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Masses critiques

Publié le 03 novembre 2019 par Lorraine De Chezlo
MASSES CRITIQUESde Ronan Gouézec
Roman - 200 pages
Editions Rouergue Noir
Une nuit, alors que la mer est déchaînée sur les côtes bretonnes et que le père Banneck et ses fils voguent pour une pêche interdite, l'ivresse du vieux ne pardonne pas, il sombre avec le bateau. Il sont alors livrés à eux-mêmes, sans plus d'embarcation. L'aîné des deux frères est un écorché, qui se jette à corps perdu dans une bataille contre René Joffre, le restaurateur du coin avec qui ils se sont associés pour lui livrer du poisson, souvent hors périodes légales. Le Joffre serait le responsable de tous leurs maux, et aurait toujours une dette envers eux. Quand René est contacté par le fils Banneck en détresse, il décide d'arrêter toute liaison avec cette famille de la terreur. Mais le fils Banneck ne l'entend évidemment pas de cette oreille.
Après les deux premiers chapitres, nous voilà complètement embarqués dans le roulis, les embruns, la pluie, la mer hurlante, et au milieu de la rage de cette famille d'hommes à vif. Ce roman qui prend des allures de thriller puise sa force dans les descriptions des paysages, des situations, des éléments, des personnages. De sa plume acérée, l'auteur se plaît à user de tous les ressorts poétiques et dramatiques pour nous situer une ambiance.
Extrait :
"René le scrute de haut en bas, en se massant le bras, sans vraiment l'écouter, enregistrant chaque détail du visage empourpré, le densité des sourcils formant comme une barre continue au-dessus des yeux étirés, les oreilles asymétriques, dont une semble avoir souffert d'une déchirure ancienne et qu'on a rafistolée au petit bonheur, le nez, court et pointu, les dents étonnamment régulières et blanches. Et puis il y a l'odeur, l'odeur de la rage qui bouillonne en lui, de sa transpiration, et celle, encore plus forte de poisson, de coquillages, d'algues et de mer. René se surprend à aimer ce parfum fort et brutal ainsi que cette rade dans son dos, et la lumière qui tombe sur le sombre de l'eau comme une colonne de marbre éblouissante, et le goéland impassible sur le muret qui s'apprêt peut-être à s'envoler.
C'est comme si une incarnation de la mer d'Iroise à deux balles, dépenaillée, se tenait là, devant lui, furieuse et déterminée, un Poséidon d'opérette dans tous ses états, crachotant et battant la falaise de lames obstinées et apparemment vaines."
 Ensuite c'est aussi un roman, certes noir, sur la fraternité. Celle très tourmentée des frères Banneck, entre la rage du grand et l'envie de libération du joug familial pour le cadet. Une relation forte, blessée, abîmée. Il y a aussi celle de cette amitié fraternelle qui lie les deux gros, René Joffre le restaurateur, et Marc, son ami d'enfance, en proie à des questionnements professionnels et sentimentaux. Une belle relation faite d'écoute, de soutien, d'affection.Et puis il y a les soifs de vengeance, les destins liés, les saluts compromis, et puis il y a la difficile vie.C'est le meilleur roman que j'ai lu depuis un moment, un livre qui se vit, que l'on veut lire à haute voix, qui nous transporte et nous fait trembler. Un très beau tableau mouvant, un très beau roman.
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