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America - T. C. Boyle

Par Woland

The Tortilla Curtain ''Traduction : Robert Pépin'

Souffle, réalisme, rigueur et humanité sont les principales qualités de ce livre qui reçut, en 1997, un Prix Médicis Etranger largement mérité.

Boyle y traite de l'immigration mexicaine clandestine aux USA et des différentes conséquences que cela peut avoir sur les communautés WASP. Pour ce faire, il a choisi comme héros deux hommes qui, bien que de culture différente, ont beaucoup de points communs. L'un de ces points - le principal, peut-être - c'est qu'ils feraient tout, y compris l'impensable, pour la femme qu'ils aiment.

Le premier, l'Américain, Delaney, est un écrivain amoureux de la Nature, de tendance démocrate et écolo. Blanc et protestant, il est né du bon côté de la barrière et sa situation sociale est solidement assise, au sein de la Résidence de l'Arroyo Blanco, où il possède une jolie maison ultra-moderne qu'il partage avec Kyra, sa seconde épouse, et le fils de celle-ci, Jordan.

Le second, Candido, est un Mexicain sans qualification, né pauvre parmi les pauvres et qui, pour gagner sa vie et celle de sa famille, a toujours dû s'exiler dans "el Norte", chez les Gringos. Comme Delaney, lui aussi a été marié une première fois mais sa femme l'a quitté pour plus riche et, quand commence le roman, il se retrouve de l'autre côté du Rio Grande, avec sa seconde épouse, America, qui est enceinte de lui et qui croit - désespérément - que, aux Etats-Unis, elle pourra, elle aussi, prétendre à une vie tranquille.

Rien évidemment ne va se dérouler selon les plans prévus tant par l'un que par l'autre. Ainsi, après avoir accidentellement renversé Candido avec sa voiture et avoir cherché à le mener chez le médecin, Delaney, qui comprend bien que l'autre est en situation irrégulière, finit par lui donner vingt dollars et par reprendre la route, persuadé que son chemin ne croisera plus jamais celle du Mexicain. De son côté, Candido doit faire face à trop de soucis (échapper à la "Migra", la police de l'immigration, retrouver santé et travail, nourrir América et surtout la protéger des prédateurs qui rôdent) pour penser à cet étranger brièvement entrevu.

Seulement, entre eux deux, se dressent les mondes auxquels ils appartiennent : des voisins de Delaney, décidés à tout pour obtenir la construction d'un mur qui freinera les vols et les agressions dans leur lotissement, et des brebis galeuses mexicaines qui, elles, sont bien décidées à s'introduire dans le lotissement pour s'y livrer à un pillage en règle.

Ainsi, de chaque côté, montent l'incompréhension, la colère, la peur, puis la haine, jusqu'au clash final qui emporte Delaney et risque fort d'emporter aussi Candido.

Le tour de force de T.C. Boyle, c'est que, à aucun moment, il ne tombe dans le parti-pris. A une particularité de caractère ou de raisonnement chez Delaney, en correspond une autre chez Candido. De même, le patron blanc d'América fait des avances à celle-ci mais ne cherche pas à la violer : ce sont deux Mexicains qui abusent d'elle en l'absence de Candido. Rien n'est tout blanc, rien n'est tout noir - et surtout rien n'est simple au fond. La peur et la colère de Delaney peuvent se justifier car il y a eu, effectivement, agression et pillage. Mais la révolte de Candido se justifie de son côté par le fait que le système lui refuse le droit de vivre en homme digne de ce nom.

Un grand roman, qui donne envie de lire d'autres ouvrages de son auteur et qui fait parfois penser à Steinbeck, au meilleur de sa forme. Car la morale d'"América" - si morale il y a, en tous cas, je vous rassure : elle est sous-entendue - c'est que Delaney & Candido auraient pu, en d'autres temps, en d'autres lieux, sympathiser au moins un peu ...


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