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John Ashbery – Séquences perdues

Par Stéphane Chabrières @schabrieres

John Ashbery – Séquences perduesTu disais : « La vie est un désert vorace »,
Ou quelque chose du genre. Je n’entendais rien.

Le sentier sinueux nous a conduits
au pavillon d’Armide. L’enchanteresse.
On y a tout construit selon ses voeux
à une échelle légèrement réduite, comme tu verras
en t’assoyant à cette table.

Et propre – d’une propreté terrible !
depuis les miettes dont les ombres s’allongent
sur la planche à pain jusqu’aux moucherons
qui bourdonnent dans la fenêtre ouverte.

Impossible de masquer davantage notre anxiété
malgré notre talent pour les bonnes actions aimables
que d’autres après nous viendront piller.
Il n’y a plus de visiteurs, c’est vrai.
J’ai longtemps cru que c’était à cause de lui, désormais
Je pense que c’est à cause de lui et de nous.

Nous devenons plus fragiles à nos postes,
à épier la nuit vacante : « Qui va là ? »
et lui de répondre : « Non, debout et déployez-vous. »

J’ai cru, dans l’angle, le canyon, l’armoire,
être pris par quelque étreinte
terrible mais abordable.

Seules dans le silence cognaient les pédales
du métier à tisser, déroulant une tapisserie
en pièces détachées : « Fais-la comme tu veux. »

Je vois le sujet : un aigle avec Ganymède
Entre ses griffes acérées, dans un ciel
Au soleil tacheté et aux nuées d’orage.

De quoi me sentir fort contrarié.

***

John Ashbery (1927- 2017) – Where Shall I Wander

(Ecco Press, 2005)États des lieux : Treize poètes américains contemporains (Le Noroît, 2013) – Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Pierre Nepveu.


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