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Expérimenter l’excellence environnementale énergie carbone, pas si simple

Publié le 15 octobre 2019 par Franckbaty @Bouygues_C
OBEC E+E-

Novembre 2016, Emmanuelle Cosse, alors ministre du Logement, lançait le label expérimental « Bâtiments à énergie positive et réduction carbone (E+C-) ». « Une traduction de l’engagement des pouvoirs publics et des acteurs de la construction pour élaborer et faire vivre un nouveau standard des bâtiments neufs à l’horizon 2020. » Autrement dit, la prochaine réglementation environnementale prévue pour 2020. Pour accompagner cette expérimentation, l’Ademe a lancé, dans le même temps, le programme Obec « Objectifs Bâtiments Energie Carbone ».

Sensibiliser, informer

Doté de 3 millions d’euros en 2017, ledit programme vise un triple objectif : sensibiliser et informer les acteurs du secteur pour monter en compétence sur le référentiel E+/C-, alimenter l’observatoire E+/C- en données énergétiques, environnementales et économiques, et aider ces mêmes acteurs à s’approprier la méthode d’analyse de cycle de vie (ACV). Pour Romain Bonnet, ingénieur performance durable Bouygues Construction, c’est probablement le plus important : « Sur ce point, il y a un énorme travail d’appropriation de la méthode ACV pour le secteur de la construction. Même si les industriels s’y sont mis il y a déjà plusieurs années, ce n’est pas le cas de l’ensemble de la chaîne de valeurs, de la conception à l’exploitation d’un bâtiment. Le fait que l’ACV devienne un critère est un signal fort qui va, de mon point de vue, dans la bonne direction ». En termes de méthode, les régions ont été sollicitées et, avec l’aide de bureaux d’études prestataires, de nombreux projets sélectionnés et évalués.

Enseignements positifs sur le volet énergie

Ce qui est intéressant, c’est que l’Ademe a retenu des bâtiments standard, sans élitisme, répondant aux critères de la réglementation RT2012. Verdict ? La grande majorité des projets atteignent les niveaux E2 et E3. Donc, concernant le volet énergie (E), les résultats répondent aux attentes. Reste à passer un palier supplémentaire pour atteindre l’objectif du bâtiment à énergie positive en 2020. « Les niveaux E2 et E3 sont pressentis pour être ceux de la future réglementation. Le réel bâtiment à énergie positive, atteignant le niveau E4, est encore très rare », précise Romain Bonnet.

Incertitudes sur le carbone

Concernant l’aspect carbone, les résultats de l’expérimentation Obec montrent que beaucoup d’incertitudes demeurent encore. La majorité des projets, toutes régions confondues, ont du mal à passer le niveau C1. Ainsi, sur 35 bâtiments étudiés en Ile-de-France, seuls 6 l’atteignent. Même constat en Occitanie où 4 bâtiments seulement dépassent le niveau C1 sur les 20 projets analysés. Plusieurs explications sont avancées : la première d’entre elles porte sur les données environnementales liées aux matériaux et équipements techniques. Ainsi souligne Romain Bonnet : « Malgré un nombre important de FDES sur la base de données Inies*, il n’y en a tout simplement pas encore assez pour réaliser une étude ACV complète. La seconde raison, c’est que pour palier ce manque de fiches, des données par défaut ont été mises à disposition et massivement utilisées par les participants à l’expérimentation. Or ces données sont très majorées pour ne pas pénaliser les industriels ayant fait l’effort de mettre à disposition des données environnementales. On parle d’un facteur 2 voire 3 par rapport à une donnée type FDES ou PEP ». Résultat : sur le panel de bâtiments étudiés en Ile-de-France, la fréquence de données renseignées par défaut est de 64 %, ce qui bien sûr pénalise fortement les projets et donc l’analyse globale.

Fluidifier, rationaliser

Les industriels et leurs représentants doivent donc consentir un effort important dans la production de FDES et PEP. Cela permettra d’avoir une situation plus conforme à la réalité. Pour l’Ademe, les fabricants de matériaux joueront un grand rôle pour “fluidifier” les réflexions. « De même, détaille Romain Bonnet, une autre difficulté est remontée des différentes régions, à savoir la part trop importante laissée à l’interprétation et à la subjectivité dans la réalisation d’une ACV du bâtiment. Dans quel lot doit être affecté tel produit ? Jusqu’à quel niveau de détail faut-il aller ? Les résultats peuvent varier fortement si l’on demande à plusieurs personnes de réaliser la même étude. Cela montre un manque de maturité de la méthode. Il y a donc un besoin de rationnaliser et de mettre en place une méthode plus simple et des règles claires et communes à tous. »

Reste encore à analyser en profondeur ces résultats et, bien sûr, à les prendre en compte : « L’ensemble des retours d’expérience consolidés dans le cadre des opérations Obec permettra de nourrir les réflexions pour la construction de la future réglementation », concluent les experts de l’Ademe. Rappelons tout de même que la réglementation est attendue fin 2020, avec une application possible dès 2021. Il va falloir faire vite car c’est demain…

Pour en savoir plus :

http://www.batiment-energiecarbone.fr/

https://ile-de-france.ademe.fr/actualites/manifestations/colloque-batiments-energie-positive-et-reduction-carbone

* Base de données environnementales et sanitaire de référence pour le bâtiment


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