains les plus proches de soi et prétendre écrire aux humains virtuels et lointains ? Dans le même temps, je connais la chaîne du livre au Bénin, le coût de vie au Bénin, les divertissements les plus privilégiés au Bénin et je n’ignore pas que la lecture continue d’être prise pour une corvée même dans les pays développés. Toutes ces conditions à l’esprit, j’ai fait le choix de publier au Bénin pour faciliter mon rêve de faire de la lecture un loisir accessible à tous.Et quand j’ai découvert un éditeur local Laha Editions qui s’inscrit dans cette logique et capable de vendre un livre de 400 pages à moins de deux euros, je me suis exclamé : que veut le peuple !

Les Africains qui publient ailleurs, dans la plupart des cas, voient leurs livres vendus cher au Bénin. Florent Couao-Zotti sait de quoi je parle. Je me souviens que Kangni Alem pour son roman La légende de l’assassin, a dû créer une astuce pour vendre autrement ce roman à ses étudiants et il a carrément publié Les enfants du Brésil simultanément à Lomé et à Abidjan (et ce n’est pas qu’il manque d’éditeurs parisiens) … Sami Tchak, avec son roman Al Capone le Malien, a dû autoriser une édition locale… Boubacar Boris Diop, lui, s’essaie plutôt à l’écriture en langue sénégalaise.

Vous jouissez d’une reconnaissance considérable dans votre pays, vos textes sont enseignés dans le système éducatif béninois. Est-ce le nec plus ultra pour vous ?
Absolument. J’aime à dire qu’il n’y a nul Prix littéraire qui puisse valoir cette reconnaissance. Et quand je dis Prix littéraire, je n’exclus pas le Prix Nobel, pour la sotte raison que tous les Nobels ne sont pas enseignés au secondaire ; on peut les évoquer ou les enseigner à l’Université mais je répète qu’ils ne sont pas tous enseignés dans les lycées et collèges. D’où le summum ! Avoir le recueil de nouvelles L’affaire Bissi (Cotonou, Ruisseaux d’Afrique, 2011) et la pièce de théâtre Le chroniqueur du PR (Cotonou, Plumes Soleil, 2016) au programme dans les Premières littéraires et scientifiques (A, B, C, D) en ouvrage recommandé pour les nouvelles et dans les Terminales littéraires et scientifiques (A, B, C, D) en ouvrage d’appui pour la pièce, demeure le nec plus ultra pour le jeune écrivain que je suis parmi mes aînés mis au programme.

Toutefois, à la vérité, aucun écrivain sérieux n’écrit dans l’optique d’être enseigné dans les lycées et collèges. Encore moins de remporter tel ou tel prix. Je dis bien : aucun écrivain sérieux. Et c’est en cela que je me sens nucléique devant ce grand hommage, ce grand honneur que me fait mon pays le Bénin. Et je l’ai dit : je suis reconnaissant du plus grand des Béninois au plus petit, du plus grand des Africains au plus petit, du plus grand des humains au plus petit car cette chance, je la dois à chaque être humain que j’ai pu croiser dans la vie, dans les livres, dans les films, lors de mes voyages, lors de mes déplacements physiques et métaphysiques ...


LG – ADI Pour beaucoup d’auteurs francophones du Sud, que ce soit du Maghreb ou en Afrique subsaharienne, la reconnaissance passe par une grande maison d’édition parisienne. Comment réagissez-vous à ce fait ? Est-ce que c’est une démarche que vous envisagez ?
Je me demande s’ils n’ont pas raison. Il y a une industrie du livre que Paris habite. Paris est considéré comme un carrefour depuis toujours, pour nous autres Africains. C’est le centre où siègent les grandes maisons d’éditions (Gallimard, Seuil, Flammarion…) qui se partagent les grands Prix et quand le cœur leur en dit, elles semblent s’entendre à les laisser aux autres maisons d’éditions pour donner l’illusion que le Prix reste à la portée de tout le monde ! Et à la vérité, aucun écrivain africain publié exclusivement en Afrique n’a pu jouir de ces grands Prix. Quand je remportai le Prix du Président de la République 2017, je répondis à un journaliste (hors caméra) qui voulait savoir si je rêve un jour du Nobel ou tout au moins du Goncourt ou Renaudot, ceci : on ne nourrit pas ces genres de rêve quand on a un éditeur local et béninois.

Pour l’instant et pour quelqu’un comme moi qui n’écris pas dans le but de gagner de Prix littéraire, je me contente d’écrire pour ceux qui aiment à me lire et ils sont plus en Afrique qu’à Paris. Quand les Parisiens feront la demande, je verrai comment tailler un texte à la mesure de Paris.Pour dire qu’ils peuvent en faire la commande ainsi que beaucoup d’Africains le font pour des livres publiés à Paris.Toutefois, il faut noter que, quand je décidai de publier dans mes débuts, j’eus machinalement pensé qu’on ne put publier qu’à Paris. Aujourd’hui, je suis heureux d’avoir pris du recul car les gens s’étonnent que mes textes aient cette notoriété alors même qu’ils ne sont publiés qu’au Bénin ! Je remercie déjà Gaston Bellemare, Florent Couao-Zotti, Kangni Alem, Véronique Tadjo, Sami Tchak… qui œuvrent pour que mes textes soient mieux connus, en dehors du Bénin.


LG – ADI :Errance chenille de mon cœur est votre seul roman, alors que vous avez exploré plusieurs genres littéraires comme le théâtre ou la poésie. Vous faites dire au personnage principal de votre roman ceci : « Le roman c'est un truc pour ceux qui, la plupart du temps, ne peuvent pas s'élever. Tu vois, c'est le genre littéraire écrit le plus connu, le plus populaire, le plus consulté. C'est le genre dédié aux tarés qui ne peuvent pas déguster les poèmes ». C’est dit avec beaucoup de franchise. Est-ce que ce passage résume votre rapport au roman ?
En grande partie, oui, ce passage résume mon rapport au roman, sauf qu’il faut préciser qu’il est des romans qui sont poèmes : la prose de ces romans est si chargée d’implicites, si rythmée, si imagée qu’elle tresse les mêmes silences que le poème.
LG – ADI Vous vous définissez avant tout comme poète. Qu’est-ce qu’un poète aujourd’hui au 21ème siècle ? Quels sont les poètes incontournables que nos lecteurs devraient découvrir ?
Sartre disait je ne sais plus où – peut-être dans Les mots – qu’il eût tant voulu être poète ! Pour moi, il l’est ainsi que l’est également Nelson Mandela. Pour moi, le poète n’est pas forcément un écrivain. Pour moi, le poète est forcément quelqu’un qui est capable de (r)évolution, d’empathie et de sacrifice comme un Christ ! Je n’ai pas un nom précis à leur donner. Ils peuvent se retrouver en tenant compte de ces critères-là. Je ne donne pas de nom, non que je n’en aie point mais parce que pour moi, toute poésie véritable est subjection et suggestion. Mais j’ai bien envie que les lecteurs se souviennent comme moi de Fernando d’Almeida. Sa poésie est d’une telle fluidité dense que quand il prédit un bel avenir à mes textes je me suis dit : voilà un brillant Aîné qui ne veut pas décourager un petit fainéant.
LG – ADI Vous ne faites que des tirages en série de vos recueils de poésie que vous adressez à des personnes qui peuvent vous lire. Qu’est-ce que cela signifie ?

Cela pourrait signifier que j’ai des doutes sur la charge cérébrale de ces lecteurs-là.J’ai tiré en tout mille exemplaires de Noire comme la rosée et mille autres exemplaires de Tristesse ma maitresse la même année 2011, qui sont vite épuisés. A partir de Tes lèvres où j’ai passé la nuit, le tirage est descendu à cinq cents. Les escaliers de caresse a connu vingt-cinq exemplaires numérotés de 1 à 25 portant le nom des destinataires. J’avoue que j’étais obligé de faire des éditions spéciales tant des gens se sont sentis lésés et frustrés, ce qui n’est pas mon intention. Mon intention était d’aider le lecteur à ne pas rencontrer mes poèmes sur sa route, vu que je ne cherche pas à vulgariser cette Parole-là qu’il ne (com)prend pas. Car je ne vise pas l’achat de mes poèmes. Ce que je vise quand j’écris de la poésie, c’est le partage, c’est le voyage, l’amour. J’eus même entrepris d’offrir Les escaliers de caresse aux vingt-cinq personnes sélectionnées et les premières eurent refusé et insisté pour l’achat (l’unité est fixée à un peu plus de 35 euros). Et la plupart sont des poètes. J’aime à penser que parfois il faut écrire de la poésie pour les poètes.

Comment entre-t-on dans le cercle de vos lecteurs ? Est-ce que cette poésie ne s’adresse qu’à un cercle d’initiés ?Toute poésie véritable s’adresse à un cercle d’initiés de sorte que tout profane qui s’y approche est déçu même s’il se voile et s’exclame : « Je n’y comprends rien mais c’est très beau ! ». Ce sont ces exclamations qui me convainquent de publier désormais de la poésie en quantité très réduite, pour le cercle des initiés. Gabriel Okoundji ne s’en cache pas, qui parle de poésie initiatique. Mahougnon Kakpo, lui, parle de poésie rituélique. Quant à moi, je le répète un peu partout, comme je l’ai écrit dans l’introduction à Tes lèvres où j’ai passé la nuit :« Ainsi va ma poésie. Subjectivité et suggestion. Nudité, sincérité, humilité et abstraction. Ma poésie se met nue devant le lecteur comme un gynécologue devant son client ou un légiste devant un macchabée. Ma poésie se laisse ausculter, autopsier par qui est dépourvu de prétention et investi par tous les outils de l’univers. Ma poésie doit se déguster avec tous les sens, le bon sens y compris. Ma poésie doit se laisser délecter surtout sans préjugés : il ne faut jamais chercher à lire ma poésie comme on lit ce qu’on sait déjà. On aborde ma poésie comme on aborde une séduisante femme censée vous rejeter et à qui pourtant on s’entête à faire les yeux doux ! Pour me laisser comprendre par les amants de la science, c’est comme quand on a découvert dans l’univers d’autres formes géométriques comme les irrégulières, autres formes que les droites, les circulaires, les sphériques répondant au plan euclidien, pour faire parler ces nouvelles formes géométriques, on a dû consulter d’autres mathématiques […]

Ainsi va ma poésie. Qu’on s’y assoit comme si on ne s’était jamais assis ! Qu’on s’y couche comme si on ne s’était jamais endormis dans la vulve universelle : chaque page, chaque stance, chaque ligne, chaque mot, chaque graphe, est identique au suivant, au précédent ; cependant, unique et réglé dans un désordre que seul le lecteur peut décoder et recoder.Des poètes internationaux m’ont dit que ma poésie scandalise, dérange, bouleverse, crée des vertiges ! Et je me dis : comment définir la poésie, si ce n’est justement ce séisme psychique et esthétique ? Cette liberté de soulever des problèmes en levant des voiles sur des tabous qui nuisent à l’humanité ! Et cette forme nouvelle de se soulever contre la condition misérable mais nécessaire de l’homme […]Et si tous les poètes chantent, pleurent, prient, crient, mordent, déchirent, dissolvent, brûlent, déconstruisent l’amour, chaque esthète y contribue avec l’acide désoxyribonucléique de sa plume ! […] j’invite à me lire avec un nouvel œil ».


LG – ADI Quels sont les thèmes principaux que vous traitez dans vos recueils de poésie ?
Nous venons de tomber d’accord sur le fait que la poésie mienne appartient à un cercle d’initiés. Sérieusement, met-on les secrets de l’initiation sur la place publique ? Commet-on impunément le délit d’initié ? Toutefois, pour tenter de vous répondre, je m’appuierai sur mon dernier poème Belligènes. Imonlè 160-161 :
« rebelle fais-toi ô Poésie fais-toi rebelle et offre-moi en ce règne de silex la belle tête de ta belle-mère en holocauste prends la jarre enroule-la enroule dans chaque caillou de la Terre le secret de l’Eau qui est chargée de ma suppression ô Poésie mon Amie le poisson-chat tout véritable fidèle dévore son Dieu ô Poésie viens que je te dévore ».
Cet extrait, je l’ai posté sur mon mur Facebook et les gens ont proposé toutes sortes de commentaires. Et personne d’entre eux n’a tort : la poésie est suggestion. Je demande qu’il me soit permis d’oser un petit dévoilement : cet extrait superpose la légende de deux rois parents de chez nous (Dakodonou étant l’oncle de Houégbadja) mais il cache également la manifestation du Vodun Sakpata (Terre) et du Vodun Toxosu (Eau), le poisson-chat est un archétype de la sorcellerie, entendez la haute Connaissance d’où le mot Poésie devient allégorique et donne à voir la théophagie.Les gens aiment à réduire ma poésie à la célébration de l’Amour. Je les en remercie. Car tout amour véritable est Harmonie. Et la dysharmonie peut être eschatologique et politique comme dans ces extraits du même poème :
« gorgé de plaisirs le président par l’entremise du sommeil sodomise les décrets les fèces froides ne sortent pas des fesses vivantes l’anus les libère chaudes comme le soleil il est un chasseur de félins qui cherche à visiter la capitale de ta vulve et au centre de toi se promène avec un arbre »
« des arbres offrent leurs viscères à des terres arides le désert donne la datte ou le cactus duquel le président tire son venin un pays qui construit des temples à la paresse est une terre aride je nage pieds nus dans le sable et le soleil me vente ainsi qu’on vante un trophée ».
Mais l’harmonie est d’abord ésotérique comme ici :
« la poésie est mon trophée et je parle avec l’Eau et je crie avec l’Air et je me tais avec la Terre et je m’éclaire avec le Feu »
« couper l’eau en deux et le soleil en plusieurs milliards de lambeaux »
« la Terre a faim de quatre béliers qu’on égorgera sans couteau on leur tordra le cou d’une seule parole quatre serpents verts volent et leur esprit rampe ».
Mais l’harmonie, c’est aussi le brassage de tous les mondes profane, solaire et stellaire, de toutes les poésies phalliques et clitoridiennes.
« il faudra allumer l’étoile de ton choix je t’ai déjà appris à allumer le soleil et à l’éteindre il faudra transformer à l’aide du silence et du frottement de ton cerveau sur son vagin son clitoris en fumée caresser le bout de ses seins de façon à semer de l’encens tes doigts doivent allumer l’orgasme qui brillera tout son corps comme une bougie pontificale et n’oublie pas face à l’Orient kabbalistique ».
LG – ADI Le Chroniqueur du PR, une de vos pièces de théâtre entre au programme du système éducatif béninois. Comment avez-vous reçu cette nouvelle ? C’est un texte qui porte un regard critique sur le pouvoir, son exercice, et surtout qui révèle des valeurs profondes des hommes. Un bel outil pour aiguiser la formation des jeunes béninois et la société civile de votre pays ?
Le chroniqueur du PR est un livre chanceux. J’avais écrit une première version de la pièce que j’ai détruite et réécrite la nuit du vendredi 11 novembre 2016 au samedi 12 pour donner la présente version. Le 12 novembre 2016, je le transfère à Kangni Alem pour lecture et préface, qui me fait le retour le même jour ! Vous verrez que sa préface date du 14 novembre car je l’ai prié de simplifier le style à un niveau aux seules fins que le lecteur moyen puisse y avoir accès. Florent Couao-Zotti qui était occupé à finir un travail me rendit sa note le 17 novembre. Or ce qui m’a poussé à publier cette pièce, c’est mon camarade de collège Achille Togbéto résident de Londres, qui après avoir lu Les confessions du PR se propose de booster, de subventionner toute création de la même trempe. J’ai souvent eu ces genres de proposition que je rejette mais en ce qui le concerne, c’est avec un grand empressement que je m’y suis plié. Le livre sort et rencontre l’adhésion du public par la création d’Hermas Gbaguidi qui en tombe amoureux. Il créera ce spectacle au Niger, au Togo, en Côte d’Ivoire et bien entendu, au Bénin. Le 7 novembre 2017, sous le regard du Ministre de la Culture Oswald Homéky et le Ministre du Plan Abdoulaye Bio Tchané, représentant le Chef de l’Etat Son Excellence Monsieur Patrice Talon, Le chroniqueur du PR est consacré Prix du Président de la République avec le jury composé du Professeur Bienvenu Akoha, du dramaturge Ousmane Alédji et de l’Inspecteur-écrivain Apollinaire Agbazahou.

Que Le chroniqueur du PR soit mis au programme est la preuve que le Bénin cherche à me responsabiliser davantage, à me dire que je dois œuvrer davantage pour mériter la confiance qu’elle a placée en moi. C’est aussi la preuve que les dirigeants à divers niveaux, quoi qu’on puisse penser, travaillent à l’amélioration des conditions de vie en misant sur l’éducation à la base, l’épanouissement du capital humain.

LG – ADI Vous êtes enseignant et vous n’êtes pas sans savoir sur le fait que les jeunes adolescentes font l’objet de pressions importantes du corps professoral dans les systèmes éducatifs de nombreux pays d’Afrique. Comment avez-vous entrepris dans ce contexte d’écrire ce roman Errance chenille de mon cœurqui raconte l’histoire d’une adolescente qui finit par être fascinée par un de ses professeurs ?
Quand Dieu a faim… est une pièce de théâtre où la critique a célébré ma position par rapport à l’homosexualité. Or j’y soulevais déjà les mêmes inquiétudes. Il est établi qu’un professionnel qui fait bien son travail est admiré de tous. Mais certains enseignants prennent cette admiration pour de l’amour et dégainent leur libido sur les adolescentes. Pourtant, l’enseignant est avant tout un éducateur, dit-on. Récemment, suite au rappel du Ministre de l’enseignement secondaire le Professeur Mahougnon Kakpo de sanctionner avec la dernière rigueur les enseignants qui mettraient les jeunes élèves en état de grossesse, j’ai été ahuri de constater que les avis soient partagés et que cela puisse soulever des polémiques. C’est vrai qu’au vu de la misère de certains parents d’élèves, la famille préfère que sa fille soit mise enceinte par un enseignant (donc un intellectuel) plutôt que par un voyou du quartier. Cependant, le métier d’enseignant est si sacré qu’il doit constituer un exemple et rester aussi pur que l’azur : l’enseignant est le gardien de l’éthique, tout de même ! C’est lui qui forge l’esprit !J’ai donc entrepris dans ce contexte de parler d’érotologie et d’en profiter pour rappeler à ceux qui ont encore de conscience professionnelle notre mission d’enseignant qui n’est pas de faire de notre phallus « un collier pour la hanche des mineures. » (Errance chenille de mon cœur, Cotonou, Laha Editions, p. 250). Car, dans la vie réelle, nous croisons des couples formés de professeur(e)s et d’anciens ou d’anciennes élèves sans qu’il ne soit question ni de viol ni de harcèlement ni de détournement. Et ne me demandez pas de citer des exemples au sommet des Etats.
LG – ADI Vous travaillez avec beaucoup de justesse sur les sentiments de Saniath, ses amours, son intérêt pour l’écriture. Parlez-nous de l’écriture de ce roman.
Le roman Errance chenille de mon cœurest architecturé de manière que quand on le lit, on aperçoit clairement le projet narratologique qui le sous-tend. Ce qu’il faut retenir : j’ai déconstruit plusieurs frontières.   LG – ADI En lisant ce roman où vous convoquez le monde littéraire béninois, le lecteur a le sentiment que ce microcosme très localisé vous suffit pleinement. Pouvez-vous vous exprimer sur le sujet ?J’ai fini d’écrire Errance chenille de mon cœur à Lyon (octobre 2014) mais la part du legs béninois est incontestable.Je l’ai précédemment dit : j’écris pour tous les humains et pour les humains les plus proches – du moins quand il ne s’agit pas de poésie ! Et les humains les plus proches, en ce qui me concerne, sont ceux qui m’ont le plus influencé. J’aime à dire que l’homme est du temps et de l’espace qui l’a le plus influencé. C’est pourquoi vous verrez que certains écrivains sont biologiquement d’un milieu mais s’intéressent à un autre milieu, ou aux humains, tout court. De même récemment, vous avez vu le Président Macron visiter le Quartier Général de Fela, alors même qu’aucun président africain ne s’y intéresse… C’est une question d’influence mais aussi de choix, de liberté. Quand vous lirez mon recueil de nouvelles L’affaire Bissi, vous verrez par exemple, que j’ai choisi d’être influencé par le Nigeria où j’ai passé mes vacances d’enfance. Sur les cinq nouvelles, les cinq personnages ou narrateurs principaux portent des noms yoruba et sont des femmes : Kèmi, Funmi, Kadara, Bissi, Tobi !
LG – ADI Daté Atavito Barnabé-Akayi, merci !C’est moi qui vous remercie pour le travail formidable que vous abattez, votre équipe et vous.C’est moi qui vous remercie d’avoir pris la peine de me lire. Je connais des journalistes qui aiment à interviewer sans avoir jeté un coup d’œil sur la couverture du livre. Merci pour les deux papiers que vous avez faits sur Le chroniqueur du PR et Errance. Vous êtes désormais initié à lire mes poèmes (rire).

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