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Exposition “DANS LES PLAINES D’ASIE CENTRALE” Sylvie Bonnot | Galerie Le bleu du Ciel – Lyon

Publié le 07 septembre 2018 par Philippe Cadu @ContempodeLArt

Du 14 septembre au 10 novembre 2018 - Vernissage 13 septembre 2018 à partir de 18h30 en présence de Sylvie Bonnot

http://www.lebleuduciel.net

S'il est un sujet qui illustre parfaitement la frontière, c'est celui des plaines d'Asie centrale où l'horizon du regard semble encore illimité et se perd dans la nuit de l'absence d'Histoire. Tandis que l'ouest américain s'est refermé sur lui-même, s'ouvrant au tourisme sauvage en été et au repli identitaire pendant les longs hivers, la Sibérie avec ses milliers de kilomètres de steppe, juste traversé par la fracture légère de la ligne de chemin de fer, conserve quelque part le statut de terra incognita malgré les appétits des chasseurs et des investisseurs capitalistes avides de richesses naturelles. Ce territoire muet à la végétation répétitive, en instance d'exploitation, sépare encore dans l'imagination l'occident européen de l'orient.

Et il y a des images, il y a des voyages où souffle encore un imaginaire musical au son rythmé du transsibérien et des airs de Borodine, qui nous transportent comme les mots vers des univers si proches et différents à la fois. Le Baïkal Intérieur de Sylvie Bonnot penchée sur ses pratiques de beauté méditative, nous convie à l'excellence poétique où l'errance débouche sur la forme plastique pendant que l'approche réaliste de Danila Tkachenko dans les steppes de Sibérie nous restitue les restes de l'arsenal guerrier et gelé de la vieille URSS et de la moderne Russie en route, ponctué par des rencontres d'un futur improbable avec ces rebelles hippies oubliés d'un passé survivant.

Gilles Verneret : Commissariat artistique

Sylvie Bonnot : Le Baïkal Intérieur

Sylvie Bonnot " bon pied, bon oeil "

Le travail de Sylvie Bonnot relève de l'expression " bon pied bon oeil ", résultante de cette impression spontanée qui surgit à la rencontre de ses images du transsibérien. "Bon oeil" comme ce panoramique qui fleure bon l'inspiration immédiate du photographe, quand l'artiste se délie et s'étire au gré des instants prélevés de Moscou à Vladivostok, avec cette sensation inqualifiable de traverser ce paysage à l'échelle surdimensionnée, plutôt que de le laisser défiler autour d'elle, calmant ainsi ses visions entre le bleu des cieux, les eaux gelées du lac et des rivières aux reflets turquoises, l'ocre des paysages et les visages du train, dans cette ligne paisible de partage à l'horizon qui nous entraîne dans ses émotions voyageuses.
L'essentiel y défile donc au gré de sa lente respiration, car Sylvie Bonnot voulait à l'origine du projet ralentir son périple en franchissant la Sibérie avant d'atteindre Tokyo sa destination finale, pour se donner le temps de la méditation visuelle, avec ce remplissage de carnets de dessins, de notes de voyage, et de l'édification future de ce Baïkal intérieur, qu'elle conclurait de retour au pays natal. Mais si le ressenti extérieur est bien de l'ordre du méditatif, le sien rejoint au contraire selon ses termes " ce sentiment d'urgence face à cette immensité qui à peine perçue passe derrière nous, dans ce temps de la prise de vue si intensif, en dépit des fuseaux horaires traversés, piégé qu'il était par l'inquiétude de manquer des instants de cette taïga cachée derrière les rideaux d'arbres ".
Elle ajoute : " ... avoir été surtout touchée par la profonde humanité au fil de la distance, des habitants au corps mécanique jusqu'aux isbas les plus modestes qui s'égrainent, éparpillées au long des voies. La rudesse de la vie en Sibérie est accrue du fait du paradoxe persistant qui oppose la simplicité des habitations, confrontée au dénuement des steppes majestueuses et au souvenir lointain de l'opulence des cathédrales et des palais de l'autre coté de l'Oural."

Ceci expliquant sa volonté de capter des fragments de ces si grands espaces avec un matériel des plus humbles en sachant se faire discrète dans ses déambulations dans les wagons, afin de trouver sa place dans ce quotidien traversant.
Puis munie de son allant " bon pied ", " ben plantata " comme disent les Vénitiens, Sylvie Bonnot sur le sol de son atelier retrouvé quelques mois plus tard, réalisera ses sculptures, concrétions échappées et revisitées par l'imaginaire du fleuve Amour, frontière immanquable au fin fond des plaines d'Orient.
Elle déformera donc ses images, réanimera ses carnets, fruits de l'incubation des neuf mille deux cents kilomètres franchis, les prendra à " bras le corps " manipulant et malaxant la gélatine photosensible, chauffée et surchauffée pour lui redonner vie : une autre forme plastique sur un papier distendu dans l'espace, comme dans les miroirs déformants où se reflètent les corps alanguis de Kertesz. Miction trempée dans le révélateur et les bains libérateurs, reconstituée avec sa main , comme le sculpteur aux prises avec la glaise, Sylvie Bonnot a su donner forme et vie à son voyage mental, le restituant dans son espace personnel d'exposition : du mur au sol, des portes au plafond, au contact des étoffes de soie ou des grandes toiles.

Gilles Verneret

Danila Tkachenko

ESCAPE

" J'ai voyagé à la rencontre de peronnes ayant décidé de fuir loin de toute vie sociale, vivant seuls dans la nature, loin de tout village, ville ou autre présence humaine. La majeure partie de ces voyages a été faite en Russie.
J'ai grandi au coeur d'une grosse ville, mais j'ai toujours été attiré par la vie à l'état sauvage -pour moi cela représente un endroit où me cacher et retrouver mon " moi réel ", ma véritable existence, en dehors de tout contexte social.
Je suis préoccupé par la question de la liberté personnelle dans nos sociétés modernes : comment est-elle envisageable, quand on est constamment entouré par un cadre social ? L'école, le travail, la famille -une fois dans ce cycle, on est prisonnier de sa propre position, et l'on doit se conduire de la manière attendue. Il faut se montrer pragmatique, solide, ou bien l'on devient un paria ou un dément.
Les personnages qui peuplent ce projet transgressent les standards sociaux de différentes façons. Par un retrait complet hors de la société, ils partent vivre seuls dans la nature sauvage, se dissolvant en elle graduellement, perdant leur identité sociale. En explorant cette expérience, il est important pour moi de comprendre s'il est possible de se couper complètement de la dépendance sociale, de s

Le bleu du ciel, 12, rue des fantasques 69001 Lyon : T +33 (0)4 72 07 84 31
ouvert du mercredi au samedi de 14h00 à 19h00 et sur rendez-vous pour les groupes


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