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Matéi Visniec – Moi c’était le vrai, le bien et le beau

Par Stéphane Chabrières @schabrieres

Matéi Visniec – Moi c’était le vrai, le bien et le beauLe matelas sous moi avait pourri
mais moi c’était le vrai, le bien et le beau
qui occupaient mes pensées

la fenêtre ouverte, les habits
pendus dans l’armoire
devant des livres petits comme des cailloux
je pensais au soldat malheureux, coupé au doigt
et à la solitude du clou fiché dans la porte

les choses recouvraient lentement leurs esprits
tant j’y pensais avec obstination
elles examinaient leurs plaies et se comptaient
les unes les autres

mes ennemis mouraient dans leur lit
l’un après l’autre, de vieillesse
mais moi c’était le vrai, le bien et le beau
qui occupaient mes pensées

*

Eu tot la adevăr, bine şi frumos

Putrezise salteaua sub mine
dar eu tot la adevăr, bine şi frumos
mă gîndeam

cu fereastra deschisă, cu hainele
încuiate în dulap
în faţa cărţilor mici ca nişte pietricele
mă gîndeam la soldatul nefericit, tăiat la deget
şi la singurătatea cuiului bătut în perete

lucrurile îşi veneau încet în fire
după îndîrjirea cu care mă gîndisem la ele
îşi cercetau rănile şi se numărau
unele pe altele

duşmanii mei mureau în paturile lor
unul cîte unul, de bătrîneţe
dar eu tot la adevăr, bine şi frumos
mă gîndeam

***

Matéi Visniec (né en 1956 à Rădăuți, Roumanie)Înțeleptul la ora de ceai (Editura Cartea Românească, 1984) – La ville d’un seul habitant (Lansman, 2010) – Traduit du roumain par Nicolas Cavaillès.


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