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«L'ère des suspects», de Gilles Martin-Chauffier

Par Pmalgachie @pmalgachie

«L'ère des suspects», de Gilles Martin-Chauffier Il ne manque pas de réjouissantes formules à l’emporte-pièce dans L’ère des suspects, le nouveau roman de Gilles Martin-Chauffier – son onzième, avec quelques jolis prix littéraires au palmarès (Jean-Freustié, Interallié, Renaudot des Lycéens) qui ne suffisent pas à faire passer son statut d’écrivain devant celui de journaliste, au moins pour ceux qui prennent Paris Match pour un grand magazine. Il y a pourtant de l’allant dans son écriture et un goût de la sentence parfois paradoxale assez rafraîchissant. Celle-ci, par exemple, d’un flic lecteur du Figaro (mais il trouve, en matière de police, Le Parisien mieux informé) qui goûte l’information à l’ancienne tout en regrettant les généralités quotidiennes sur les « musulmans de France » et les dangers que court l’« identité de la France » : « À mon avis, les réseaux sociaux menacent beaucoup plus notre personnalité que le Coran. » Le flic s’appelle Gildas Méheut, il est commissaire de police à Vessières et, ce jour-là, il constatait les méfaits de la chaleur. « Le changement climatique n’est pas une lubie d’écologiste. » D’autres soucis s’annoncent, forcément, on est dans un roman à l’allure policière et il faut y mettre un peu de mouvement. Le paysage est une cité dite « zone sensible », expression sur laquelle s’interroge une jeune stagiaire, Danièle Bouyx, étudiante en droit, un peu mademoiselle-je-sais-tout, qui vient de se sentir agressée par un môme agité. Emmanuel Duval, brigadier de police qui accompagne Danièle dans sa première visite-découverte des lieux, réagit vivement à la recherche vaine qu’elle fait de la sensibilité chez les habitants : « Ils sont sensibles à l’injustice. Ici, tout le monde est au chômage. Ils demandent juste qu’on les respecte. Qu’on ne contrôle pas leur identité quatre fois par jour. Qu’on leur laisse une chance. » Lors de cette patrouille qui n’en est pas tout à fait une, les choses ne se sont pas très bien passées et Driss Aslass, 17 ans, qui habitait en plein « Gaza », comme on surnomme le quartier, a été retrouvé un peu plus tard à l’état de cadavre au-dessus de la voie du RER. Emmanuel l’avait coursé à la demande de Danièle, sachant qu’il réagissait comme un imbécile et qu’il n’avait besoin d’en faire autant. Bref, tout finissant par se savoir malgré les mensonges par omission, l’équipe à peine formée est mise en cause dans la mort de Driss. L’embrouille se complique des prises de position tranchées qui ne manquent jamais dans ce genre de situation, pour les nuances, passez votre chemin – allez voir plutôt du côté du roman qui, précisément, possède toutes les qualités nécessaires à une saine remise en question de quelques idées reçues (de tous bords) et se lit avec d’autant plus de plaisir que la réflexion prolonge celui-ci.
Citation
On était à trente kilomètres de la tour Eiffel mais on aurait pu être à Marseille ou à Düsseldorf, notre coin n’avait aucun caractère. Ses habitants étaient plus pittoresques. On en voyait de toutes les couleurs et de tous les styles. Une majorité d’étrangers dont on se demandait pourquoi ils avaient échoué ici. Arriver en France par la Seine-Saint-Denis, c’est se faufiler au Ritz par la cave.

L’ère des suspects GILLES MARTIN-CHAUFFIER Grasset, 285 p., 19,50 €, ebook, 13,99 €

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