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(Anthologie permanente) Claudia Rankine, Citizen, par Jean-René Lassalle

Par Florence Trocmé

Claudia Rankine  CitizenCitoyen (extrait 1)
Debout hors de la salle de conférence, invisible pour les deux hommes qui attendent l’arrivée des autres, tu entends l’un dire à l’autre qu’être en compagnie de noirs est comme regarder un film étranger sans traduction. Étant donné que tu vas passer les deux prochaines heures autour de cette table ronde qui rend la discussion plus aisée, tu songes à attendre quelques minutes avant d’entrer dans la pièce.
Source : Claudia Rankine, Citizen, Graywolf Press 2014. Traduction de l’anglais (américain) par Jean-René Lassalle.
Citizen (extrait 1)
Standing outside the conference room, unseen by the two men waiting for the others to arrive, you hear one say to the other that being around black people is like watching a foreign film without translation. Because you will spend the next two hours around the round table that makes conversing easier, you consider waiting a few minutes before entering the room.
Source : Claudia Rankine, Citizen, Graywolf Press 2014.
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Citoyen (extrait 2)
Dans cet instant assombri un corps gratifié d’une lumière bleue, une lampe-torche, s’avance insouciant, avec ou sans préconceptions, et doutes, avec un désir, le cœur battant, une déception, avec des désirs –
Tiens-toi où tu es.
Tu commences par te déplacer en quête des quelques pas qui seront nécessaires avant que tu sois rejetée à l’intérieur de ton propre corps, rejetée dans ton besoin d’être trouvée.
La destination est illusoire. Tu soulèves tes paupières. Personne n’est en train de chercher.
Tu t’épuises à regarder vers la lumière bleue. Toute une journée le bleu creuse l’atmosphère. Ce qui ne te sied pas ne sera pas vu.
Tu pourrais construire un monde à partir du besoin ou tu pourrais tenir toute chose en noir et voir. Tu renvoies le vernis.
Tu gardes tout le noir. Tu te restitues jusqu’à ce que rien ne reste que le blues bleu s’estompant d’une métaphore.
Source : Claudia Rankine, Citizen, Graywolf Press 2014. Traduction de l’anglais (américain) par Jean-René Lassalle.
Citizen (extrait 2)
In the darkened moment a body given blue light, a flashlight, enters with levity, with or without assumptions, doubts, with desire, the beating heart, disappointment, with desires —
Stand where you are.
You begin to move around in search of the steps it will take before you are thrown back into your own body, back into your own need to be found.
The destination is illusory. You raise your lids. No one else is seeking.
You exhaust yourself looking into the blue light. All day blue burrows the atmosphere. What doesn’t belong with you won’t be seen.
You could build a world out of need or you could hold everything black and see. You give back the lack.
You hold everything black. You give yourself back until nothing’s left but the dissolving blues of metaphor.
Source : Claudia Rankine, Citizen, Graywolf Press 2014.
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Citoyen (extrait 3) 
Sur le bout d’une langue une note qui en suit une autre est un autre chemin, une autre aube où le ciel rose est l’injecté de sang d’un choc, d’une insomnie, d’excuses, d’un absurde, chut. Ces années d’avant et durant moi et mes frères, les années de passage, plantation, migration, de la ségrégation à la Jim Crow, de la pauvreté, des centres-villes, profils-types, d’un sur trois, deux boulots, garçon, hé garçon, chacun un crime, s’additionnent dans les heures à l’intérieur de nos vies où nous nous retrouvons tous pendus, la corde étant en nous, l’arbre en nous, ses racines sont nos membres, une gorge tranchée et quand nous ouvrons la bouche pour parler, des fleurs, oh des fleurs, aucun endroit où sortir, frère, cher frère, ce bleu kind of blue. Le ciel est le silence des frères tous les jours qui mènent à mon appel.
Source : Claudia Rankine, Citizen, Graywolf Press 2014. Traduction de l’anglais (américain) par Jean-René Lassalle.
Citizen (extrait 3)
On the tip of a tongue one note following another is another path, another dawn where the pink sky is the bloodshot of struck, of sleepless, of sorry, of senseless, shush. Those years of and before me and my brothers, the years of passage, plantation, migration, of Jim Crow segregation, of poverty, inner cities, profiling, of one in three, two jobs, boy, hey boy, each a felony, accumulate into the hours, inside our lives where we are all caught hanging, the rope inside us, the tree inside us, its roots our limbs, a throat sliced through and when we open our mouth to speak, blossoms, o blossoms, no place coming out, brother, dear brother, that kind of blue. The sky is the silence of brothers all the days leading up to my call.
Source : Claudia Rankine, Citizen, Graywolf Press 2014.
Choix et traductions inédites de Jean-René Lassalle
Bio-bibliographie de Claudia Rankine.


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