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Ah Ah Ah

Publié le 05 décembre 2018 par Paulo Lobo
Ah Ah Ah
On ne peut pas rire de tout avec tout le monde. Je m'en rends compte de plus en plus fortement depuis quelque temps. Pour rire ensemble de quelque chose, il faut avoir une même vision du monde, une même culture, une même éducation. Et cette base commune devient de plus en plus difficile à établir.Le type qui glisse sur une peau de banane pour se retrouver tout penaud au sol, ah c'est drôle, ah je m’esclaffe, c'est presque une blague universelle - presque, mais pas complètement, car il se trouvera toujours quelqu'un qui, avant de penser à rire, aura le réflexe de porter secours ou trouvera l'accident plutôt dramatique. C’est normal.C’est pourquoi : Quand on dit des phrases que l'on suppose drôles, il faut toujours prendre en compte son interlocuteur. Est-ce qu'on le connaît bien ou est-ce qu’on le rencontre pour la première fois ? Quelle est la relation que nous avons avec lui ? Est-il un parent, un ami, un collègue, un supérieur hiérarchique, un professeur, un journaliste, un politicien ...?
Quand on est face à un individu dont on ignore le degré d'humour, il faut préférablement s'accorder un temps d'observation, afin de pouvoir cerner sa sensibilité, son intelligence, sa jovialité, sa propension à rire. D'abord tâtonner le terrain, pour être sûr qu'une pointe d'humour ou de dérision sera perçue correctement. Si on n'y prend gare, on pourra blesser ou offenser plutôt qu'amuser. D'accord, certaines formes d'humour visent justement la provocation. Lenny Bruce ou les Monty Python. L’humour noir ou scabreux. Mais il y a toujours un avertissement explicite ou en filigrane du genre « c’est pour rire et pour faire réfléchir ».Il y a toujours ce fameux droit d’expression ou d’opinion.Il arrive que la perception des choses change avec le temps. Benny Hill par exemple, l'exemple parfait du comique familial et bon enfant dans les années 80, est aujourd’hui jugé outrageusement sexiste et vulgaire par certains.Bon tout ça pour te dire, ma fille, que quand tu t’amuses à mettre de la dérision dans des rédactions qu’on t’a données à faire sur un thème sérieux, tu as intérêt à t’assurer que le prof a de l’humour !
Moi par exemple, j'aime dire des choses que je ne pense pas ou qui peuvent paraître absurdes, mais j’ai en général une idée assez précise sur la capacité du destinataire à capter mon double langage.C'est ce qu'on appelle être dans le deuxième degré. Ou de force.

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