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[VIDEO] Empreintes de crabe de Patrice Nganang

Publié le 10 octobre 2018 par Africultures @africultures

Chaque 15 jours, Africultures chronique sur TV5 Monde l’actualité littéraire. Focus cette semaine sur Empreintes de crabe, le dernier roman de Patrice Nganang, écrivain et opposant politique camerounais bien connu. Il enseigne également la  théorie littéraire dans la prestigieuse université de Princetown États-Unis.

En décembre 2017, alors qu’il séjournait dans son pays natal, le Cameroun, dans le cadre de l’écriture d’Empreintes de crabe, publié en septembre dernier, Patrice Nganang fut arrêté, emprisonné pendant trois semaines avant d’être expulsé du pays et privé de son passeport. C’est une publication sur le réseau social Facebook critiquant Paul Biya, l’actuel président du Cameroun, ainsi qu’un article publié dans Jeune Afrique et intitulé « Carnet de route de l’écrivain Patrice Nganang en zone anglophone » qui provoquèrent son arrestation.

Ce travail documentaire et de collectes de récit, nourrit Empreintes de crabe dont l’action principale se situe en effet à l’Ouest du pays. Le roman évoque la guerre civile qui secoua le Cameroun après l’indépendance et qui, selon l’auteur, présente des similitudes avec les conflits actuels dans la zone anglophone. Ce roman est publié alors que le Cameroun est en période électorale, et résonne avec l’actualité. Le personnage de Tanou, le narrateur, est sans cesse branché sur whatsapp et facebook pour avoir des nouvelles du pays aujourd’hui.

Une saga politique

C’est dans un aller-retour avec aujourd’hui et hier que se construit l’intrigue :  Tanou – une sorte d’alter ego de l’écrivain – reçoit Nithap son vieux père, chez lui aux USA où il vit depuis 15 ans. Nithap est médecin à la retraite, il va lui raconter son histoire personnelle et, à travers elle, celle de son pays des années 1960. Les « empreintes de crabe » représentent celles de l’Union des Peuples du Cameroun, un parti politique indépendantiste soutenu par les mouvements internationalistes d’alors et victime d’une répression sanglante, menée avec le soutien de la France. Ses membres menèrent une guérilla acharnée. Les populations Bamilékés, « les sinistrés » comme ils s’appelaient, prirent le maquis pour combattre un pouvoir qui n’hésita pas à bruler des villages entiers à coup de napalm. Nithap fût l’un de ces maquisards et sa voix partage, aux lecteurs, ces récits mal connus. Un récit qui met alors en valeur, l’histoire et les peuples du Cameroun, notamment cette culture bamiléké à propos de laquelle on trouve une grande somme d’information, étoffée par des notes de bas de pages et des dialogues en langues bamiléké.

Cette grande saga politique, avec de nombreux personnages, et plusieurs histoires entremêlées n’est pas toujours facile à suivre tant il est nécessaire, parfois, de se nourrir d’informations extérieures sur l’histoire du Cameroun. Et si Empreintes de crabe peut se lire indépendamment, il est aussi le dernier volet d’une trilogie camerounaise après la publication de Mont plaisant et La saison des prunes. Mais c’est aussi ce qui fait sa richesse de ce texte.

La maîtrise de la langue et du rythme entraîne par ailleurs le lecteur dans l’intrigue. Comme dans cet extrait, alors que Nithap, le père médecin est enlevé par des maquisards pour soigner l’un des leurs, blessé :  « Il sentit la bouche d’un fusil sur sa nuque et avança. Il se rendit vite compte qu’il avançait seul. Il ne se retourna pas, mais continua sa marche, dans la pénombre. Le brouillard était si épais qu’il ne voyait pas où il mettait ses pas. Il ne se retourna pas, mais continua sa marche, dans la pénombre. Le brouillard était si épais qu’il ne voyait pas où il mettait ses pas. Il trébucha. Dans son coeur, le sentiment de légèreté qui l’avait possédé se transforma en prière, en un chant, qui lui semblait résonner dans tout l’univers au rythme de ses pas. « je ne tue pas, je soigne, » murmura-t-il. »

S’il est à maintes égards un ouvrage éclairant sur les faits de l’histoire politique du Cameroun, tout autant qu’un espace riche de réflexion en la matière sur le présent, les relations qui se nouent entre les personnages soufflent une puissance romanesque à Empreintes de crabe. On y lira par exemple des questions de filiation : de quoi hérite-on? Comment parler de soi à ses enfants? Mais aussi plusieurs histoires d’amour, avec des couples qui se font et se défont, et dont les destinées s’entrecroisent. Des petites histoires dans la grande histoire qui sont le propre d’un grand roman.


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