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Label(le) Interview #13 I Burnin Music Records w/ Thomas Lesnier

Publié le 10 juin 2019 par Le Limonadier @LeLimonadier

Et c'est parti pour le 13 ème volet de nos " Labe(le) Interview ", où nous mettons un peu de limo lumière sur les labels indépendants que nous aimons tant, et dont la lutte douce mais prospère contre la standardisation des goûts nous donne envie chaque jour de ne pas laisser tomber l'affaire du partage musical.

Aujourd'hui nous traversons la Manche afin de nous retrouver dans la ville qui nous fait toujours un peu fantasmer tant elle a abrité les plus grands : la belle London! A la rencontre de Thomas Lesnier, créateur du label Burnin Music Records qui a vu le jour il y a deux ans et compte aujourd'hui quatre EP à son actif, dont le dernier, signé par le boss himself sous l'alias Pegasvs, est sorti au mois de mai.

Découvrez avec nous l'histoire de son expatriation, ses premiers pas sur la scène électronique londonienne jusqu'à la réalisation de ce " Et pour nous gâter encore plus, Thomas nous a concocté un petit mix " On the Rocks ", à déguster avec un bon Bloody Mary à la main, pour une limo detox comme on les aime. Cheers.

Salut Thomas ! Peux-tu te présenter à nos lecteurs et nous expliquer ton évolution ces dernières années sur la scène électronique londonienne ?

Hello hello. Je m'appelle Thomas, j'habite à Londres depuis plus de cinq ans maintenant. Je suis DJ, producteur et j'ai mon propre label Burnin Music. Quand je suis arrivé à Londres début 2014, j'avais très peu de contacts. Pourtant (ça va sonner cliché) je savais déjà que si je bossais dur, je pourrai m'en sortir.

J'ai écumé les soirées londoniennes (soirées Colors à Hackney, Rhythm Section à Peckham, club Plastic People) et j'ai fait des rencontres. J'ai commencé tout en bas de l'échelle (je faisais des gigs vinyl de 5h pour £50 dans des pub!) mais j'étais super heureux d'être en UK. J'ai également commencé la production musicale à peu prés au même moment. Au bout de deux ans j'ai commencé à avoir un réseau, je mixais dans divers endroits ( Number 90, Brilliant Corners, Shoreditch house), ça m'a donné une stabilité financière, plus de liberté et aussi le désir de créer mon label.

Quelles ont été tes motivations pour créer ton label à Londres ? As-tu rencontré des difficultés pour t'introduire sur une scène étrangère ?

J'ai toujours aimé partager la musique. C'est pour cette raison que j'ai créé un blog à l'époque en 2005 ou même que j'ai commencé à mixer. Toujours le partage. L'idée d'avoir un label pour partager avec les gens toujours plus de musique est venue naturellement. Aussi, créer mon label à Londres me semblait logique vu que la ville a toujours été à l'avant garde de (quasi) toutes les scènes musicales. Les Anglais sont un peu chauvins donc oui ça a été et ça l'est toujours un petit peu difficile de " faire son trou ". Mais je pense que cette ville est tellement grande, il y a tellement de labels, de DJs, de producteurs que c'est difficile pour tout le monde, sauf quand tu t'appelles Four Tet ou Floating Points (rires).

Aujourd'hui avec 4 releases au compteur ça va un petit peu mieux. J'ai beaucoup appris (et ça continue) donc je suis plus en mesure d'éviter certaines erreurs et pièges.

Ton catalogue contient des propositions très éclectiques dans leur style. Comment décrirais tu l'ADN de Burnin Music Recordings ?

Au premier abord c'est déconcertant je sais. Et pourtant il y a une ligne directrice. D'abord chaque disque est une rencontre: j'ai fait la connaissance de Ponty Mython lors d'un voyage à Vilnius, on est devenu potes, il m'a envoyé de la musique et j'ai décidé de la sortir. est le fondateur de Brilliant Corners où je traine régulièrement et il m'a présenté à son acolyte de studio Leonidas et on a sorti le 2e disque. Michael Iwatsu (3e release) est le petit frère du fondateur de Netil Radio où j'ai un show mensuel. Tout ça c'est des rencontres, des amis. Ensuite outre l'histoire derrière chaque disque, la/les scène(s) représentée(s) par le label correspond à la ville de Londres : multiculturelle, hybride, colorée, variée, humaine... Les gens ont beau venir de divers horizons, différents pays, on fait tous partie de la même ville. C'est un sentiment très fort ici. Et donc mon label représente cette mixité: une coloration house music certes, tout en proposant aussi une ouverture vers l'ambient et l'electronica et la techno.

Allez, fais nous rêver et décris nous ton dernier EP en trois mots 😉 Quels sont les acteurs clés qui ont contribué à la production des morceaux et au clip ? Pourquoi les avoir choisis ?

Smooth, groove, jack!

L'EP s'appelle . Il s'agit de ma propre interprétation de la house US que j'affectionne tant: de Larry Heard a Peven Everett, en passant par Kerri Chandler et Boo Williams. L'été dernier j'ai fait la rencontre de Xuli, chanteur, poète et danseur de South London. Une fois réunis en studio tout s'est passé très vite: les vocaux ont été enregistrés en une après midi! Et lorsque la version originale du track a été finalisée on a décidé de faire une vidéo. Le track + video + vinyl, c'est un package. Ce disque parlera aussi a la communauté voguing , il y a un vrai potentiel clubbing je pense.

L'ensemble du projet a été réalisé par des gens talentueux, majoritairement des amis. La première personne est Steph Be, française basée à Londres. Dj, danseuse et productrice, une femme plein de talents. La deuxième personne clé du projet est Lauren Pringle, anglaise basée à Berlin. C'est une réalisatrice ultra talentueuse qui bosse avec Boiler Room entre autres. Enfin, le 3e élément fondateur s'appelle Ami et A&R de l'ombre. Toute une galaxie de personnes est venue se greffer à ce trio magique ( Hugo LX qui a fait une bête de remix, les danseurs du clip Fubu Nation, etc) mais ce sont vraiment ces trois personnes qui sont les clés de voute du EP. Pourquoi les avoir choisis ? Parce qu'ils sont talentueux et parce que ce sont mes amis 🙂

Comment se fait la distribution des records que tu produis? Travailles tu avec des disquaires sur place ? Quels sont les disquaires locaux que tu recommanderais ?

Je passe par un distributeur qui s'appelle Prime Direct. Ils s'occupent d'envoyer les disques de mon label dans divers shops. En passant par le shop Technique à Tokyo ou bien encore Oye à Berlin.

Mais pour bien faire les choses j'aime aller à la rencontre des shops indépendants de Londres et leur parler de Burnin Music. Leur parler de ma vision. C'est ce que j'ai fait avec le shop BBE par exemple qui se trouve à Hackney. Ils sont full support avec moi et tu peux y trouver les disques du label. Je recommande ! Autre shop avec qui je parle et qui devrait avoir les disques du label bientôt est le shop Lobster Theremin (Hackney toujours). Idem je reco !

Quels sont tes prochains projets à venir avec le label ?

Je prépare une série de soirées Burnin dans des lieux inédits de la capitale anglaise. Un peu à l'image de ce qu'il se passe à Paris avec ces évènements qui se déroulent en dehors de la scène clubbing classique. Les gens ont envie d'autre chose. Ils ne veulent plus être enfermés 6h dans un lieu surchauffé, trop petit, où les drinks coutent chers et le soundsystem est mal réglé. En tant que DJ et danseur (en soirée quand je suis pas aux platines je suis sur le dancefloor) je comprends parfaitement le dilemme des gens qui ont soif de sortir mais qui ne se motivent pas car ils sont blasés par ce qu'ils se passent dans les clubs. Je vais essayer d'apporter autre chose à la scène club londonienne. On verra bien si ça marche (rires)

Quel est ton ressenti de la scène house londonienne ? As-tu vu des évolutions ces dernières années ?

Pour moi Londres reste toujours une place forte de la scène house européenne. Les collaborations sont de plus en plus fréquentes avec la (nouvelle) scène jazz UK qui a complètement explosé ces 5 dernières années ainsi que le hip hop et le broken beat (qui est en train de faire son grand retour ici). On voit de plus de featuring entre artistes de toutes ces scènes. Bien sûr, ce que j'appelle " electronica " n'est pas en reste. Les artistes vont de plus en plus loin dans les expérimentations sonores et visuelles (voir le dernier live de Four Tet à Alexandra Palace). Encore une fois, un peu à l'image de cette ville qui ne cesse de se ré-inventer, les frontières entre les différentes tribus musicales sont de plus en plus floues les genres ne veulent plus rien dire.

Niveau clubbing, j'ai l'impression qu'il se passe depuis 2-3 ans ce qui s'est passé à paris il y a déjà quelques années : les gens sortent de moins en moins dans les clubs et recherchent des alternatives. Sans contrainte d'horaires ou de temps. De nouveaux espaces hybrides mi-warehouses mi-espaces artistiques s'ouvrent dans le nord de la ville. Loin du centre. C'est très excitant.

Quels sont les clubs ou bars que tu pourrais conseiller pour un weekend à Londres, toute en good vibe ?

Ah c'est dur il y a tellement de choix! Alors pour commencer je propose " Behind This Wall ". Un tout petit bar en sous-sol où sont proposés de super cocktails équipé d'un soundsystem audiophile super performant. Puis pour manger, je conseille pas très loin le meilleur spot vegan de Londres : le " Black Cat ". Enfin si tu veux chahuter sur (encore) un des meilleurs soundsystems de la ville " Giant Steps " bien sûr. Dans une warehouse reconvertie en club, tu trouveras des enceintes Klipsch et tout le toutim de l'audiophile exigeant. Enfin, tout est à l'est de la ville: Hackney. You can't go wrong !

Enfin, la dernière question traditionnelle du Limonadier: si tu étais un cocktail, que serais- tu?

Bloody Mary! Best idea to cure a hangover 🙂


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