Magazine Cinéma

Movie Challenge 2018 [2/4]

Par Tinalakiller

Petit rappel sur les consignes du Movie Challenge 2018

Un film avec un prénom dans le titre

La Double vie de Véronique de Krzysztof Kieslowski

Le Fabuleux Destin d'Amélie Destin est inspiré de ce film de Kieslowski, m'a-t-on dit à plusieurs reprises. J'ai voulu vérifier la " comparaison " par simple curiosité (et puis en plus, en dehors de ce possible lien, j'aime tout simplement découvrir des grands films). Certes, Jeunet a bien repris certains éléments présents dans La Double vie de Véronique : une jeune fille brune aux cheveux courts carré, des jeux de pistes, les filtres jaunes et verts qui appuient sur l'étrangeté du récit et même plus globalement ce doux flirt avec l'onirisme. Cela dit, la comparaison s'arrête là. On prendra le risque de ne pas tout saisir au premier abord mais quelque part ce n'est pas dérangeant. La vie est quelque part elle-même insaisissable, avec ses étrangetés, ses coïncidences, ses non-dits. Il n'était pas évident de transcrire à l'écran cette sensation d'invisibilité et pourtant Kieslowski y parvient avec une habilité admirable. La discrète (et rare) Irène Jacob, qui mérite totalement son prix d'interprétation au festival de Cannes, illumine indéniablement ce très beau film porté par l'envoûtante musique de Zbigniew Preisner.

Un film dont le titre comporte une couleur

Dragon Rouge de Brett Ratner

Le Silence des Agneaux de Jonathan Demme est sorti en 1991 sur le grand écran tandis que Dragon Rouge (avec toujours Anthony Hopkins dans le rôle culte de Hannibal Lecter) fut adapté en 2002. Pourtant, le roman Dragon Rouge de Thomas Harris (1981) est le premier volet de la saga tandis que le suivant est Le Silence des Agneaux (1988). Je n'ai pas lu le deuxième opus, en revanche, concernant le premier tome, j'en garde le souvenir d'une lecture particulièrement intense. L'adaptation par Brett Ratner me semble plutôt fidèle au roman (je nuance car ma lecture ne date pas d'hier). La distribution est également convaincante et bien choisie par rapport aux descriptions présentes dans le texte (même si on se demande ce qu'a foutu Edward Norton avec ses cheveux). Ralph Fiennes est tout particulièrement effrayant dans le rôle du grand méchant Dolarhyde. Cela dit, Dragon Rouge est décevant en tant qu'objet filmique. Il n'atteint évidemment pas la grandeur et les ambitions du long-métrage de Demme. A côté, le film de Ratner passe juste pour un polar sympa du dimanche soir. Cette adaptation méritait un peu plus de consistance.

Un film dont le titre comporte un numéro

Blade Runner 2049 de Denis Villeneuve

Blade Runner 2049 est un projet à hauts risques : comment donner suite des années après au film culte de Ridley Scott ? Comment faire une suite sans s'appuyer cette fois-ci sur un texte (le film de Scott est l'adaptation de Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? de Philip K. Dick) ? On pouvait tous craindre le pire. Pourtant, Denis Villeneuve signe un film époustouflant surtout esthétiquement (les décors sont impressionnants et le travail de Roger Deakins à la photographie est bluffant). Il s'agit peut-être d'un des plus beaux films que j'ai pu voir de ce côté-là. Les studios ont pris des risques à sortir ce blockbuster contemplatif qui ne m'a jamais ennuyée. Cela prouve encore une fois que les blockbusters ne sont pas forcément synonymes de déchet ou autre ou d'impersonnalité. Cela dit, je ne crie pas non plus au chef-d'oeuvre, même si, encore une fois, Blade Runner 2049 est pour moi un très bon film. Disons que je ne pense pas que cette suite était absolument indispensable, ni qu'elle soulève de nouvelles interrogations et réflexions. Jared Leto est décidément un acteur que je trouve de plus en plus surestimé avec le temps, et là son interprétation ne fait que renforcer mon impression.

Un film réalisé par un acteur/une actrice qui joue dedans

Mytho Man (The Invention of Lying) de Ricky Gervais et Matthew Robinson

Je ne prétends pas connaître le travail de Ricky Gervais de A à Z, je peux juste dire que je suis une immense fan de sa série The Office. Je suis tombée par hasard sur Netflix sur un de ses longs-métrages en tant que co-réalisateur The Invention of Lying dont le pitch de départ était plutôt alléchant : Mark Bellison (interprété par ce même Gervais) vit dans un monde dans lequel tout le monde ne peut dire que la vérité. Il est alors le seul à comprendre l'existence du mensonge et l'hypocrisie qui lui permettent de reprendre sa vie en main, enfin le croit-il. Dans l'ensemble, on passe plutôt un bon moment devant cette gentille comédie avec un chouette casting mais qui reste très oubliable. C'est plutôt drôle de voir cette galerie de personnages balancer des horreurs sans filtre, presque avec une sorte d'innocence. Ricky Gervais dénonce alors les différentes normes absurdes qui régissent notre monde et surtout la religion. Mais le film ne parvient pas réellement à tenir jusqu'au bout son pari, la faute certainement à de nombreuses incohérences dans le scénario : certainement pour se simplifier la tâche, Ricky Gervais oublie tellement de facteurs : dans son monde, la vérité est conçue uniquement comme un concept uniquement vu avec une objectivité, on ne prend pas non plus en compte le mensonge par omission...

Un film réalisé par un non-réalisateur à l'origine (hors acteur et actrice)

The Devil's Rejects de Rob Zombie

Le métalleux Rob Zombie est désormais l'un des réalisateurs les plus intéressants de ces dernières années. The Devil's Rejects met en scène les trois terrifiants psychopathes de La Maison aux milles morts (très bon film au passage). On peut évidemment apprécier ce film sans avoir regardé le premier volet. Cela dit, regarder le diptyque a un intérêt puisqu'il fonctionne sur un système d'inversion. Ainsi, les psychopathes du premier film étaient les personnages secondaires qui s'attaquaient aux gentils jeunes héros, ils étaient logiquement les méchants de l'histoire. Or, nos psychopathes deviennent ici les protagonistes principaux du récit (incarnés par des " gueules ", c'est tellement rare de nos jours). Alors qu'on avait peur d'eux dans le premier opus, on se met avoir peur pour eux cette fois-ci dans The Devil's Rejects. En situant son film dans les années 70 (et en tournant avec une Super 16 pour marquer le grain de l'image), Rob Zombie rend merveilleusement hommage au cinéma de Tobe Hooper et George Romero. Il s'en inspire sans jamais prétendre les égaler mais en offrant bel et bien une vision unique de l'horreur dans une Amérique paumée qui existe finalement toujours. Son film, qui reprend aussi les codes du road-movie et du western, est aussi rock que dérangeant. Hâte de voir une nouvelle suite, 3 From Hell, qui devrait sortir en 2019.

Nosferatu de F.W. Murnau

Je connais encore mal Murnau, mais je garde un souvenir émouvant de son Faust. J'étais donc très curieuse de découvrir (enfin) Nosferatu, film majeur de l'expressionnisme et un des premiers films de vampires (voire même d'horreur). Il s'agir de l'adaptation officieuse de Dracula de Bram Stocker : Murnau avait changé les noms des personnages et des lieux pour éviter des problèmes avec la veuve de Stoker. Mais cette dernière lui avait tout de même intenté un procès aboutissant à la destruction des copies. Heureusement pour nous, des petits filous avaient réussi à conserver quelques copies qui avaient pu circuler quelques années plus tard. Certains diront qu'il s'agit d'un film antisémite tandis que d'autres justement diront le contraire... pour ma part, je suis incapable de trancher. En tout cas, le contexte de l'époque (le film est sorti en 1922) est indéniablement à prendre en compte. Pour ma part, j'ai plutôt passé un bon moment même si je regrette tout de même quelques moments de flottement (pour ne pas dire d'ennui) au milieu du film. La parfaite mise en scène, les fantastiques jeux d'ombre, les différents procédés techniques - révolutionnaires à l'époque - et surtout l'époustouflante musique de Hans Edrmann contribuent aisément à ce mélange habile entre poésie et angoisse.

Demain de Mélanie Laurent et Cyril Dion

Demain, fut un succès commercial (plus d'un million d'entrées en France, ce qui est énorme pour un documentaire) et critique. Il a même été couronné par le César du meilleur documentaire. J'aurais tellement apprécié davantage ce projet qui se veut optimiste. On va dire que je comprends mieux la très bonne parodie du Palmashow ... et pour être honnête, quitte à me faire taper sur les doigts, j'ai énormément de mal avec Mélanie Laurent en tant que personnage public. On va dire que tout ce que je n'aime pas chez elle ressort pour moi dans ce documentaire, même si je suis certaine qu'elle l'a réalisé avec sincérité. Je ne dis pas que c'est le pire docu du monde mais je le trouve vraiment surestimé même si encore une fois, le projet à l'origine était intéressant. Mais j'ai trouvé ce film militant si long et bordélique ! Je ne comprends pourquoi par exemple le film s'embourbe dans toute une partie finale sur l'éducation, j'ai eu l'impression que ça sortait de nulle part. Globalement, les différents chapitres me semblent mal assemblés. A l'origine - en tout cas, je l'avais compris de cette manière notamment en écoutant les fans du film - il me semble qu'il s'agissait de montrer que tout le monde (c'est-à-dire des gens comme vous et moi) pouvait faire de son mieux pour sauver la planète. Or, on part de ce point mais entre-temps on interpelle aussi les gros industriels, bref j'ai eu l'impression que Laurent et Dion s'éparpillaient malgré leurs bonnes intentions.

Avant que de tout perdre de Xavier Legrand

J'espère voir figurer dans mon top 10 de l'année Jusqu'à la garde qui est selon moi l'un des meilleurs films français que j'ai pu voir ces dernières années (même si je ne le trouve pas non plus parfait à cause d'un point en particulier - on va encore dire que je chipote). Récompensé par le Lion d'argent de la mise en scène, mais hélas non retenu aux Oscars pour représenter la France (le CNC a déconné), cet impressionnant premier long-métrage de Xavier Legrand est en quelque sorte la suite de son court-métrage récompensé aux Césars, Avant que de tout perdre. Ce film de 30 mn, dans lequel les excellents Léa Drucker, Denis Ménochet et Mathilde Auneveux font déjà partie de la distribution, n'atteint pas la puissance de sa suite (il faut dire que le long place - vraiment - la barre haut), mais prouve déjà le talent de Xavier Legrand pour créer une tension qui nous coupe le souffle. Le réalisateur ne choisit pas un sujet facile (la violence conjugale) sans jamais tomber dans la surenchère ni la facilité alors que son scénario reste dans sa construction relativement simple (mais suffisamment malin pour ne pas révéler le comment du pourquoi tout de suite).

Un film sorti l'année de ton bac

Incendies de Denis Villeneuve

Denis Villeneuve a le grand privilège d'apparaître à deux reprises au coeur de ce Movie Challenge. Ce n'est certainement pas un hasard, Villeneuve un des réalisateurs les plus talentueux et ambitieux de sa génération. Il s'est enfin fait connaître avec son quatrième long-métrage Incendies (nommé aux Oscars dans la catégorie " meilleur film étranger "), une adaptation de la pièce de Wadji Mouawad, elle-même inspirée de la vie de Souha Bechara. J'avais aimé jusqu'à présent tous les films de Villeneuve que j'ai pu voir ( Enemy, Blade Runner 2049 et surtout Premier Contact et Prisoners). Or, avec Incendies, c'est la première fois que je subis un long-métrage du réalisateur. J'aurais dû être émue, je me suis juste ennuyée tout le long alors que je m'accrochais malgré tout à la qualité certaine de la mise en scène ainsi qu'à son esthétique qui fait ressortir autant la violence et la noirceur que la flamboyance d'une tragédie. Pourtant je me suis sentie en dehors de l'histoire, je déteste me sentir aussi peu concernée et impliquée quand je regarde un film. Est-ce la faute à un scénario qui m'a étouffée ? Le montage en puzzle (avec une alternance de points de vue) qui n'a pas su susciter mon adhésion ? De plus, la révélation finale ne me semble alors pas bien menée (je me demande s'il n'y a pas par moments quelques incohérences dans le scénario, mon cerveau a en tout cas bien buggé à plusieurs reprises).

Un film primé à Berlin ou Venise

Royal Affair de Nikolaj Arcel

Récompensé à deux reprises au festival de Berlin (Ours d'argent du meilleur acteur pour l'impeccable Mikkel Boe Følsgaard et du meilleur scénario), également présent dans la course aux Oscars dans la catégorie " meilleur film étranger ", Royal Affair retrace la liaison entre Caroline-Mathilde de Hanovre (Alicia Vikander dans l'un de ses plus beaux rôles) et Johann Friedrich Struensee (l'excellent Mads Mikkelsen). Les films historiques ne sont pas forcément ceux qui m'attirent ni me plaisent le plus, cela ne m'a pas empêchée d'adorer le passionnant long-métrage de Nikolaj Arcel. La mise en scène est propre, élégante, classique et posée, il faut admettre qu'il ne surprend pas de ce côté-là par rapport à nos attentes. C'est surtout son scénario qui domine ce long-métrage, certes romancé (comme le trois-quart des films historiques), réussissant alors à allier avec aisance drame personnel voire même passionnel (que ce soit la " liaison royale " présente dans le titre de l'oeuvre ou encore les troubles mentaux du roi Christian VII) et enjeux politiques (Struensee, le médecin du roi conseiller de l'Etat, a entrepris d'importantes réformes inspirées par la philosophie des Lumières). L'histoire intime s'ajoutant alors à la grande Histoire pour ne faire plus qu'un, Royal Affair dépasse les simples frontières du film historique avec une intrigue amoureuse palpitante pour faire écho à notre propre époque qui n'a décidément pas totalement changé de regard sur la perversion du pouvoir.


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