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[Critique] BOHEMIAN RHAPSODY

Par Onrembobine @OnRembobinefr
[Critique] BOHEMIAN RHAPSODY

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Titre original : Bohemian Rhapsody

Note: ★★★★½
Origine : États-Unis
Réalisateur : Bryan Singer
Distribution : Rami Malek, Lucy Boynton, Aaron McCusker, Joseph Mazzello, Gwilym Lee, Ben Hardy, Aidan Gillen, Tom Hollander, Mike Myers, Allen Leech…
Genre : Biopic/Drame
Date de sortie : 31 octobre 2018

Le Pitch :
Bagagiste à l’aéroport de Heathrow à Londres, Farrokh Bulsara rêve d’autre chose. Quand il fait la rencontre de Brian May, de John Deacon et de Roger Taylor, le jeune homme ne tarde pas à devenir Freddie Mercury. La gloire lui tend les bras. Sa voix, alliée à la virtuosité de ses compagnons d’armes ne tarde pas à lui attirer les faveurs d’un public sans cesse grandissant. Leur groupe, Queen, écrivit l’une des pages les plus importantes et grandiloquente de l’histoire du rock…

La Critique de Bohemian Rhapsody :

Tout commença par une rumeur… Si la vie de Freddie Mercury devait faire l’objet d’un film, ce serait Sacha Baron Cohen qui l’interpréterait. Rapidement, c’est en effet devenu une évidence : le comique avait non seulement le physique mais aussi le talent pour non pas jouer le leader de Queen, mais le devenir. Puis le projet tomba un peu dans l’oubli et Sacha Baron Cohen ne sembla plus rattaché au biopic. Quand les choses recommencèrent à s’agiter et à véritablement prendre forme, c’est Rami Malek qui fut désigné pour camper le chanteur, lui qui cartonnait dans la série Mr. Robot. Bryan Singer, le réalisateur d’X-Men, fut ensuite embauché pour mettre en scène le long-métrage qui, c’était désormais certain, allait bel et bien se faire. Un film de plus chapeauté par Brian May et Roger Taylor, les deux membres actifs de Queen (John Deacon ayant quitté le navire depuis longtemps). Le tournage débuta et avec lui naquirent quelques doutes quant à la capacité de Rami Malek de correctement croquer Mercury. Le scandale qui éclata concernant Bryan Singer mis également à mal la production, qui appela en renfort Dexter Fletcher pour boucler le tournage. Au final, Singer aurait réalisé 95% du film tout en travaillant sur la post-production, dans l’ombre, alors que son nom faisait la une des tabloïds en pleine tempête. Oh oui, Sacha Baron Cohen aurait été parfait. C’est une certitude. Sur les premières photos qui montraient Malek et les autres acteurs reproduire le concert au Live Aid en 1985, l’acteur ressemblait presque davantage à un adolescent grimé en Freddie Mercury qu’à Freddie Mercury. Des doutes, toujours des doutes, qui plus est alimentés par les quelques critiques qui assassinèrent le film dès que l’embargo fut levé. En France et ailleurs. Et toujours le nom de Sacha Baron Cohen qui revenait… Oui il aurait fait le job avec la grandiloquence qui le caractérise. Mais… Oui il y a un mais car Rami Malek, dans le film, est lui aussi parfait…

Bohemian-Rhapsody-Lucy-Boynton

We are the champions my friend

Le truc, c’est que Malek ne gagne pas la partie dès son apparition à l’écran. La victoire, il l’arrache presque de force. Il faut d’abord se faire à ses dents, certes fidèles à celle de Mercury mais au début un peu trop… voyantes. Comme si le personnage se résumait à ce trait physique. Il y a aussi mine de rien le gabarit et ce regard si pénétrant qui jure un peu avec l’idée que l’on peut se faire du vrai Mercury. Les choses mettent quelques minutes à se mettre en place. Jusqu’à ce que Rami Malek monte sur scène à vrai dire. Quand il chante, ou plutôt quand il fait du playback sur la véritable voix de Freddie Mercury, et que son boulot consiste donc principalement à traduire l’extravagance, la force et l’émotion de Mercury, Malek explose littéralement. Il crève l’écran et s’impose comme une évidence, prenant à revers ses détracteurs et globalement tous ceux qui pensaient qu’il allait se planter (dont l’auteur de ces lignes). Dès cet instant, la magie prend possession de l’écran et ne le quitte plus, enveloppant toutes les scènes, qu’elles soient uniquement portées par le charisme de Malek/Mercury ou par les autres acteurs, par ailleurs tous remarquables (à commencer par ceux qui incarnent May, Deacon et Taylor). Bohemian Rhapsody gagne vite ses premiers galons. À grands coups de riffs légendaires et d’évocations fugaces ou plus persistantes de la vie de celui qui changea à jamais la face du rock.

Under Pressure

On peut légitimement considérer que Bohemian Rhapsody est un pur film de Bryan Singer. Notamment parce qu’il aborde la thématique de l’outsider, qui doit lutter avec ses différences dans un monde qui rejette tout ce qui ne se conforme pas à la norme. Un peu comme avec les X-Men mais bien sûr de manière beaucoup plus réaliste. Le biopic va d’ailleurs bien au metteur en scène, qui se montre beaucoup plus inspiré que prévu dans l’approche de son sujet, bien aidé par un scénario parfaitement rythmé et nourri d’une émotion qui parfois, atteint vraiment des sommets. Alors oui, on entend d’ici les fans les plus hardcore qui vont dire que tel ou tel truc ne s’est pas passé comme on nous le dit dans le métrage. Que Mercury n’a pas fait ça de cette façon ou que tel détail n’a pas lieu d’être. Tous les biopics s’arrangent un peu avec la réalité pour coller avec les exigences du cinéma. Parfois, les raccourcis et les petits mensonges soulignent aussi l’émotion. C’est d’ailleurs exactement ce qui se passe ici. On pourra aussi regretter que les autres Queen soient un peu relégués au second plan. C’est vrai sans l’être car chacun trouve quand même matière à exister et leur rôle n’est surtout jamais minimisé par le scénario, bien au contraire. Le truc, c’est que Bohemian Rhapsody est un biopic de Freddie Mercury. Et en tant que biopic de Freddie Mercury, il fait parfaitement le job et même davantage. Quand il lève le voile sur quelques zones d’ombre de la vie du chanteur, il sait faire preuve d’une pudeur bienvenue et inattendue, comme quand il traite de l’histoire d’amour/amitié de Mercury avec Mary. Un personnage campé par la divine Lucy Boynton (retenez ce nom car cette actrice va cartonner c’est certain) pour le coup vraiment important. La question de l’homosexualité du chanteur n’est pas du tout éludée, contrairement aux craintes soulevées par les fans à la vue de la première bande-annonce. Très judicieusement, Mercury n’est simplement pas réduit à sa sexualité. Il est dépeint tel un homme bourré de talent, pris au piège d’une célébrité qui a pu avoir des effets nocifs mais qui a permis au monde de le découvrir, lui et sa voix surnaturelle. Bohemian Rhapsody n’élude pas vraiment aucun des aspects de Mercury et quand il fait des choix, ils semblent tous pertinents. Parce qu’il ne cherche pas à tout prix à percer le mystère Mercury et parce qu’il se concentre sur l’essentiel. Sur la musique, le rock, sur l’amour, l’amitié et sur cette soif inextinguible de reconnaissance.

The Miracle

Cinématographiquement, Bohemian Rhapsody respecte à la lettre les codes les plus importants du biopic. Pourtant, il s’en démarque aussi parfois en semblant profiter de l’audace de la musique de Queen pour s’en nourrir et la retranscrire à l’image. La musique d’ailleurs, explose. Elle est partout, les morceaux sont parfaitement choisis, le montage est dynamique et les 2h20 que dure le film passent en un éclair. Mais finalement, Bohemian Rhapsody, c’est aussi une séquence qui fera date et qui, par contre, contrairement à tout ce qui a précédé, semble mettre tout le monde d’accord. Cette séquence, c’est la dernière : la reconstitution minutieuse du Live Aid en 1985. Là où Queen se produisit devant des millions de spectateurs et de téléspectateurs. Un concert de légende qui à l’écran, devient l’un des plus spectaculaires tours de force vus depuis des lustres. À lui seul, ce moment justifie le prix d’une séance IMAX. La mise en scène de Singer, qui pour le coup, à vraiment fait fort, le son, le sens du détail, le jeu des acteurs, la voix de Mercury, ces plans sur la foule qui semble former une seule entité galvanisée et galvanisante… C’est véritablement dément. Dément comme la musique de Queen. Comme l’existence de Freddie Mercury. Comme ce film, qui tient finalement du miracle et qui colle la chair de poule à plusieurs reprises, nous laissant le souffle court, au bord des larmes devant tant de puissance, tant de lyrisme et tant d’émotion. Qu’elle soit contenue, au fil de scènes intimistes vraiment touchantes ou exprimée sur scène, avec toute la fougue et l’audace dont Queen pouvait faire preuve…

En Bref…
Bohemian Rhapsody gagne ses galons grâce à l’émotion dévastatrice qu’il parvient à instaurer sans jamais relâcher la pression. Ainsi, on oublie les raccourcis et les choix qui pourront paraître hasardeux aux yeux des fans. La musique, le jeu des acteurs, à commencer par celui de l’impressionnant Rami Malek, la mise en scène qui atteint des sommets à la fin, le souffle épique et la poésie brutale l’emportent. Aussi puissant inattendu. Un peu comme quand le film se permet un clin d’œil absolument jubilatoire à Wayne’s World à travers le personnage campé par Mike Myers. Insaisissable et sincère, ce biopic n’a rien de l’œuvre facile et lisse et c’est d’ailleurs aussi pour ça qu’il convient de saluer. Parce qu’il remplit ses objectifs vis à vis de Freddie Mercury et de Queen et parce qu’il s’agit d’un vrai bon gros morceau de cinéma.

@ Gilles Rolland

Bohemian-Rhapsody-Queen   Crédits photos : 20th Century Fox France


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