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[Critique] BLACK MIRROR : BANDERSNATCH

Par Onrembobine @OnRembobinefr
[Critique] BLACK MIRROR : BANDERSNATCH

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Titre original : Black Mirror : Bandersnatch

Note: ★★★★☆
Origine : États-Unis
Réalisateur : David Slade
Distribution : Fionn Whitehead, Will Poulter, Asim Chaudhry, Alice Lowe…
Genre : Thriller/Drame/Film interactif
Date de sortie : 28 décembre 2018 (Netflix)

Le Pitch :
En 1984, un jeune programmateur parvient à décrocher un contrat afin d’éditer son jeu-vidéo. Un jeu inspiré d’un roman dont vous êtes le héros, qui implique de multiples scénarios et dont la programmation ne tarde pas à plonger le jeune homme dans un désarroi dont il aura de plus en plus de mal à s’extraire…

La Critique de Black Mirror : Bandersnatch :

Netflix vient de frapper très fort, profitant des fêtes de fin d’année pour offrir à ses abonnés un épisode spécial de Black Mirror en forme de long-métrage. Alors oui c’est super, car Black Mirror est une excellente série, mais ce n’est pas tout. Car Charlie Brooker, le créateur du show, a profité de cette aubaine pour pousser sa réflexion sur les potentielles dérives des nouvelles technologies, en écrivant un film aux multiples ramifications. Car Bandersnatch est interactif. Loin de se dérouler de façon linéaire, il implique véritablement le spectateur, à la manière des Livres dont vous êtes le héros, qui doit alors choisir entre plusieurs options à divers moments de l’histoire.
Plutôt compliqué dans ces conditions de vous livrer une critique complète du film car au fond, l’appréciation de chacun dépend avant tout de sa façon de vivre l’expérience et des choix effectués tout au long de celle-ci. Cependant, ce qu’on peut faire, c’est vous parler du film que nous avons vu et de notre ressenti global de la chose, sans bien sûr rien dévoiler sur les rebondissements et autres surprises qui jalonnent le parcours…

Black-Mirror-Bandersnatch-Fionn-Whitehead

Bienvenue dans la matrice

Avec Bandersnatch, la mise en abîme est totale. Autant dire qu’on n’a jamais rien vu de tel. Jamais le cinéma ou la télévision (ou alors peut-être avec le jeu interactif Hugo délire. Ceci est une boutade bien entendu) n’avait proposé d’inclure de manière si intime le spectateur, en lui demandant d’influer sur la destinée du personnage principal d’une œuvre. Ce qui, dans le cas de Black Mirror, n’a absolument rien d’anodin tant la série a toujours pris un malin plaisir à se montrer particulièrement retorse quand il s’agissait de mettre le doigt là où ça fait mal. Du coup, si au début, les décisions que l’on doit prendre semblent anodines (quelle marque de céréales pour le petit-déjeuner ? Quelle musique pour écouter dans le bus?), on se retrouve assez rapidement à devoir opter entre deux options impliquant parfois des conséquences potentielles tragiques. Le temps imparti pour justement choisir étant assez court, la pression ne tarde pas à se faire sentir de l’autre côté de l’écran, quand le film nous demande par exemple de sombrer dans la violence, de sacrifier ou encore de torturer un peu plus le protagoniste campé par l’excellent Fionn Whitehead (Dunkerque).
Il ne s’écoule pas très longtemps entre les moments où les options s’affichent à l’écran et sans cesse notre rôle se fait de plus en plus déterminant, au point de faire de nous les acteurs d’un récit retors et parfois pervers.

De l’autre côté de l’écran

Bien sûr, le procédé, remarquablement exploité et techniquement irréprochable (il n’y a par exemple aucun temps de chargement) a pour but d’illustrer les thématiques qu’entend incarner le film. Des thématiques faisant aussi écho à celles des saisons précédentes de Black Mirror si ce n’est qu’ici, vu que notre rôle est véritablement central, l’impact est encore plus marqué. Les dérives des nouvelles technologies, notre position de spectateur, notre rapport aux divertissements, le voyeurisme inhérent à internet et aux réseaux sociaux… Tout y passe. Réflexion dont l’intelligence consiste également à faire de l’œil à de multiples références, avec au hasard Lewis Carroll et Philip K. Dick, pour encore mieux sonner avec une pertinence qui se renouvelle presque à chaque inclinaison du scénario.
Derrière la caméra, David Slade (déjà aux commandes sur l’épisode très moyen de la saison 4 Metalhead) fait un travail remarquable et met sa mise en scène immersive au service d’une technique on le répète parfaitement huilée pour proposer une authentique expérience au spectateur.
Cela dit, le procédé a aussi ses limites. C’est notamment visible quand il semble évident que malgré les choix, Bandersnatch s’arrange toujours pour nous amener dans une direction souhaitée. Certains choix débouchent sur des culs de sac et donc sur des retours en arrière. Pour autant, ces retours en arrière n’en sont pas non plus vraiment tant les choix précédemment validés restent tout de même pris en compte. À la fin (comptez 90 minutes pour arriver au terme de l’histoire), on nous propose même de découvrir d’autres fins parmi les 5 tournées. Ce qui est vraiment recommandable si on veut saisir toute la complexité de l’ensemble. Et tant pis si au fond, le précédé nuit aussi un peu à la portée du récit, qui se trouve paradoxalement limité par le côté ludique. Les raccourcis scénaristiques étant un peu trop nombreux pour permettre à l’histoire de ce programmateur en proie à la folie de s’épanouir comme elle aurait peut-être pu le faire au sein d’un format conventionnel.
Mais il ne faut pas bouder son plaisir car ce que propose Bandersnatch n’a rien d’ordinaire. Ici, l’audace est totale et à l’arrivée, c’est un peu K.O. et résolument impressionné qu’on ressort de l’expérience.

En Bref…
Le premier film interactif Netflix s’avère aussi passionnant qu’impressionnant. Pour autant, si on enlève justement ce côté ludique, l’épisode long format de Black Mirror qui demeure alors apparaît bizarrement comme un peu léger compte tenu des thématiques qu’il entend illustrer. Pas assez pour affirmer que Bandersnatch tient plus du gadget ou de la démonstration de force technique, mais il y a tout de même un peu de cela. Mais attention, car nous avons affaire à quelque chose de véritablement malin et de suffisamment retors pour non seulement maintenir l’attention mais aussi pour entraîner de multiples questionnements quant à notre rapport à ces nouvelles formes de divertissement. Stimulant !

Bandersnatch arrive après une année chargée pour Netflix, qui est toujours au centre d’un débat animé. La firme qui travaille dur pour se construire l’image d’un refuge pour créateurs frustrés et rejetés par les grands studios historiques, attirant des noms prestigieux (au hasard les Coen cette année, Scorsese en 2019) et produisant à la chaîne (personne n’a livré plus de films en 2018 que Netflix). Dans ce contexte, l’épisode interactif de Black Mirror arrive comme la preuve ultime du caractère frondeur et aventureux du service de streaming. Certains y voient d’ailleurs déjà l’émergence d’un format peut-être capable de totalement réinventer la façon de voir des films à l’avenir. Un constat un peu hâtif. Car au fond, est-ce que les livres dont vous êtes le héros ont, dans les années 90, mis la littérature classique au placard ? Est-ce que les jeux-vidéos de plus en plus réalistes, pouvant très bien s’apparenter sur bien des aspects à des films interactifs, ont empêché le public de se ruer dans les salles de cinéma ? Non bien sûr.
Cela dit, il semble évident que la mise en ligne de Bandersnatch et la réussite de ce dernier signifie qu’à l’avenir, de multiples options seront en effet disponibles. Ce qui brouille un peu les frontières entre les médiums et ouvre de nouvelles portes aux créateurs… Forcément, c’est une bonne nouvelle.

@ Gilles Rolland

Black-Mirror-Bandersnatch-cast   Crédits photos : Netflix


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