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(Note de lecture), Etienne Faure, Tête en bas, par Ludovic Degroote

Par Florence Trocmé

FaureAprès cinq livres aux éditions Champ Vallon, Etienne Faure poursuit son travail d’entomologiste chez Gallimard. Ce terme est sans doute mal approprié, il souhaite seulement exprimer l’attachement à cette diversité de petites choses qu’abordent les poèmes de Tête en bas. Douze sections thématiques composent le livre, aux noms parfois évocateurs : « Réveils », « Dans la bouche », « En peinture », « Aux temps rassis ». Au-delà de ces thèmes, l’ensemble dessine une mosaïque de petits riens qui font un grand tout, non au sens de la grandeur, mais parce que cela circonscrit une expérience de la vie : cette multiplicité des thèmes témoigne de ce que peut être la réalité, d’un moindre aux références historiques, d’ordre privé ou pas. La discrétion se retrouve autant dans l’approche d’événements personnels que dans ceux dont l’auteur est un témoin distancié (dans l’espace, l’anecdote ou la dimension historique) : elle devient par endroits une pudeur qui semble lui permettre de dire les choses au plus près (dans la section « Etreintes » ou lorsqu’il s’agit de morts de la famille, par exemple). Si Etienne Faure écrit sur le motif (aux deux sens de la préposition), sa phrase le creuse en s’allongeant pour le mener jusqu’à son bout, en dépit du clivage entre l’unité de la phrase et le format du vers dont elle se sert et qu’elle nie en même temps ; à deux ou trois exceptions près, le poème, d’une vingtaine de vers, construit la phrase qui construit le poème : on ne sait plus très bien dans quel sens ça marche, est-ce le poème qui semble parfois chercher un prétexte où s’établir (cf. pp. 22-24 par exemple) ou le prétexte qui déclenche le poème, un peu comme si c’était le mode de pensée et de représentation de l’auteur ? A l’image de ces motifs et de ces petits riens qui font un tout évanescent, fragile, en mouvement permanent, la phrase fait avancer le poème jusqu’à son bout, comme une saisie, une photographie qui montrerait ce mouvement. Au fond, l’auteur débarrasse le futile de sa futilité grâce au travail sur la langue et au poème – d’une façon non pongienne, évidemment – mais sa poésie demeure lyrique, au meilleur sens du terme ; on y ajoutera la saveur d’un humour subtil, teinté en arrière-plan de respect (vis-à-vis de son objet) et de mélancolie (vis-à-vis de l’auteur ? de la vie qui passe et a passé ?).

Ludovic Degroote

Etienne Faure, Tête en bas, Gallimard, 2018, 144 p., 15 €.


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