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(Anthologie permanente) Hanne Bramnes, Le Poids de la lumière

Par Florence Trocmé

Hanne-bramness-le-poids-de-la-lumiecc80re-couv1-copieLes éditions Po&psy (Erès) viennent de publier un fort volume de traductions de la poète norvégienne Hanne Bramnes. La traductrice, Anne-Marie Soulier, s’est longuement entretenue avec Isabelle Baladine Howald de ce projet dont Poezibao donne ici quelques extraits.
1
Mot, sous ton voile, la pluie est éconduite
et l'œil a dû se rendre à ta
lucidité
on a combattu pour l'histoire, pour le soleil
et la lune, vainqueur celui qui libéra les ombres
de l'âme
planent alors les rêves dans la sphère des rêves
et la pluie est retournée
à elle-même
Le mot verrouille, sème le doute — je le sais
il existe un temps vertical
sur les jours, un fleuve de nuit dans les pensées
une ombre, un puits de mine
mais le courage plie, le mot déracine le rêve
sans ancrage il plane
alentour, étranger comme les oiseaux
invisible comme le vent
Nos mouvements vont du côté de ce que nous
voyons, du côté du mur du matin
reculant d'épouvante, attirés par la terre du mot
vers des figures fermes, un sol ferme
— mais je sais qu'il existe un
point de vertige, un axe d'obscurité
autour duquel tournoie la conscience
un son silencieux et strident
(...)
Bak ditt forheng ord, er regnet stengt
ute, og øyet har måttet gi tapt for din
klarsynthet
det stod en kamp om fortellingen, om sol
og måne, den vant som befridde skyggene
for sjel
nå svever drømmene i drømmenes sfære
og regnet har vendt tilbake
til seg selv
Ordet stenger, det sår tvil —jeg vet
det finnes en tid som står vertikalt
på dagene, en strøm av natt i tankene
en skygge, en sjakt
men motet svikter, ordet river drømmen opp
med røttene, uten forankring svever den
omkring, like fremmed som fuglene
usynlig som vind
Vi beveger oss på denne siden av det vi
ser, på denne siden av morgenens vegg
skremt tilbake, dratt ned på ordets jord
til faste monstre, fast grunn
— men jeg vet at det finnes et
svimmelhetspunkt, en akse av mørke
som bevisstheten spinner rundt
en stille, skingrende tone
(...)
/
Pluie qui tombe aux petites heures
lorsque la fenêtre est ouverte, même
sans tomber elle sent le sel comme
d'un vent venu de loin, affaibli par
le savon dans la paume nue. La pluie
s'en vient pour repartir, elle rompt ses liens,
on le sent. Une lumière s'attarde
encore, celle d'une eau qui déborde sur
les choses et ramène une
braise perdue
Regn som faller i de tidlige timene
mens vinduet står åpent selv om
det ikke gjør det, lukter sait som
av langveisfarende vind, svakt av
såpe i naken håndflate. Regnet
kommer for å dra, river seg løs
så det kjennes. Et lys blir vaerende
igjen, av vann som skyller over
tingene og henter en tapt
glød fram.

Hanne Bramness, le poids de la lumière, poèmes 1983-2017, présenté et traduit du norvégien par Anne-Marie Soulier, eaux-fortes de Florence Barbéris, collection Po&Psy, éditions Erès, 2018, 880 p., 25€. Extraits d’« Elégies de la révolution », (1996), pp. 254 à 257 et de « La pluie à Buenos Aires » (2002), pp. 392/393
Voir la page du livre sur le site des éditions
Lire l’entretien entre Anne-Marie Soulier et Isabelle Baladine Howald à propos de ce livre.


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