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La prise de la bastille par jules michelet.

Par Francois155

En ce jour, le peuple de France et, s’associant à lui, tous les peuples amis, célèbrent en fait l’Unité et la Force de notre Nation ; l’Unité, à travers le souvenir de cette naissance à une conscience commune supérieure, évolution de l’Histoire d’un peuple qui déploie enfin ses ailes en s’affranchissant symboliquement de chaînes qui l’entravaient dans sa marche vers la pleine acquisition de sa souveraineté ; la Force, par le spectacle de son Armée, émanation la plus glorieuse et la plus rude de cette communauté de destin, citoyens volontaires et choisis pour servir une Nation qui leur rend ce jour un hommage bien modeste comparé à leurs mérites et sacrifices, passés, présents et à venir.

Nous discutons souvent de la Force par ici, de son utilité, de son emploi, de son organisation… Le sentiment d’appartenance à la Nation est bien plus difficile à cerner et, hélas, pas toujours aussi bien répandu qu’il le devrait. C’est parfois une évidence, une certitude qui ne s’explique pas. C’est aussi, dans certains cas, un cheminement, intellectuel autant que moral, que fait l’individu avant de parvenir à cette vérité entêtante et libératrice. Chacun peut prendre ses propres voies, du moment qu’elles conduisent à la destinée partagée et bien comprise.

Comme l’éducation, l’apprentissage ou la contemplation admirative de certaines attitudes, certaines lectures peuvent montrer le chemin. En ce qui me concerne, la fréquentation assidue de « L’histoire de la Révolution française », par Jules Michelet, durant mon adolescence, n’est certainement pas pour rien dans cette révélation.

Je ressors donc, aujourd’hui, l’un de ces vieux exemplaires, tout usés et cornés, et vous livre le récit que fait Michelet, publié pour la première fois en 1847, romanesque, romantique, lyrique, de cet événement que nous commémorons aujourd’hui. Ces lignes m’avaient, à l’époque, fortement impressionné. Parvenu à l’âge d’homme, je veux croire qu’elles sauront aussi vous parler de la France, notre France que nous célébrons aujourd’hui.

Bonne Fête Nationale à tous !

Jules Michelet, « Histoire de la Révolution française », chapitre VII, extraits :

Paris, bouleversé, délaissé de toute autorité légale, dans un désordre apparent, atteignit, le 14 juillet, ce qui moralement est l’ordre le plus profond, l’unanimité des esprits.

Le 13 juillet, Paris ne songeait qu’à se défendre. Le 14, il attaqua.

Le 13 au soir, il y avait encore des doutes, et il n’y en eut plus le matin. Le soir était plein de trouble, de fureur désordonnée. Le matin fut lumineux et d’une sérénité terrible.

Une idée se leva sur Paris avec le jour et tous virent la même lumière. Une lumière dans les esprits, et dans chaque cœur une voix : « Va, et tu prendras la Bastille ».

Cela était impossible, insensé, étrange à dire… Et tous le crurent néanmoins. Et cela se fit. (…) L’attaque de la Bastille ne fut nullement raisonnable. Ce fut un acte de foi.

Personne ne proposa. Mais tous crurent et tous agirent. Le long des rues, des quais, des ponts, des boulevards, la foule criait à la foule : « A la Bastille ! à la Bastille !... » Et, dans le tocsin qui sonnait, tous entendaient : « A la Bastille ! »

Personne, je le répète, ne donna l’impulsion. (…) Qui l’eut ? Celui qui eut aussi le dévouement, la force, pour accomplir sa foi. Qui ? Le peuple, tout le monde.

Les vieillards qui ont eu le bonheur et le malheur de voir tout ce qui s’est fait dans ce demi-siècle unique, où les siècles semblent entassés, déclarent que tout ce qui suivit de grand, de national, sous la République et l’Empire, eut cependant un caractère partiel, non unanime, que le seul 14 juillet fut le jour du peuple entier. Qu’il reste donc, ce grand jour, qu’il reste une des fêtes éternelles du genre humain, non seulement pour avoir été le premier de la délivrance, mais pour avoir été le plus haut dans la concorde !

Que se passa-t-il dans cette courte nuit, où personne ne dormit, pour qu’au matin tout dissentiment, tout incertitude disparaissant avec l’ombre, ils eurent les mêmes pensées ?

On sait ce qui se fit au Palais-Royal, à l’Hotel de Ville ; mais ce qui se passa au foyer du peuple, c’est là ce qu’il faudrait savoir.

Là pourtant, on le devine assez par ce qui suivit, là chacun fit dans son cœur le jugement dernier du passé, chacun, avant de frapper, le condamna sans retour… L’histoire revint cette nuit-là, une longue histoire de souffrances, dans l’instinct vengeur du peuple. L’âme des pères qui, tant de siècles, souffrirent, moururent en silence revint dans les fils, et parla.

Hommes forts, hommes patients, jusque-là si pacifiques, qui deviez frapper en ce jour le grand coup de la Providence, la vue de vos familles, sans ressource autre que vous, n’amollit pas votre cœur. Loin de là, regardant une fois encore vos enfants endormis, ces enfants dont ce jour allait faire la destinée, votre pensée grandie embrassa les libres générations qui sortiraient de leur berceau, et sentit dans cette journée tout le combat de l’avenir !

L’avenir et le passé faisaient tous deux même réponse ; tous deux ils dirent : « Va ! ».

Et ce qui est hors du temps, hors de l’avenir et hors du passé, l’immuable droit le disait aussi. L’immortel sentiment du Juste donna une assiette d’airain au cœur agité de l’homme, il lui dit : « Va paisible, que t’importe ? Quoiqu’il t’arrive, mort, vainqueur, je suis avec toi ! ».


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