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Des héritiers de Michael Jackson

Par Gangoueus @lareus
Des héritiers de Michael Jackson
Je fredonne depuis quelques jours deux morceaux de Gatho Beevans. Je ne parle pas d’un artiste néerlandais. Il serait d’ailleurs intéressant de creuser pour comprendre comment ce musicien congolais a trouvé son nom de scène. Je ne souhaite pas faire un article sur Gatho. Mais sur l’influence d’un artiste beaucoup plus grand que lui. Michael Jackson. Considérez ce billet comme une pause, une détente. C’est une opinion.
Michael Jackson est un artiste qui a eu une portée planétaire. Cela a été son ambition. Et il ne sait jamais éloigner de cet objectif. Le moyen qu’il avait en sa possession était d'abord un talent inouï. A cela, une culture du travail, de la performance inculquée par un père brutal et exigeant. Bien qu’ayant été bercé dans une période où les afro-américains cherchaient à se frayer une place dans cette Amérique qui les avaient mis à la cathode. Michael Jackson n’a jamais pensé que sa couleur, son origine sociale puissent être une entrave pour ce qu’il avait à donner à l’humanité. Pour cela, il s’est employé à briser les codes. Réinventer sa musique. Constamment. Quand Spike Lee fait un documentaire sur MJ centré sur Off the wall, il raconte certes la phase de mue de Michael Jackson du leader des Jacksons vers la première étape qui va le conduire au statut de star planétaire. Mais, on sent que la suite l’intéresse moins. Rompre les codes est pourtant l'essentiel, ça a été pour MJ de sortir du rythm’n blues dans lequel il a grandi pour composer une musique rencontrant des mondes plus larges. C’est d’ailleurs un élément de différence net avec Prince. Il me semble que si Prince a exploré des mondes inattendues de cette musique afro-américaine, MJ s’en est extrait. Et c’est de cela que je veux parler en évoquant ces héritiers dont Gatho Beevens fait partie. Avec l’album Thriller, Jackson métamorphose le vidéo clip, il le réinvente. Tout le monde a en mémoire «  Beat it! »  et sa fameuse en scène de la guerre des gangs. Plutôt que de s’inscrire dans la contemplation de la violence urbaine, MJ s’inscrit comme une figure christique qui réconcilie tout le monde sur  une chorégraphie bien pensée. Rompre les amarres. Que dire de Thriller, où un loup garou mène une bande de morts vivants dans une séquence inoubliable ? C'est donc un usage du storytelling où lui, MJ, ne cessera de positionner en artisan de paix.

Gatho Beevans, le cas congolais

Thriller, c’est l'album de la rupture avec la soul et le RNB. L’extraction pour un artiste d’une assignation à faire et à rester dans une case. Je tenterai de faire des parallèles avec des artistes qui se sont consciemment ou inconsciemment inspirés de la démarche de celui qu’en République populaire du Congo, on appelait affectueusement Minkala Jack. En 1991, Gatho Beevans rompt les amarres avec la rumba classique que les grands groupes de la capitale zaïroise célèbrent depuis la nuit coloniale. Une rumba en deux phases. Mélodieuse, chaloupée sur le rythme des voix de Débaba, Carlitto, Dindo Yogo, Emenaya ou Papa Wemba. Avec Azalaki awa, Gatho chante la déception amoureuse, comme ses aînés. Cependant sa musique détonne. Des instruments peu présents dans la musique congolaise apparaissent comme le synthé, et il se démarque à sa manière comme le fit Tshala Muana avec le mutuashi. Sauf que Beevans n'emprunte pas son style aux danses folkloriques de sa région, mais à l'artiste américain qui vient de sortir Dangerous au début des années 90. La chorégraphie du clip a des références évidentes aux mimiques des danseurs de Thriller. Les chorégraphies des grands groupes congolais n'ont rien à voir ce que fait Gatho Beevans. J’ai le souvenir que Gatho était classé dans le créneau des adolescents attardés et que son tube Azalaki awa était destiné aux fêtes pour enfants. Comme ce fut le cas des morceaux d'Abeti Masikini, la grande chanteuse congolaise qui eu une reconnaissance internationale mais ne fut jamais vraiment prise au sérieux à Kin. A trop sortir des codes à Kin comme à Brazza, il sera conduit dans une sorte de purgatoire musical. Un autre morceau de Gatho sera en rupture avec le m modèle classique avec Goma ya kwetu. Un morceau chanté en kiswahili.  Rupture. Les références au kid de Gary sont nombreuses : Code vestimentaire, dépigmentation, voix androgyne, danseur excellent. Cependant, Gatho ne survivra pas au conservatisme ambiant..

Jean-Michel Rotin, le zouk Rn'B

Aux Caraïbes, Jean Michel Rotin propose également une rupture. Antillais, son zouk prend une tonalité différente de ce qui se fait au début 90 à l'ombre de Kassav.  Les références à Michael Jackson là encore sont évidentes pour ne pas dire criardes. D'ailleurs certains le lui reprocheront. On se demande pourquoi. Il n’est aucunement question chez Rotin de faire de la pop américaine. Comme Beevans, le crooner antillais s'applique à revisiter la musique locale antillaise. Le zouk de Jean-Michel Rotin sort de la routine des classiques de Malavoy, d’Eric Virgal, Edith Lefel ou Harry Diboula. On parlera de zouk R’n B. Au-delà de produire des sons en rupture avec son du moment, Rotin c’est un timbre de voix singulier que les amoureux de MJ reconnaitront sans difficulté. Etrangement, ce n’est que récemment que j’ai fait un rapprochement sur l’influence la star américaine sur le crooner antillais. Il est vrai qu'adolescent, j'ai vu très peu de ses clips. Contrairement à Gatho Beevans qui dès son second album suivant entrera dans les rangs de la musique congolaise, Jean-Michel Rotin a tracé une carrière sur la durée en explorant avec constance sa singularité, sa marginalité. Innover sur la durée. Tracer des nouveaux genres. Pour le plaisir, une écoute de Lè ou love un ses tubes

Bruno Mars, la musique à rebours

Il est essentiel de souligner que ces artistes ne samplent pas Jackson. Leurs démarches respectives sont beaucoup plus élaborées qu'une recomposition.Récemment, il y a trois ans, j’ai vu apparaître dans les médias, Bruno Mars. Certains, sur des podcasts afropéens militants comme Le piment, l’accusent de faire dans l’appropriation culturelle. Ce concept me fait sourire. Il me fait même rire. Encore un problème mal posé, mais on aura peut-être l'occasion d'y revenir. On n’est pas loin d’interdire à un artiste certaines de ses influences qui ne puiseraient pas dans son héritage culturel « naturel ». C'est à dire ethnique, "racial", etc. Et on collerait un procès à Picasso et bien d'autres pour avoir été pris modèle sur des masques africains... Je caricature à peine. Bruno Mars dans son premier album emprunte avec succès au style du king de la pop. Les vraisemblances s’expriment dans la forme du clip où la référence à Off the wall me semble flagrante. Il faut dire que Bruno Mars ressemble physiquement au Michael Jackson du début des années 80. Le reste n’est qu’une affaire de blousons rouges et de chorégraphies exécutées magistralement faisant penser aux Jacksons. Ici, encore, nous avons une vraie rupture.
Cette dernière se caractérise dans une volonté de s’extraire des clips caricaturaux voire insultants que des artistes comme Eminem ont réalisé sur MJ. Un peu comme il l’a fait récemment avec son dernier album, Bruno Mars recycle avec talent des modes musicales qui ont fait leur temps. L’exercice n’est donc pas simple. J’ai toutefois l’impression que l’influence de Michael Jackson est le point de départ de son projet artistique. De tous les artistes que je cite dans cet article, il est celui qui a la base la plus élargie. Ce qui fut pour Michael Jackson une préoccupation constante qui a influencé. A l’inverse de son prédécesseur, c’est dans le retour aux racines de ce qui a fait la musique de Jackson qui Mars se déploie.
Quelques chiffres pour Bruno Mars : 
  • 100 millions de disques vendus à travers le monde
  • Deux albums vendus à plus de 6 millions d'exemplaires chacun

Christine and the Queens, la version française et féminine de Jackson

Quand j’ai écouté Christine and the Queens pour la première fois sur une radio française, j’ai eu la même réaction que lors de ma découverte Jean-Michel Rotin : « Je connais ce son ». Du Michael Jackson. Elle est peut-être l’artiste la plus proche de MJ dans l’expression de l’influence de l’artiste américain. A l’écoute d’abord. Je tiens à souligner que c’est vraiment à la radio que j’ai eu accès à son son. Que dire quand j’ai vu le clip… L’exigence. La sophistication. Le sens du détail. Le sens de la mise en scène. La patte Jackson : les cris, l’apparat, les chorégraphies… Le tout, en français.  L'ambiguïté aussi. Si MJ a joué sur son apparence, le fameux Black or White qui a fait rire les plus cyniques sur la dépigmentation plus ou moins assumée du prodige américain, Christine semble devenir Chris. Et elle joue sur une forme d'androgynie. Je ne sais pas d'ailleurs si le verbe jouer est approprié. Est-ce par mimétisme ? Par identification ? Christine and the Queens est un groupe à part, inclassable. Héloïse Létissier est néanmoins beaucoup plus confidentielle que Bruno Mars.  (+1 150 000 exemplaires vendus). J'ai écouté plusieurs morceaux de son dernier album. Et je peux dire que je ne sur interprète pas. Les références sont totalement assumées. Elle impose néanmoins son approche personnelle, son style

Alors qu'une exposition sur Michael Jackson a lieu au Grand Palais de Paris sur l'influence de l'artiste américain sur des artistes plasticiens et l'art contemporain, il me semble intéressant de revenir sur le parcours de musiciens qui ont repris différents aspects de la personnalité, du travail, du style de Michael Jackson. Une influence mondiale avec des déclinaisons locales surprenantes et accomplies.

Source photo : Bureau de la photo de la maison blanche [Public domain or No restrictions], via Wikimedia Commons

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