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Revue cinématographique et musicale #10 : Eric Clapton, le blues comme révélateur de l’âme

Publié le 21 février 2019 par Storiagiovanna @StoriaGiovanna

Vous commencez à savoir à quel point je considère Eric Clapton comme un dieu vivant. Je me demande ce qu’aurait été ma vie si le père de ma meilleure amie et mon crush du lycée ne m’avaient pas plongée dans ses mélodies empreintes de vagues à l’âme. Je savais vaguement qu’il avait eu des problèmes de drogue, qu’un de ses enfants était tragiquement décédé et qu’il avait eu des propos plutôt limite dans les années 1970, mais je n’avais pas cherché plus loin.

Revue cinématographique et musicale #10 : Eric Clapton, le blues comme révélateur de l’âme

J’avais d’ailleurs un contentieux avec le Mari pour qui Clapton se résumait à un vague side-kick de George Harrison (une de ses idoles absolues) et ne comprenait pas mon engouement pour un mec qui fait des reprises et des feat. certes super stylés, mais qui, en gros, ne donnait pas beaucoup de sa personne en termes de création musicale, et donc était peut-être plus oubliable que Quiet George.  

Et puis ce 23 janvier 2019 est sorti en France Life in 12-Bars, documentaire sur Clapton réalisé par Lili Fini Zanuck impliquant une forte participation personnelle du guitariste. Ni une, ni deux, allons le voir au MK2.

Pitch Allociné

Eric Clapton est pour des millions de gens une légende vivante du Blues et du Rock. Véritable icône, il a traversé les décennies, connaissant gloire et successions d’épreuves. Malgré sa pudeur, il nous livre pour la première fois l’ensemble de sa vie y compris ses drames les plus intimes. Mêlant archives personnelles, performances rares et témoignages inédits (B.B. King, George Harrison, Pattie Boyd, Bob Dylan, Steve Winwood…), ce documentaire retrace la destinée emblématique de celui que l’on appelle «GOD»…

Mon humble avis

Qu’on soit fan ou non du bonhomme, le spectateur ressort de la salle complètement déboussolé. Si on allait voir le documentaire en pensant trouver une explication de texte de sa musique, force est de constater qu’on s’y casserait les dents.

Car Eric Clapton, c’est un écorché vif qui a trouvé dans le blues son salut. Elevé par ses grands-parents qu’il croit être ses véritables parents, rejeté par sa mère biologique et la nouvelle famille de celle-ci, Eric se réfugie dans le dessin et l’étude autodidacte des standards du blues dès l’âge de 12 ans. Ce qu’il fait qu’il se fait remarquer très tôt parmi les musiciens anglais qui pullulaient au début des années 1960. De groupes en groupes, sa technique de jeu le fait très vite remarquer du public et d’autres musiciens.

Le documentaire revient d’ailleurs très largement sur sa carrière dans les années 1960 – de ses débuts avec Casey Jones and the Engineers à la folie Blind Faith en passant par les Yardbirds, Cream et ses expériences de musicien studio inopiné pour Aretha Franklin. Il revient également sur sa rencontre avec celui qui deviendra un de ses meilleurs amis : George Harrison, dont la relation n’a été évoquée qu’à travers le prisme de Patti Boyd, chose qui a quelque peu déconcerté le Mari.

Justement, parlons de Patti Boyd. Eric Clapton lui voue dès leur rencontre une dévotion exceptionnelle, bien qu’elle soit déjà engagée avec George Harrison. Il lui dédiera un album avec le groupe qu’il a formé en 1970, Derek and the Dominos. Las, triste de voir son amour non partagé et son ami Jimi Hendrix décédé, Clapton s’enfoncera dans l’héroïne entre 1971 et 1973 et s’isolera du monde.

Il entame par la suite une carrière solo où il écrit et interprète des chansons parmi ses chefs-d’œuvre tels que Let It Grow ou Wondeful Tonight, dédiée à Patti qui, entretemps, devient sa compagne, puis sa femme. Malheureusement, il remplace l’héroïne par l’alcool, addiction qui le tiendra jusqu’en 1989.

Le documentaire balaie cette période en quelques minutes comme Eric Clapton le fait lui-même finalement. La narration se poursuit en 1985, où il fait deux rencontres extra-conjugales qu’il pense sans lendemain : Yvonne Kelly, femme d’un collaborateur de George Martin, avec laquelle il conçoit Ruth qu’il ne reconnaît pas tout de suite, et le mannequin italien Lory Del Santo avec laquelle il conçoit Connor. On y voit tout le bouleversement que cette naissance génère, et le documentaire s’arrête sur les quatre ans de vie du petit garçon.

Le récit que le documentaire fait de la création de Tears In Heaven, écrite consécutivement à l’accident qui emporta Connor en 1991, marque chez le spectateur la nécessité d’Eric Clapton de se reprendre en main pour de bon. La fin du documentaire, entre hommages de son mentor B.B. King et vie de famille assumée, passe aussi vite que la description de sa carrière solo entre 1974 et 1989.

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Life In 12-Bars ne parle pas spécifiquement de la musique d’Eric Clapton. On pourrait le voir comme un inventaire de blessures personnelles tel que pourrait le faire Charles Dickens, mais aussi comme une explication de la « vérité derrière la légende ». A titre personnel, mon mari et moi-même avons été choqués de la manière dont il balaie d’un revers de manche toute sa carrière entre 1973 et 1991. En vérité, ce n’est pas sa musique qu’il renie : c’est lui-même. Cette personne qui le dégoûtait tellement, qui voulait en finir avec l’existence. Un peu comme si Amy Winehouse aurait survécu.

A même y réfléchir, après avoir vu ce documentaire, je me demande si Eric Clapton accorde une seule once d’importance à la musique qu’il a pu créer. S’il pouvait assumer le répertoire qui reflétait davantage ses aspirations, sa personnalité profonde. Et c’est là où je comprendrais peut-être le présupposé du Mari, à savoir qu’Eric Clapton est un excellent interprète, mais qu’il a du mal à créer avec ses tripes.

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Life In 12-Bars, à l’image d‘Amy que j’ai vu en 2015 et qui m’avait laissée dans le même état émotionnel, est un film qui peut montrer la souffrance et la déchéance de manière très crue, mais jamais de manière complaisante ou larmoyante (dans l’intention, parce que même le Mari a failli verser sa petite larme). Mais surtout, ça a permis au Mari de se pencher un peu plus sérieusement sur le répertoire de Dieu, ce n’est que pure justice.


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