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John Coltrane/The Lost Album (2018)

Publié le 06 septembre 2018 par Oreilles

John Coltrane - Both Directions At Once - The Lost Albums ...Il faut écouter cet album, même si l'appellation "album" est légèrement exagérée. On trouvera, en effet, cinq versions du même morceau ("Impressions"),  ce qui, me semble t'il, ne se fait pas vraiment quand on sort un album. Mais on trouvera aussi des choses totalement inédites et totalement  excitantes ! Si ces merveilles ne nous arrivent qu'aujourd'hui, c'est que leur auteur était quelque peu distrait, ou peu concernées par les questions techniques relatives à la sortie des disques. Le soir de la session, Coltrane rentre chez lui, les bobines sous le bras, et les oublie tout bonnement dans un placard. Autre hypothèse : on est la veille de l'enregistrement avec Johnny Hartmann, c'est-à-dire de la première collaboration de Coltrane avec un crooner, chose suffisamment singulière pour lui faire oublier ses bobines. Quoiqu'il en soit, celles-ci sont dignes d'intérêt ! Et au niveau de la prise de son (Rudy Van Gelder aux manettes, comme d'hab', on a pas affaire à un vilain bootleg), et au niveau des compos, et au niveau des parties improvisées.
https://www.vinylrecords.sg/wp-content/uploads/2018/06/Both-Directions-At-Once.jpegSur ces morceaux l'envie de tirer sur le pianiste se fait sentir, puisque on a droit à une version d'"Impression" sans piano, mais aussi au standart "Nature boy" en trio sax/batterie/basse. On sait que Coltrane s'en débarassera définitivement pour son dernier enregistrement avec le batteur Rashied Ali, pour expérimenter l'improvisation sans soutien harmonique, sans grille préalable. Le quartet en prend un coup donc, mais c'est pour la bonne cause : Jones et Garisson n'ont jamais autant groover à mes oreilles ! Et ça c'est la grosse sensation de ce disque ! Le groove est monstrueux, étincelant du fait d'un usage parcimonieux de la caisse claire, beaucoup de cymbales et de coups sur le ring, et bien sûr polyrythmique à réveiller un mort. Sur les deux compos originales sans nom, et sur "Nature boy", batterie et basse sont à l'honneur pendant de longues plages où elles jouent seules, comme si Coltrane s'arrêtaient de jouer pour admirer cette putain de section rythmique sans laquelle il ne serait rien. Et puis on ne dira jamais assez que Jones est un batteur hallucinant, parce qu'il maîtrise tout, et le rythme et les nuances, et propulse  trés haut le sax de Coltrane, par son énergie constante. John Coltrane/The Lost Album (2018)
John Coltrane/The Lost Album (2018)
Et puis quelle émotion d'écouter ces deux "original untitled", deux thèmes trés beaux, et pas écrit à la va vite puisque Coltrane s'offre le plaisir de petites mises en place. Il y a aussi un "Slow blues", et là, Tyner se rattrape largement en nous montrant comment il sait jouer le blues en le faisant sonner moderne. Mon coup de coeur c'est quand même ce "Nature boy" : tout devient une sorte de spiritual jazz dès que Coltrane s'en empare, même une sucrerie comme "Nature boy" (écoutez la version de Nat King Cole).
En bref : Des bobines sorties de nulle part, qui pourrait vous donner envie de réécouter tout ce qu'a enregistré ce fabuleux quartet.
John Coltrane/The Lost Album (2018)

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