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Cacho Castaña est mort et le scandale reprend de plus belle [Actu]

Publié le 16 octobre 2019 par Jyj9icx6
« Si je te prends avec un autre, je te tue, je te passe à tabac et je m’enfuis après », ce programme amoureux criminel est celui que Cacho Castaña avait osé décliner dans l’une de ses chansons. Inutile de vous dire que depuis hier après-midi, la mort de ce chanteur de variété machiste, bas de plafond et collectionneur d’épouses de plus en plus jeunes, mais doté d’une voix agréable, qui lui a valu de nombreux et surtout de nombreuses fans, ne fait pas l’unanimité dans les nécrologies et encore moins sur les réseaux sociaux, où, pas encore enterré, il en prend assez souvent pour son grade.

Cacho Castaña est mort et le scandale reprend de plus belle [Actu]

Une de Clarín ce matin
La rédaction a choisi la photo du public attendant
de pouvoir s'incliner sur le cercueil de Castaña,
sous la pluie, dans la rue Perú, devant la Legislatura
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Cet ostrogoth, semblant sorti d’un autre temps, aura tout de même donné deux chefs-d’œuvre au répertoire du tango chanté : Café La Humedad, en hommage à un restaurant de quartier qu’il fréquentait assidûment, et Garganta con arena, en hommage à un chanteur, génial celui-là, El Polaco Roberto Goyeneche (1). Pour le reste, il était supporter du Club San Lorenzo de Almagro/Boedo (on ne choisit pas ses supporters !) et il avait exercé, pendant quelque temps, comme marabout ubamda, l’une des religions issues du syncrétisme historique entre les cultes d’Afrique sub-saharienne et le catholicisme portugais, un rite qu’il avait contrefait pour donner à l’un de ses nombreux et très éphémères mariages une touche exotique qui fasse causer dans les gazettes.
Cacho Castaña s’est éteint hier, à l’âge de 77 ans, l’organisme détruit par le tabagisme. A Buenos Aires, je connais l’une de ses admiratrices que j’aime bien et je pense à son chagrin aujourd’hui. Le chanteur, très en vogue dans les années 70, avait renoué avec le succès et son public depuis une dizaine d’années. Malgré ses dérapages fréquents, dont certains étaient particulièrement odieux, il remplissait toujours des salles immenses. Depuis environ dix ans, il était presque aussi souvent hospitalisé qu’à l’affiche et les derniers temps, il montait sur scène avec les tuyaux d’une aide respiratoire fixés sur le visage, manipulé, au dire d’un de ses amis animateur de radio, par des producteurs sans scrupule désireux de presser le citron jusqu’à la dernière goutte alors que le chanteur avait perdu beaucoup de ses moyens (il semblait sous-entendre qu’il n’était plus tout à fait le maître de ce qu’il disait et faisait).
Cacho Castaña était retourné en clinique il y a peu pour soigner une pneumonie qui l’a emporté. La semaine dernière, les médecins ne cachaient pas leur pessimisme sur son pronostic vital. Son décès hier n’a donc surpris personne.
Sa veillée funéraire, qui a attiré de nombreux visiteurs, artistes, politiciens et personnalités mondaines, s’est tenue dans l’un des salons de la Legislatura Porteña qui en avait fait, il y a plusieurs années, une personnalité marquante de la Ville.
Pour en savoir plus : lire la nécrologie de Página/12, très critique sur les prises de position machistes et violentes du personnage lire l’article de Página/12 sur les réactions des Internautes à l’hommage Twitter du secrétariat d’État à la culture, alors que le président Mauricio Macri lui-même vient de balancer une vanne misogyne et bien vulgaire dans sa campagne électorale, comparant la politique de ses adversaires péronistes à une femme qui ferait chauffer sans limite la carte de crédit de son mari (cela aussi, ça relève le niveau) lire la nécrologie de La Prensa lire la nécrologie de Clarín qui consacre un véritable album en ligne à l’événement lire la nécrologie de La Nación, au titre qui dénote un mépris de classe qui ne se cache pas : Cacho Castaña, l’essence du populaire.
(1) Les deux textes figurent dans mon anthologie Barrio de Tango, recueil bilingue de tangos argentins, Éditions du Jasmin, 2010.

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