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FIFDA 2018 : une ouverture en beauté

Publié le 07 septembre 2018 par Africultures @africultures

Pour sa huitième édition, fidèle à son intention de départ, le FIFDA propose des films inédits ou rares prenant comme sujet les diasporas africaines. Ce ne sont ainsi pas des oeuvres célébrées dans le circuit des autres festivals que sélectionnent Diarah N’Daw-Spech et Reinaldo Barroso-Spech, basés à New-York où ils dirigent Artmattan Productions (festival et diffusion de films), mais des fictions sensibles et des documentaires centrés sur le monde noir, notamment des portraits de figures historiques ou d’artistes.

Ce soir vendredi 7 septembre, le festival ouvre au cinéma CGR Paris Lilas sur un beau film à ne pas rater. Mais d’autres films sont aussi à découvrir.

FIFDA 2018 : une ouverture en beauté
Le Citoyen (Az állampolgár, 2016; 108′) de Roland Vranik se déroule en Hongrie, un pays dont on sait l’aversion des dirigeants pour les réfugiés. Le fait qu’il ait pris ce thème comme sujet en dit assez sur son courage et sa pertinence face à la montée des populismes. Il est largement porté par le charisme tranquille de son acteur principal, Dr. Cake-Baly Marcelo, qui interprète Wilson, un réfugié dont la famille a été tuée durant la guerre civile en Guinée-Bissau. Wilson, qui travaille comme gardien de sécurité dans un supermarché de Budapest, a du mal à répondre aux critères qui lui permettraient d’obtenir la nationalité hongroise. Il prend des cours auprès de Maria (Ágnes Máhr), la sœur de son patron, pour perfectionner sa connaissance de la culture et de l’Histoire hongroises. Ils ont tous deux dans les 50-60 ans et apprennent à se connaître et à s’aimer. Mais il y a Shirin (Arghavan Shekari), une jeune réfugiée iranienne sans papiers, que Wilson héberge secrètement. Enceinte, elle accouche chez lui. Il la protège alors même que Maria quitte homme et enfants pour vivre avec lui…

Le Citoyen n’est pas du « cinéma de pancarte ». C’est la dimension humaine que Roland Vranik veut aborder dans ce mélodrame réaliste : aucun personnage n’est rejeté ou idéalisé, chacun a son intégrité. Le drame vient d’un Etat aux pratiques discriminantes qui rend caduque la générosité des êtres. Certes, le racisme ordinaire est présent, celui auquel tout Noir est confronté en Europe – petites phrases assassines, clichés sans cesse rappelés, agressions verbales et regards sur l’étranger – mais il n’est pas général : Wilson aime vivre en Hongrie et la plupart des gens y sont accueillants. Roland Vranik ne fait pas l’apologie de son pays pour autant : il n’évite pas la dureté des lenteurs administratives systématiques envers « les Africains » et des reconduites à la frontière. On sent une volonté de faire réfléchir sans brusquer.

La généralisation des plans rapprochés et la rareté des extérieurs pourraient donner à l’ensemble une facture de téléfilm, mais le soin apporté aux lumières, au cadrage et au montage ainsi que la qualité du jeu des acteurs font de ce scénario bien abouti un film prenant et émouvant.

FIFDA 2018 : une ouverture en beauté
Il est intéressant de poursuivre la découverte avec Un jour pour les femmes (Youm lel Setat, 2016, 110′) de l’Egyptienne Kamla Abou Zekri. Multiprimé en festivals, inédit en France, il s’attache à des femmes de caractère dans un quartier populaire du Caire en 2009, à la fin de l’ère Moubarak. On annonce que la nouvelle piscine sera réservée aux femmes le dimanche. Dès le premier dimanche, les femmes se rassemblent. Azza (Nahed El Sebaï) avait longtemps rêvé de porter un maillot de bain, la rebelle Shamiya (Ilham Shahin) trouve enfin quelqu’un pour écouter ses histoires privées et Laila (Nelly Karim) essaye de dépasser le deuil de son fils et de son mari dans l’incendie du ferry Al-Salam qui avait sombré en Mer Rouge en 2006. La piscine devient un rendez-vous hebdomadaire, un lieu privilégié d’échanges et d’expression de soi en liberté, ce qui n’est pas sans troubler les hommes… L’enjeu sera la solidarité des femmes face au patriarcat. Ce nouveau film se situe ainsi dans la continuité de One-Zero (Whaded-Sefr, 2009) où la réalisatrice abordait la question du divorce et remariage des femmes coptes. Il s’inscrit dans l’émergence de réalisatrices dans le cinéma égyptien et dans l’amplification des thématiques féministes : le harcèlement sexuel dans Les Femmes du bus 678 de Mohamed Diab (2012), les femmes atteintes du sida dans Asmaa d’Ihab Amr et Amr Salama (2011), es filles de la rue dans le documentaire Ces filles-là (El-Banate Dol, 2018) de Tahani Rached, etc. Il y avait cependant des précurseurs, par exemple dans le « nouveau réalisme » des années 80 où avait débuté Enas El Deghedy, réalisatrice et actrice qui s’était attaquée au problème des femmes égyptiennes se prostituant dans les pays du Golfe ou à celui de l’inégalité face à l’adultère. Sans oublier le rôle des femmes dans la naissance de l’industrie cinématographique égyptienne dans les années 20 ou les thématiques féminines de certains films d’Henry Barakat.

FIFDA 2018 : une ouverture en beauté
Un jour pour les femmes est produit par une femme (Ilham Shahin, qui interprète Shamiya), écrit par une scénariste (Hanaa Atteya) and filmé par une opératrice (Nancy Abdel Fattah). Cela donne un film où les femmes se déploient et s’émancipent, ce que souligne la douce musique de Tamer Karawan. Les hommes, eux, restent caricaturés (le frère de Laila en brute islamiste) ou peu crédibles (Farghaly, l’amoureux de Laila). Ce déséquilibre affaiblit le film dont le montage est parfois étonnant, au détriment du rythme global, mais il reste de sa vision une vitale énergie.


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