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L’enfance, ce Capharnaüm

Publié le 06 novembre 2018 par Efflorescenceculturelle
L’enfance, ce Capharnaüm

Prix du Jury au dernier festival de Cannes, le film de la réalisatrice libanaise Nadine Labaki nous plonge dans les rues de Beyrouth. S'il dépeint la pauvreté de la capitale libanaise, le long métrage oscille aussi entre représentation de l'enfance et de l'émancipation par le biais de son personnage principal.

" Tu sais pourquoi tu es ici ? " demande le juge. Zain est au tribunal, il ne connaît pas son âge. Ses parents sont présents, non pas comme accompagnateurs, mais comme accusés. Leur crime : l'avoir " mis au monde ". Voici comment débute Capharnaüm, drame familial allant bien au-delà de la querelle du dimanche. Au cours du film, de nombreux flash back permettent de comprendre ce que fait que fait Zain dans ce palais de justice.

Une enfance qui n'en est pas une

Il y est présent malgré lui. Son enfance dans les rues des bidonvilles n'en est pas une. Il prend soin de ses frères et sœurs et travaille pour un patron véreux. Ces responsabilités sont renforcées par une impuissance des adultes eux-mêmes, supposés le protéger. Les parents de Zain délaissent leur protection, se vendent au plus offrant et ne pensent qu'à eux. Face ce comportement, le jeune garçon fuit, fait preuve de maturité et refuse de s'apitoyer sur son sort. Zain dénigre l'aide qu'on lui propose et le fait de passer pour un mendiant. Le mensonge est aussi une arme. Il se fond dans la masse, change de nom quand il se sent en danger. Alors qu'il ne sait pas où il va, il prétend se rendre " chez sa grand-mère " à un vieillard lui demandant ce qu'il fait dans un bus. Cette même rencontre lui vaut de replonger vers l'enfance.

" Je suis scarabée-man "

L'ancien est affublé d'un déguisement digne d'un goûter d'anniversaire. Une référence à l'âge tendre, allant vers Zain. Avec cette rencontre ce n'est pas Zain qui retombe en enfance, c'est l'enfance qui vient à lui. " Je suis scarabée-man, le cousin de Spider-man " lâche le vieil homme du bus entre deux bouffées de cigarette. Zain le suit instinctivement et tombe sur ce qui va le bercer de nouveau vers l'innocence, un parc d'attraction. Dans ce repère, il y rit, joue, passe la nuit dans un manège. À la redescente d'une attraction, il finit par renaître. Renaissance qui lui vaut de trouver une mère. Car Zain y fait la connaissance de Rahil (Yordanos Shifera), une réfugiée éthiopienne. Grâce à elle, il découvre le confort, l'amour et la protection. Sentiment de courte durée puisqu'il doit garder Yonas, le fils de Rahil. Tâche qui va prendre une plus grande ampleur alors que Rahil ne revient pas du travail. Retour à son rôle initial.

La réalisatrice choisit d'illustrer ces moments par une technique justement adaptée. Là où Zain est juvénile, l'image est ensoleillée, rythmée. A l'inverse, elle est froide, terne et lente lorsque le jeune homme est en difficulté, en proie à lui-même. Ces procédés confèrent une autre force au film, il oscille aussi entre fiction et réalité.

En salles depuis le 17 octobre.

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