Magazine Culture

George Trakl – Naissance

Par Stéphane Chabrières @schabrieres

George Trakl – NaissanceDes monts : noirceur, mutisme et neige.
Rouge, la chasse dévale la forêt ;
Ô, les regards fangeux du gibier.
Silence de la mère ; sous de noirs sapins
S’ouvrent les mains endormies
Quand paraît, dépérie, la lune froide.
Ô, la naissance de l’homme. Nocturne bruit
L’eau bleue dans une gorge rocheuse ;
Soupirant, l’ange déchu aperçoit son image,
Un corps blême s’éveille dans la pièce étouffante.
Deux lunes,
S’éclairent les yeux de la vieille de pierre.
Douleur, cri de la femme qui enfante. D’une aile noire
La nuit touche la tempe du garçon,
Neige qui doucement choit d’un nuage pourpre.

*

Geburt

Gebirge: Schwarze, Schweigen und Schnee.
Rot vom Wald niedersteigt die Jagd;
0, die moosigen Blicke des Wilds.

Stille der Mutter; unter schwarzen Tannen
Offnen sich die schlafenden Hande,
Wenn verfallen der kalte Mond erscheint.

0, die Geburt des Menschen. Nachtlich rauscht
Blaues Wasser im Felsengrund;
Seufzend erblickt sein Bild der gefallene Engel,

Erwacht ein Bleiches in dumpfer Stube.
ZweiMonde
Erglanzen die Augen der steinernen Greisin.

Weh, der Gebarenden Schrei. Mit schwarzem Fliigel
Riihrt die Knabenschlafe die Nacht,
Schnee, der leise aus purpurner Wolke sinkt.
*

Birth
.
Mountains: blackness, silence and snow.
Red from the forest the hunt descends;
0, the mossy glances of the game.

Silence of the mother; beneath black fir trees
The sleeping hands unfold,
When decayed the cold moon appears.

0, the birth of Man. Nightly blue water
Gushes in the valley of rocks;
Sighing the fallen angel glimpses his image,

A pale thing awakens in a musty room.
Two moons
The eyes of the stony old woman start to gleam.

Woe, the scream ofthose in labour. With black wing
Night brushes the young boy’s brow,
Snow that gently sinks down from a crimson cloud.

***

George Trakl (1887-1914) – Œuvres complètes

(Gallimard, 1972) – Traduit de l’allemand (Autriche) par Marc Petit et Jean-Claude Schneider – A Skeleton Plays Violin (Seagull Books, 2017) – Translated by James Reidel.


Retour à La Une de Logo Paperblog

A propos de l’auteur


Stéphane Chabrières 13365 partages Voir son profil
Voir son blog

l'auteur n'a pas encore renseigné son compte

Magazines