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Festival Jazz Ô Château, au Château de Pommorio avec Fabrice Tarel Trio et Florian Pellissier Quintet à Tréveneuc, le 11 mai 2019

Publié le 13 mai 2019 par Concerts-Review
Festival Jazz Ô Château, au Château de Pommorio avec Fabrice Tarel Trio et Florian Pellissier Quintet à Tréveneuc, le 11 mai 2019

Festival Jazz Ô Château, au Château de Pommorio avec Fabrice Tarel Trio et Florian Pellissier Quintet à Tréveneuc, le 11 mai 2019

Seconde journée du Festival Jazz Ô Château, au Château de Pommorio, sous un soleil, éclatant, enfin revenu.

Conséquence immédiate, une ambiance radicalement différente sur la pelouse où se déroule l'apéro-jazz, animé par les excellents The Little Messengers ( vus à Tréveneuc, l'an dernier).

L'espace vert est noir de monde, les crustacés ou saucisses sont ingérées le sourire aux lèvres, les préposés à la buvette actionnent les pompes ou débouchent les bouteilles, chères à Bacchus, à la chaîne, le comité se console après une première soirée qui avait failli tourner en bérézina.

A 20:25, les ouvreuses barbues entrebâillent les portes de la salle, c'est la ruée, très vite le chapiteau est comble.

Un coup de malchance, tu ne parviens pas à t'installer dans les premiers rangs et tu hérites d'un voisin volumineux qui occupe son siège et la moitié du tien.

Obélix, t'es gentil, mais tu prends de la place...

Le Fabrice Tarel trio est annoncé.

Si le flyer indiquait Fabrice Tarel au piano, Yann Phayphet - contrebasse et Charles Clayette - batterie, les deux derniers ont été remplacés ( brillamment) par Michel Molines et Marc Michel.

M M ( 1) , distrait, retarde l'instant où l'index doit saisir l'anneau de la goupille dans l'intention de larguer la première grenade, ses compagnons ironisent, le revoilà!

Le dernier album du pianiste de Lyon, ' The Journey', est sorti en 2018, il s'agit de son cinquième effort discographique, il nous promet que le combo piochera dans ces cinq disques pour étoffer la playlist de la soirée.

' Cycles' ( sur The Journey), aux prémices lyriques, ouvre le bal.

Quelques poussées de fièvre animent cette composition fluide, d'un romantisme bien français, évoquant Charles Gounod ( celui qui a mis Lamartine et de Musset en musique) , Saint-Saëns ou Debussy, du côté jazz, le nom de Frank Avitabile te vient à l'esprit.

'The team' se montre moins paisible, le trio arpente des sentiers plus accidentés , la composition n'en demeure pas moins lumineuse.

Un voisin murmure Bill Evans, ce rapprochement n'est pas niais.

'Blurred Future' débute par un impromptu tout en retenue du pianiste, les acolytes rêvassent avant d'entrer dans la danse, oh il ne s'agit pas de boogaloo ou de hip-hop, le mot d'ordre est sobriété, poésie, raffinement!

Michel Molines, le plus expressif de l'équipe, triture la contrebasse, grimace, se couche sur son épaule, la pince, la caresse, lui susurre des mots tendres à l'oreille, le piano brode et la batterie pulse en background, la composition s'anime, imperceptiblement le ton monte, ce n'était qu'un feu de paille, la plage s'achève avec le retour à la sérénité.

' Butterfly', voilà un titre qui convient à merveille au quatrième acte.

La pièce la plus tumultueuse du set a pour nom 'Last Days' , ce n'était pas Pompéi qui brûlait, mais c''était des flots turbulents, venus des Alpes proches, qui gonflaient les affluents du Rhône rendant la pratique de la pêche impossible.

Le ton est dramatique, l'orage gronde, les éléments se déchaînent, le préfet est prêt à déclarer la zone sinistrée.

Retour au propos posé avec le bucolique 'The Journey' suivi par 'Diluted' , un rondo fait de soubresauts, de répétitions inlassables et d'un solo de batterie que Marc Michel attendait depuis un bon moment pour libérer un trop plein d'énergie, accumulé pendant 60'.

Encore un superbe morceau.

Fabrice se lève, vient murmurer quelques consignes à ses associés, on suppose qu'il désirait modifier le programme prévu, il amorce ' No-one turned up' au jeu primesautier et bouillonnant pour terminer le récital par la ballade ' True love'.

La salle implore un rappel, il sera tourbillonnant comme le suggère le titre, 'Whirl'.

De la belle ouvrage!

Second volet de la nuit: Florian Pellissier Quintet, un autre fleuron de la scène jazz frogs guillotineurs , dixit les partisans du Brexit.

On cite néanmoins un Rosbif avisé: At the vanguard of a new unbridled French jazz scene, and attracted to the rich ramifications of modern grooves, the Florian Pellissier Quintet has since its inception in 2002 expressed an attraction for far-flung pursuits....

Florian, sans pelisse, derrière les touches, David Georgelet - batterie, from Israel Yoni Zelnik - contrebasse , et les cuivres Olivier Zanot- saxophones et Yoann Loustalot - trompette, rappliquent avec un léger retard sur l'horaire.

La quintette décide d'ouvrir l'aubade par un titre de 2016, ' Cap de Bonne-Espérance'.

Le piano et la rythmique engagent la plage, les cuivres, comme les convoyeurs, attendent avant de s'immiscer dans la mélodie pour y ajouter un supplément de groove, sans que le serveur te comptera une majoration du tarif.

On est passé du jazz impressionniste ou jazz puissant, juteux et noir, tu peux y coller l'étiquette fusion, si ça te chante.

Yoann et Olivier sont, à l'instar des Brecker Brothers, inséparables, qu'ils travaillent à l'unisson ou en solistes, leur complicité fait plaisir à voir et à entendre, à l'arrière, le réservé Yoni abat un boulot de titan, le copain de Goliath n'est pas en reste, quant au maître, il plane!

Bye, bye l'Afrique du Sud, voici ' J'ai dû rêver',

Un petit malin questionne, t'as crevé l'oreiller?

La rêverie débute au piano, le sax, pourtant pas un baryton, s'imprègne de coloris G. Mulligan, le schéma classique se déroule, de multiples exercices solitaires se succèdent, certains rêvent en bleu, d'autres en rose, toi, tu aperçois comme des volutes de fumée dans un cabaret fréquenté par des gens aussi distingués que Humphrey Bogart ou Ingrid Bergman, il ne manquait que le verre de Scotch.

A noter que le chef a l'intelligence de laisser suffisamment d'espace aux fantassins, ils s'ébattent à foison.

Un extrait du dernier né (Bijou Voyou Caillou), ' Le Colosse de Rhodes' est au programme.

Si l'amorce est du genre 'Bonjour Tristesse' , très vite la plage se teinte d'effluves piquantes, David Georgelet a probablement avalé un euphorisant en douce, il nous place un solo ébouriffant, le martial y côtoyant l'Afro et l'avant-garde, cette plage épique, conçue par un scénariste à l'imagination féconde est ponctuée par une salve d'applaudissements, ô combien méritée.

Un emprunt, 'I have a dream' d'Herbie Hancock, permet à la contrebasse de s'essayer au Concerto d'Aranjuez.

Après cet air onirique, le chef se confie, la Bretagne, c'est une première pour nous, après quelques considérations gastronomiques il annonce 'Coup de foudre à Thessalonique', un titre aussi percutant que 'Les canons de Navarone'.

Hard-bop, ouzo, feta, olives, keftedes au menu, pas de sirtaki, c'est pour les touristes!

Il est minuit quart, Bernard s'est assoupi, certains passagers ont quitté le paquebot, pas nous, on attend le bis, il doit tracer la vie du jazzman sur la route, on l'a intitulé 'Espions'.

Si OO7 et OSS117 nous la jouent romance au début, très vite, ils entament une course poursuite avec les sbires du Dr.No, les doublures justifiant leurs cachets en prenant tous les risques.

Allez, la Bretagne, levez-vous...

Ce que nous fîmes avant de battre des mains pendant cinq minutes.

Bons baisers de Tréveneuc.

photos: jazz ô château

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