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Le Pub (Octobre 2018) – Atlantide, l’Empire Perdu

Par Le7cafe

Les meilleurs Disney ne sont pas toujours ceux que l’on croit.

Merci Billy. Merci infiniment ! Tu ne pouvais faire de meilleur choix que Atlantide, l’Empire Perdu pour ce nouveau Pub. On a tous au moins un dessin animé de Disney qui a marqué notre enfance et qu’on a regardé en boucle pendant des années. Atlantide est pour moi un de ces films-là. Après ne pas l’avoir vu pendant au moins 8 ans – d’aussi loin que je me souvienne – ça a été une joie immense de replonger à la fois en enfance et sous les mers. Car Atlantide n’est pas qu’un bon Disney. C’est un putain de bon Disney !

Le Pub (Octobre 2018) – Atlantide, l’Empire PerduI’m going on an adventure !

ATLANTIDE, L’EMPIRE PERDU

Réalisateurs : Gary Trousdale, Kirk Wise

Voix principales : Luq Hamet, Laura Blanc

Date de sortie : 28 novembre 2001 (France)

Pays : États-Unis

Budget : 100 millions $

Box-office : 186,1 millions $

Durée : 1h36

Le Pub (Octobre 2018) – Atlantide, l’Empire PerduUn repas équilibré en perspective.

LE PROJET D’UNE VIE

« PLATON – En l’espace d’un seul jour et d’une seule nuit funestes, l’île Atlantide s’enfonça sous la mer et disparut… »

En termes de lancement de films et d’aventure, Platon se pose là. Sur cette citation grandiose et sa scène magistrale correspondante, Atlantide, l’Empire Perdu s’ouvre et se révèle un Disney définitivement pas comme les autres.

L’histoire est celle de Milo Thatch, un linguiste cartographe qui rêve de poursuivre l’épopée de son grand-père et découvrir la mythique cité perdue de l’Atlantide, civilisation millénaire à la technologie avancée qui sombra tragiquement sous les mers. Repéré par le millionnaire Preston Whitmore qui va financer le projet de toute une vie, Milo embarque dans un sous-marin révolutionnaire avec à son bord toute une clique de personnages mémorables, en route vers les tréfonds de l’océan et les secrets de la cité engloutie

Dès le départ, Atlantide se présente comme un film unique. Premier film d’animation Disney du XXIème siècle, c’est aussi le tout premier véritable film d’aventure et le premier film de science-fiction du studio, sur les traces des Aventuriers de l’Arche Perdue et de Jules Verne. Si ce 20000 Lieues sous les Mers version Mickey est aussi unique, c’est parce que c’est le fruit d’un travail de passionnés ; c’est le projet d’une vie : celle des réalisateurs Gary Trousdale et Kirk Wise.

Quand on travaille aux studios d’animation Disney, mon cher Billy, en règle générale on jongle entre la réalisation, la production, l’animation et la scénarisation, si bien que tout le monde travaille un peu avec tout le monde sur les différents projets de films. Il y a ainsi des noms qu’on va retrouver un peu partout dans les génériques. Mais il arrive éventuellement un jour où les personnes sont en charge de leur propre film, et c’est le cas de nos deux lascars. On doit à Trousdale et Wise la réalisation de La Belle et la Bête (1991) et Le Bossu de Notre-Dame (1996), ainsi que le scénario final du Roi Lion (1994), entre autres. Donc déjà Billy, on va dire merci aux messieurs pour leur apport à notre enfance. Seulement, dans ces trois cas, ils avaient été commissionnés : ces films étaient des films de Disney sur lesquels ils ont travaillé, mais pas leur film. Parce que leur film justement, c’est Atlantide ! Un projet de 5 ans que Trousdale et Wise ont scénarisé, réalisé et globalement dirigé en choisissant les équipes d’animateurs, les artistes, et tout le tralala. Ils se sont jetés corps et âme dans le film pour faire du jamais-vu chez Disney, et ça se voit !

Le Pub (Octobre 2018) – Atlantide, l’Empire PerduJe suis le Capitaine Nemo et j’habite sur Mars !

ENTRE DEUX EAUX

Ce qui fait aussi, et j’ai envie de dire surtout, l’unicité d’Atlantide, c’est son style graphique. Il est très fortement inspiré par les dessins de Mike Mignola, un auteur de comics américains – notamment pour la saga Hellboy – que Trousdale et Wise ont engagé pour l’animation du film. Un style inspiré des comics donc, qui fait que ce dessin animé ne ressemble à aucun de ses prédécesseurs, et à aucun de ses successeurs non plus. Tout a un côté très anguleux, des cheveux des personnages au bout de leurs doigts, en passant par l’architecture atlante et la faune sous-marine.

Cinématographiquement parlant, Atlantide se démarque également par une palette de couleur très restreinte, un peu délavée, froide, et énormément centrée sur des tons bleus du plus bel effet, qui viennent contraster avec des effets de lumière emphatiques phénoménaux, comme avec la princesse Kida dans le gif ci-dessous ou les lucioles qui attaquent le camp des aventuriers.

Et puis surtout, le film sort du lot en termes d’animation. Produit pendant la houleuse période post-renaissance de Disney (je t’expliquerai ça plus en détail dimanche prochain), Atlantide est le premier des dessins animés Disney, et le seul avec La Planète au Trésor, à être à la fois en animation 2D et en animation 3D. Certes, l’animation 3D s’était déjà invitée dans des longs-métrages précédents (la salle de bal dans La Belle et la Bête en 1991, la grotte dans Aladdin en 1992, la scène des lianes dans Tarzan en 1995) mais c’était toujours de façon ponctuelle, pour une seule scène ou un seul élément. Dans L’Empire Perdu, le mélange est permanent et indissociable. Même s’il reste fondamentalement un des derniers 2D de Disney, le film incorpore de la 3D dans toutes les scènes : les sous-marins, les véhicules des explorateurs, le Léviathan, le cœur de l’Atlantide, les astronefs atlantes, les géants de pierre… Comme The Artist entre le cinéma muet et le cinéma parlant, Atlantide se situe à la frontière entre deux ères de l’animation, et s’en retrouve magnifié.

La combinaison de tous ces éléments, style anguleux, couleurs, lumières, mélange 2D/3D, distingue L’Empire Perdu de n’importe quel autre film d’animation, et donne naissance à tout un tas de scènes absolument fantastiques. Je pense tout particulièrement à la scène du cœur de l’Atlantide (l’image ci-dessous) et la scène finale du film avec le volcan et les géants, qui est tout bonnement indescriptible tellement elle est incroyable visuellement.

Le Pub (Octobre 2018) – Atlantide, l’Empire PerduAttention, chute de pierres.

UN DISNEY POUR ADULTES

Le risque avec un film à ce point marqué picturalement serait d’avoir tout sur la forme et rien sur le fond. Verdict ?

Bien évidemment Billy, tu te doutes que je ne vais pas dire du mal d’un de mes dessins animés d’enfance. Sur le fond tant que sur la forme, Atlantide est de grande qualité. Alors certes, ce n’est pas un grand film philosophique qui va questionner notre humanité ou que sais-je encore. Mais ce n’est pas ce qu’on lui demande ! Il reste avant tout un film d’action et d’aventure, et plus particulièrement un film d’action et d’aventure Disney, avec tout ce que cela implique. Et malgré cela, il est beaucoup plus sérieux que ses congénères. À vrai dire, quand bien même c’était un de mes dessins animés préférés enfant, en le revoyant aujourd’hui je pense sincèrement qu’il est plus destiné aux adolescents et jeunes adultes qu’aux bambins.

Atlantide n’a pas été conçu comme un dessin animé pour enfants, mais comme un véritable film à part entière. Ce sérieux inhérent se retrouve dans la production-même, et le fait d’avoir mis un dessinateur de comics plutôt adultes en première ligne de l’animation n’est qu’un exemple parmi d’autres. Déjà, contrairement à 84% des Disney (c’est le chiffre exact, j’ai compté), le film ne contient aucune scène musicale. Mieux encore, les numéros de chants et de danse si caractéristiques du studio sont remplacés par une bande originale absolument épique signée James Newton Howard, à qui l’on doit aussi celles des Hunger Games, de la saga des Animaux Fantastiques ou encore de la trilogie The Dark Knight en collaboration avec Hans Zimmer. Ça te donne une idée du niveau du gars, et ce n’est que le début.

Les deux réalisateurs ne plaisantent pas avec la musique, et avec le doublage non plus. En VO, c’est Michael J. Fox qui donne sa voix à Milo, le même Michael qui jouait l’inoubliable Marty des trois Retour vers le Futur. Et pour doubler le roi Nedakh, c’est Leonard Nimoy, l’incomparable Spock de la première série Star Trek, qui s’y colle ! Mais tu vas me dire « Bah c’est bien mais on est Français nous donc pourquoi tu me parles de la VO ? ». Et bien justement, je te parle de la VO parce qu’elle plaçait déjà la barre très haut, et la VF relève le défi haut la main ! Je suis le premier à dire que le doublage français est une merde en général, mais là il est à tomber par terre ! Patrick Timsit pour la Taupe (« Il est content, Gaëtan ! »), Jean Reno pour Enzo, et puis surtout deux pontes du doublage francophone qui ont dû marquer ta jeunesse : Robert Party pour le roi Nedakh qui était la voix française du grand prêtre et de Yupanqi dans Les Mystérieuses Cités d’Or (voilà maintenant t’as la chanson dans la tête, ♪ Esteban Zia Tao les Cités d’Ooooooor ♫), et le génial Marc Cassot pour Preston Whitmore, qui n’est nul autre que la VF de Dumbledore dans la saga Harry Potter !

Adulte, Atlantide l’est aussi dans son approche. Premièrement, des gens meurent. Et quand je dis que des gens meurent, je veux dire que c’est un véritable carnage. Il y a 193 morts à l’écran. Oui oui tu as bien lu, 193. Et ce dès le début du film ! La scène d’ouverture n’est autre que la destruction de l’Atlantide sous un tsunami dévastateur. Un film pour les enfants, mon œil.

Deuxièmement, le dessin animé assume totalement son côté film d’action, avec notamment deux grosses scènes de batailles dantesques, contre le Léviathan au début et avec tout le peuple atlante à la fin. Des batailles totales avec évidemment des morts à la pelle, et des explosions extraordinaires. Sans parler de l’utilisation d’armes à feu, une chose que Disney ne referait jamais aujourd’hui. Un autre détail qu’on ne verrait plus jamais dans un Disney d’ailleurs est un personnage fumeur, et Madame Placard est la toute dernière personne de tous les dessins animés du studio à fumer des cigarettes.

Madame Placard justement m’amène à mon point suivant. Atlantide est bourré de blagues et de références destinés à un public mature, soit par leur subtilité (les enfants rient de la blague, nous on rit de son implication) soit carrément par leurs sous-entendus inappropriés. Dans le premier cas, on trouve les répliques de Placard, avec son fameux « On va tous crever. » ou « Je dors à poil. » qui m’a achevé, ou encore ce dialogue entre Milo et Enzo, le spécialiste en explosifs : « Non mais vous avez vu la taille de cette colonne ? Ça a dû prendre des centaines, qu’est-ce que je dis, des milliers d’années pour la construire ! [explosion] – Et moi t’as vu, j’ai construit un pont. Qu’est ce que ça m’a pris quoi, 10 secondes, 11 à tout péter ! » (tout péter, explosion, t’as compris ?).

Au niveau de la subtilité, le message et le thème du film sont aussi à prendre en compte. Il y a des références à Platon et à la Bible, et la morale est une critique du capitalisme et de la bombe nucléaire. Si si, vraiment. La preuve, la première image du film est un champignon atomique. Alors va me dire que ça parle aux enfants ! Eux ne verront Atlantide que comme une grande aventure avec des explosions et des monstres marins, mais il y a en réalité encore plus que ça ! Et c’est pour ça que je me dis que j’aime peut-être encore plus le film en l’ayant revu « adulte » qu’enfant. Parce qu’enfant, je l’aimais pour son côté divertissant. Maintenant, je l’aime totalement.

Mais ce qui est beaucoup plus intéressant du coup, c’est le deuxième cas, les sous-entendus inappropriés, parce que c’est beaucoup plus drôle. Et leur plus flagrante occurrence est la scène d’introduction de Helga Sinclair, qu’on découvre dans l’appartement de Milo (dans le gif ci-dessous).

« MILO – Comment êtes-vous entrée ?

HELGA – Par le conduit de la cheminée, j’ai des surprises plein ma hotte. »

Je vais pas te faire un dessin, j’imagine que tu vois très bien de quelle hotte elle parle. D’ailleurs c’est encore pire en VO car elle dit « I came down the chimney… Ho, ho, ho. », ce qui du coup fait encore un jeu de mots avec le Père Noël, mais elle appuie bien sur les « ho », et en anglais le mot « hoe » (qui se prononce de la même façon) veut dire « salope ». Je te laisse conclure par toi-même. À travers son personnage de femme fatale badass à la silhouette avantageuse et à la répartie cinglante, Helga se fait finalement la représentation imagée de l’ambition adulte du film.

Atlantide est un vrai film d’aventure avant tout, un Disney ensuite, autant dans son style graphique que dans ses idées. Pour reprendre le célèbre rire de Mickey : ho ho ho les enfants ! Ho ho ho.

Le Pub (Octobre 2018) – Atlantide, l’Empire PerduC’est pas très catholique tout ça Helga.

LE MOT DE LA FIN

Atlantide est un dessin animé qui ne ressemble à aucun autre Disney. Unique au sein du studio tant par son animation que par sa maturité, le film se révèle non pas seulement comme un grand Disney d’aventure, mais comme un grand film d’aventure tout court.

Pour voter pour le film du Pub du mois de novembre, consacré aux docteurs, c’est par ici que ça se passe : https://sondage.app.ps/la-critique-du-public-novembre-2018 !

Note : 9 / 10

« MILO – On va sauver la princesse, on va sauver l’Atlantide, ou alors on va tous crever ! »

Le Pub (Octobre 2018) – Atlantide, l’Empire PerduJ’aurais pas dit mieux !

— Arthur

Tous les gifs et images utilisés dans cet article appartiennent à Disney, sauf la photo de Jean Rochefort, et c’est très bien comme ça

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