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[Critique série] CHERNOBYL

Par Onrembobine @OnRembobinefr
[Critique série] CHERNOBYL

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Titre original : Chernobyl

Note: ★★★★★

Origines : États-Unis/Allemagne/Grande-Bretagne

Créateur : Craig Mazin

Réalisateur : Johan Renck

Distribution : Jared Harris, Stellan Skarsgård, Emily Watson, Paul Ritter, Jessie Buckley, Sam Troughton, Adam Lundgren, Adrian Rawlins, Donald Sumpter, Barry Keoghan, Ralph Ineson, Mark Lewis Jones…

Genre : Drame

Diffusion en France : OCS

Nombre d’épisodes : 5

Le Pitch :

26 avril 1986 : le réacteur numéro 4 de la centrale nucléaire de Tchernobyl en Union Soviétique explose. Immédiatement, les autorités tentent de minimiser l’incident, dont la gravité dépasse pourtant l’entendement. Une équipe de spécialistes est détachée pour régler le problème et endiguer le plus vite possible la contamination. Rapidement, de nombreux habitants de la région sont exposés à la radioactivité, qui empoisonne également la nature. Seules quelques personnes mesurent alors vraiment l’amplitude la tragédie qui se joue et ses conséquences sur le (très) long terme…

La Critique de Chernobyl :

Aussi bizarre que cela puisse paraître, nous devons Chernobyl à un homme qui jusqu’ici, s’était surtout fait remarquer pour ses comédies loufoques. Craig Mazin, c’est son nom, ayant écrit des films comme Scary Movie 3 et 4 et Arnaque à la carte. On lui doit également le scénario de Le Chasseur et la Reine des Glaces. Rien à voir avec Chernobyl, une mini-série produite et distribuée par HBO… Car avec Chernobyl, Craig Mazin, épaulé pas le réalisateur Johan Renck, ne rigole plus du tout. Il nous livre le récit glaçant de l’une des plus importantes catastrophes de l’histoire de l’humanité. Un drame dont les conséquences se font encore sentir aujourd’hui, 33 ans plus tard…

Chernobyl-Stellan-Skarsgard-Emily-Watson

Révéler la vérité

Avec sa sublime photographie oscillant entre les gris et les bleus et sa tonalité d’emblée très concernée, la mini-série Chernobyl parvient à captiver dès le premier épisode. Visuellement donc mais aussi et surtout car ce qu’elle nous raconte dépasse l’entendement tout en étant bien sûr vrai. Nous avons tous entendu parler de l’explosion du réacteur 4 de la centrale de Tchernobyl. Y compris ceux qui à l’époque, n’étaient pas encore nés. Peu de personnes connaissent par contre tous les tenants et les aboutissants, alors étouffés par l’Union Soviétique, de la tragédie. Ici, tout est dit. Sans détour, avec les formes, sans tomber dans l’excès. En cela, Chernobyl s’avère plus saisissante et plus effrayante que l’immense majorité des films et séries censées faire peur. La raison à cela est très simple : ici, pas de fantômes, d’apparitions subites ou de démons. Le monstre, invisible, est tout ce qu’il y a de plus réel et son pouvoir est quasiment sans limite. Le caractère incroyablement angoissant de Chernobyl provenant également de sa capacité à poser des questions essentielles mais souvent éludées quant à l’utilisation même d’une technologie nocive. Ainsi, en filigrane, Chernobyl interroge tout simplement sur la possibilité d’une autre catastrophe de cette ampleur. 8 ans après le cataclysme de Fukushima au Japon, cette brillante mini-série met plus que jamais en garde contre les risques qui vont avec cette façon de produire de l’énergie. Et si la démarche est aussi efficace, c’est précisément car elle sait se montrer suffisamment didactique et passionnante pour nous permettre, à nous qui ne sommes pas des scientifiques spécialisés, de tout piger rapidement et de saisir par là-même le caractère crucial des dits-risques.

Le cinéma et la télévision, plus encore que la littérature, jouent parfois ce rôle, profitant de leur accessibilité au plus grand nombre. Ils mettent en garde et tentent d’éveiller les consciences. Parfaitement au courant que son travail pourrait lui permettre de mettre à jour des vérités longtemps cachées et d’exposer dans un même élan courageux, des failles par ailleurs toujours présentes dans le système, le showrunner de Chernobyl n’a pas ménagé ses efforts. Du côté du fond donc mais aussi de la forme. Car c’est aussi là que son œuvre impressionne à ce point : non contente de faire preuve d’une intelligence dans sa façon de retracer le fil des événements, cette ahurissante fresque en 5 épisodes s’impose tout bonnement comme l’une des choses les plus immersives et intenses vues sur un écran de télé (et cinéma) ces dernières années.

De l’art de raconter une histoire

Là où certains auraient pu céder à l’appel du sensationnalisme, Craig Mazin et Johan Reck font preuve d’une sobriété pertinente et d’une intelligence à toute épreuve pour rendre cette histoire très complexe limpide. Leur façon de s’intéresser aux personnages, de les développer, y compris des intervenants de prime abord moins importants (un exemple ? Les chasseurs d’animaux contaminés dans l’épisode 4), touche en plein cœur et permet l’émergence d’une empathie véritablement utile quant il s’agit de saisir pleinement l’urgence et la gravité de la situation. Avec beaucoup de poésie mais sans détourner le regard, il nous propose une œuvre glaçante. Quand son étreinte se fait sentir, alors que le premier épisode n’a pas commencé depuis 30 minutes, la pression ne fait que grimper pour atteindre des sommets. Il n’est donc pas rare de se sentir mal à l’aise devant Chernobyl, comme si on pouvait saisir dans l’air la radioactivité qui, à l’écran, brûle tout sur son passage sans faire de distinction. Tout est tellement bien retranscrit, la narration est tellement fluide et les effets tellement réussis, qu’il est impossible de ne pas être littéralement estomaqué devant ce qui se déroule sous nos yeux. Fin du fin, le casting lui aussi est parfaitement à la hauteur. Les acteurs, impeccablement choisis, comme par exemple les irréprochables Jared Harris, Stellan Skarsgård et Emily Watson accomplissent un travail impressionnant de justesse, magnifiquement dirigés par un réalisateur présent sur tous les plans. Finalement, le seul point noir est ce refus de les faire parler en russe et d’opter pour l’anglais. Mais même cela on peut le comprendre. Tabler sur la langue russe aurait marginalisé la série aux yeux d’une large partie du public réticent aux sous-titres. Son but étant de justement toucher le plus de monde possible, l’anglais s’imposait alors comme un compromis acceptable.

Chernobyl

Tragédie politique

En racontant la terrible histoire de Tchernobyl, la mini-série décortique également tout un système, à savoir celui de l’Union Soviétique. Un pays prisonnier et ici carrément victime de ses principes. Et à travers les mensonges approuvés et encouragés par un état dont les préceptes se sont avérés décisifs dans l’accélération de la tragédie, Chernobyl se montre d’une modernité elle aussi terrifiante. Car au fond, si l’Union Soviétique a disparu peu de temps après l’explosion, des schémas similaires se sont reproduits dans le monde et aujourd’hui encore persiste cette tendance à étouffer des vérités, à économiser sur des choses pourtant cruciales et à détourner le regard du public pour le caresser dans le sens du poil quand il s’agit de passer en force. La mise en garde est claire et nette. 5 épisodes durant, Chernobyl exprime la douleur des victimes, leur rend hommage mais tente aussi, sans oublier de se poser comme une grande œuvre de cinéma (oui de cinéma), de faire entendre des voix pour réveiller les mentalités sur ce danger invisible mais bien présent. Comment ne pas tomber en admiration devant une telle série ? Comment ne pas trembler d’effroi avant de s’effondrer devant le compte-rendu plus qu’édifiant d’un tel gâchis ?

En Bref…

Vous ne verrez pas souvent aussi effrayant que Chernobyl. Une mini-série extrêmement soignée, éloquente et lyrique qui touche en plein cœur sans jamais faillir. D’ores et déjà l’une des productions HBO les plus impressionnantes et sans aucun problème, l’une des meilleures séries de l’histoire. Immanquable. Chef-d’œuvre.

@ Gilles Rolland

Chernobyl-Stellan-Skarsgard-Jared-HarrisCrédits photos : HBO

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