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Discographie sélective : 1979, année anarchiste

Publié le 09 juillet 2019 par Storiagiovanna @StoriaGiovanna

J’ai longtemps attendu de faire cette sélection d’album à écouter quarante ans après, dans la mesure où il fallait quand même honneur à l’année de naissance d’une des personnes les plus importantes de ma vie : ma chère sœur qui a tellement importé dans mon éducation musicale. Je me dis que pour accueillir une telle personne sur cette terre, il fallait une bande-son adéquate. Et comme toutes les années de classe 9, il règne dans l’air une ambiance de confusion qui donne un merveilleux cocktail musical.

En effet, en 1979, le rock – et en particulier le hard rock – entame une mutation profonde, le reggae, le punk et le disco, du fait d’un ralliement à outrance, commencent à se remettre en question, et émerge enfin cette new wave qui va planer sur le début des années 1980 comme une ombre. Bref, cette confusion musicale a donné de très bons opus – et non, je ne vais pas parler QUE de new wave pour faire plaisir au Mari. Preach.

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1 – Serge Gainsbourg – Aux armes et cætera (mars)

Ayant passé les années 1970 à faire des albums-concepts et des œuvres de poésie au succès limité, et miné par le succès de Sea, Sex & Sun, bande originale des Bronzés (1978) qu’il avait bâclée de son propre aveu, il s’en va à Kingston sur les conseils de son directeur artistique et enregistre en cinq jours un album de reggae en français. Pour cela, il s’entoure des choristes de Bob Marley et du duo Sly & Robbie. Il estimera par la suite avoir apporté le reggae en France avec cet album. Toujours est-il que cet album a permis à Serge Gainsbourg de renouer avec le succès, mais lui a aussi valu des affrontements avec des militants d’extrême-droite et des anciens combattants.

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2 – Supertramp – Breakfast in America (mars)

Le groupe britannique, dont les débuts jusqu’en 1972 ont été confidentiels, confirment par ce sixième album une pente ascendante entamé par l’album précédent Even In The Quietest Moments (1977) qui contenait le fameux Give A Little Bit. Breakfast in America devient très vite un classique avec des singles tels que Logical Song, Take A Long Way Home ou Goodbye Stranger. Le disque se vendra à 16 millions d’exemplaires rien que pour l’année 1979 et 1980 et 20 millions au total. Dernière petite info : jusqu’à sa sortie en mars 1979, l’album a failli s’appeler Hello Stranger (en référence à Goodbye Stranger).

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3 – Téléphone – Crache ton venin (avril)

Suite à un premier album en 1977 qui apporte un gros coup de frais sur la scène française en renouvelant le paradigme rock’n’roll, des moyens ont été mis pour l’enregistrement de ce deuxième album. En effet, l’enregistrement a été effectué à Londres sous l’égide de Martin Rushent, qui avait déjà fait ses preuves avec les Stranglers et les Buzzcocks. Le titre phare de l’album, La bombe humaine, est tirée d’une nouvelle de science-fiction écrite par Jean-Louis Aubert. Pendant les répétitions au sein des studios Pathé Marconi, ils rencontrent les Rolling Stones qui répètent leur album. Mick Jagger leur a d’ailleurs dit qu’un groupe avec une fille ne marchera jamais longtemps – il avait du nez, sur le coup. Dernière petite chose : ce qui a rendu cet album culte, c’est la fameuse pochette de Jean-Baptiste Mondino avec le blister qui cache la nudité des membres du groupe.

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4 – Joy Division – Unknown Pleasures (juin)

Seul album du groupe anglais sorti du vivant de son leader Ian Curtis, il ne connut pas de succès de suite, mais connut une reconnaissance postérieure lorsqu’on se mit à analyser la new wave et le post-punk. Ce qui est dommage, c’est que c’est surtout devenu un tee-shirt de poser avant d’être reconnu comme un album majeur. Pourtant, quand je lance Disorder à la maison, comme je viens de le faire à la maison, le Mari joue tous les instruments de manière pavlovienne. Unknown Pleasures a, de surcroît, permis une palanquée d’évolutions sonores lors de son enregistrement, notamment grâce à son producteur Martin Hannett qui voulait détacher le groupe d’un son punk de base et sculpter chaque étape du son. Le résultat de cette production, qui a « atténué » le son lourd que donnait le groupe en concert, a fortement divisé au sein même du groupe. Si Bernard Sumner (guitares et claviers) et Peter Hook (basse) ont crié à la trahison de l’identité du groupe, Ian Curtis (chant) et Stephen Morris (batterie) en ont été assez satisfaits de ce résultat à la fois ultra-minimaliste et émotionnellement prenant.

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5 – AC/DC – Highway To Hell (juillet)

Autant se l’avouer tout de go : Highway To Hell a fait partie ce qui m’a fait grandir, au même titre que ma mère chantant Le petit Jésus allait à l’école ou que Megy a gözös kaniszàra a bercé le Mari. Malgré tout, il ne faut pas limiter cet album à la chanson-titre. Il regorge en effet de petits bijoux heavy blues aux riffs puissants, tempérés par la subtilité du chant de Bon Scott. Pour obtenir ce résultat, le groupe s’affranchit de ses producteurs historiques pour finir par se faire guider par le très novice Robert John Lange, qui produira une trilogie avec Back In Black (1980) et For Those About To Rock We Salute You (1981). C’est surtout le dernier album du groupe avec le chanteur, puisqu’il mourra en février 1980 alors qu’il travaillait avec Bernie Bonvoisin sur l’adaptation anglaise de Repression de Trust. Pour cette raison, Highway To Hell est considéré comme le disque le plus canon et classique parmi les fans du groupe.

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6 – Michael Jackson – Off The Wall (août)

Alors oui, ça fait dix ans qu’il est mort, alors oui, séparer l’homme de l’artiste gna gna gna… Mais merde. Bien avant la trilogie Thriller-Bad-Dangerous, il y eut ce cinquième album solo du jeune chanteur qui sort juste au moment de sa majorité – un signe –, mais le premier sous l’égide de Quincy Jones et hors du giron familial et Motown. Pour faire passer Michael Jackson du stade de garçon surdoué à celui de phénomène interplanétaire, Quincy Jones lui a donné carte libre pour expérimenter ses propres compositions (Don’t Stop ‘Til You Get Enough, Working Day And Night). Cet album a aussi reçu l’apport du claviériste et compositeur Rod Temperton (Rock With You, Off The Wall, Burn This Disco Out), mais aussi Paul Mc Cartney (la reprise de Girlfriend des Wings) et de Stevie Wonder (I Can’t Help It). Bref, même si ça n’arrive pas au niveau des albums suivants, Off The Wall permet à Michael Jackson de se montrer comme un artiste mature et d’accéder à une plus large notoriété qu’à l’époque Motown.

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7 – Sparks – N°1 In Heaven (septembre)

Courant après le succès depuis Kimono My House (1974), la formation américaine composée des frères Ron et Russell Mael voit sa carrière quasiment s’effondrer. Les deux frères décident donc de faire appel au producteur iconique de la tendance disco à l’époque, à savoir Giorgio Moroder. Avec des titres tels que Number One Song In Heaven et Beat The Clock et une ambiance très électrique, ils arrivent à reconquérir le public, se plaçant ainsi n°1 en Angleterre. Les frères Mael et Moroder vont poursuivre leur collaboration sur l’album suivant, Terminal Jive (1980), avec lequel ils vont conquérir les publics français et allemand.

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8 – The Police – Reggatta De Blanc (octobre)

Considéré comme un classique parmi les fans du groupe, ce deuxième album de la formation se devait de frapper aussi fort que la première session d’où est issu Roxane. C’est ainsi que Sting et ses comparses se sont permis de développer toute leur diversité stylistique, alliant rock pur (Message In The Bottle), reggae « lunaire » (Walking On The Moon) et influences new wave. Reggatta de Blanc a aussi donné la part belle aux compositions du batteur Stewart Copeland (On Any Other Day, Contact) et aux ajouts du guitariste Andy Summers sur les morceaux instrumentaux (Reggatta De Blanc, Deathwish). Le disque est très vite reconnu comme un classique, les singles Message In The Bottle, Walking On The Moon et The Bed’s To Big Without You se classant très bien dans les divers charts et le titre Reggata de Blanc obtenant un Grammy Award pour la meilleure performance rock instrumentale en 1980.

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9 – Pink Floyd – The Wall (novembre)

Le groupe, rompu à l’exercice de l’album-concept depuis l’éviction de Syd Barrett du groupe à la fin des années 1960, n’en était donc pas à son coup d’essai. Il y aurait tellement à dire sur l’analyse de ce bébé exclusif de Roger Waters, projet d’égohistoire tellement gigantesque qu’il dégrada durablement les relations déjà tendues avec David Gilmour. The Wall, c’est donc un mastodonte de 26 titres, mais aussi un opéra-rock filmique dirigé par Alan Parker en 1982 – qui a carrément exclu Waters de son projet alors que des lives du groupe devaient être intégrés au film – et une immense tournée qui vira à la chronique judiciaire quand Waters dût faire valoir ses droits d’auteur exclusifs lors de son départ du groupe en 1985. Rien que pour ce pétage de plomb mégalomaniaque, The Wall mérite largement qu’on mobilise 1h20 de sa vie à son écoute (et aussi parce qu’il contient vraiment une tripotée de classiques comme Pink Floyd sait si bien les faire).

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10 – The Clash – London Calling (décembre)

Que dire de cohérent sur mon album préféré de tous les temps, que je pense avoir écouté le plus dans ma vie entre 18 et 30 ans ? (NDLR : je ne sais pas du tout ce qui s’est passé après mes 30 ans…) Bref, organisons-nous. Avec ce troisième album, la formation menée par Joe Strummer voulait se démarquer du punk qui les avait fait connaître en 1976 en intégrant des reprises de standards rockabilly (Brand New Cadillac), mais aussi de vraies influences ska, blues et jazz (Wrong’Em Boyo) et reggae (The Guns Of Brixton, Revolution Rock), sans pour autant contredire une forme de rock bien bourrin (London Calling, Death Or Glory). Cette diversité stylistique est mise au service de thématiques autour de la lutte contre le capitalisme galopant, la drogue, les luttes raciales, les ratés de l’industrie musicale ou la prise de responsabilité à l’âge adulte. Bref, c’est un album varié et classique qui propulsa le groupe vers des sommets que peu de groupes punk intègres ont atteint. En effet, dès sa réception fin 1979, il est rapidement reconnu comme étant l’un des meilleurs albums de tous les temps. Cependant, les fans des premières heures ont eu peur, car étant présenté comme un double album, ils ont craint que le groupe s’était lancé dans le rock progressif qui avait adopté ce format depuis bien longtemps.

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À bientôt pour de nouvelles aventures musicales.


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