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[Critique série] THE DEUCE – Saison 3

Par Onrembobine @OnRembobinefr
[Critique série] THE DEUCE – Saison 3

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Titre original : The Deuce

Note: ★★★★★

Origine : États-Unis

Créateurs : George Pelecanos, David Simon

Distribution : James Franco, Maggie Gyllenhaal, Chris Bauer, Chris Coy, Margarita Levieva, Emily Meade, Michael Rispoli, David Krumholtz, Olivia Luccardi, Ralph Maccio, Roberta Colindrez, Armand Assante, Corey Stoll, David Morse, Michael Gandolfini…

Genre : Drame

Diffusion en France : OCS

Nombre d’épisodes : 8

Le Pitch :

Fin de l’année 1984. Lori Madison, désormais devenue une star reconnue du X, sort de cure de désintoxication, bien décidée à remonter la pente. À New York, Vince et Abby voient leur relation se détériorer lentement. Dans la rue, le sida fait de plus en plus de victimes. Une épidémie que personne ne comprend vraiment mais que tout le monde redoute, dans une ville en plein bouleversement. Eileen quant à elle, continue à réaliser des films porno, épaulée par Harvey, mais rêve de mettre en scène un ambitieux projet qu’elle a écrit…

La Critique de la saison 3 de The Deuce :

Clap de fin pour la série de George Pelecanos et David Simon, qui, à l’occasion de ce troisième et dernier acte, effectuent un saut dans le temps, au beau milieu des années 80, alors que New York amorce véritablement sa mue. Un ultime chapitre qui pousse les personnages survivants dans leurs derniers retranchements, dans un contexte complexe marqué par de profonds changements. The Deuce a, au fond, toujours parlé de cela : du fait de survivre dans un monde à la dérive, jamais favorable à ceux qui expriment leur différence et ainsi plus enclin à profiter aux puissants et plus globalement à ceux qui se conforment ou qui acceptent de marcher sur les autres.

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We fight the law but the law won

L’oppression est au centre de cette nouvelle salve d’épisodes. L’oppression et la survie donc. Que ce soit via Lori, cette ancienne prostituée tirée de la rue pour devenir porn star, qui ne cesse de s’enfoncer, peu aidée par un conjoint nocif ou via Eileen, cette mère de famille, elle aussi venue de la rue, qui s’accomplit désormais derrière la caméra, en réalisant des pornos féministes afin de faire entendre un autre son de cloche. La survie qui concerne aussi les jumeaux Vince/Frankie. Le premier tentant de suivre, clairement largué mais encore plein de ressources alors que le deuxième essaye de jouer suivant des règles qu’il pense comprendre. Des personnages révélateurs des vraies intentions d’une série plus que jamais politique, qui pour autant, n’oublie jamais de soigner la forme ni de se montrer insaisissable et pertinente…

Funky nights

Chronique centrée sur le quotidien des habitants de la 42ème rue (celle que l’on surnomme The Deuce, aux abords de Times Square), la série de Pelecanos et Simon n’a jamais hésité à suivre ses personnages afin de mieux illustrer son (ses) propos, misant sur un récit aux multiples ramifications. C’est ainsi que la saison 2 se focalisait par exemple davantage sur la montée en puissance du porno dans une société américaine plus que jamais marquée par ses contradictions, vis à vis de son rapport au sexe et à la violence. Les deux étant souvent liés, à la ville comme à l’écran. La saison 3 continue sur sa lancée et, toujours un peu à la manière du film Boogie Nights, suit le destin de plusieurs figures du X. Un producteur terre à terre, une réalisatrice ambitieuse, une actrice en pleine détresse… Le tout sans oublier de donner un écho aux voix de l’opposition. C’est d’ailleurs l’une des grandes forces de The Deuce : ne jamais oublier personne. Sans juger, en nuançant son discours, elle donne la parole à tout le monde mais ne se montre pas contradictoire, préférant rappeler, sans manichéisme ni démagogie, que les choses sont souvent plus complexes qu’elles ne le paraissent. Et sans juger donc. Ce qui fait mine de rien une grosse différence tout en proposant un point de vue nuancé tranchant franchement avec la tendance actuelle consistant à se donner bonne conscience via les réseaux sociaux en prétendant changer le monde au fil de statuts Facebook et Twitter.

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Times have changed

Si c’était déjà le cas avant, cette saison entend, avec plus de clarté, répondre à une question primordiale : le nouveau monde est-il vraiment plus vertueux que l’ancien ? En vase clos, au sein d’un quartier particulièrement révélateur, à savoir Times Square et ses environs, épicentre du changement ayant amorcé la « brutale » gentrification de New York dans les années 80/90, notamment sous les mandants d’Ed Koch et de Rudy Giuliani, The Deuce nous narre la naissance d’une nouvelle société. Une société d’où ont été exclus les marginaux. Certes les prostituées ont été poussées vers d’autres bas-fonds, mais le problème a-t-il vraiment été réglé ? Les victimes ont-elles été entendues ? Oui les mafieux n’ont plus pignon sur rue sur la 42ème mais les promoteurs affamés sont-il vraiment animés d’intentions plus nobles et leurs méthodes sont-elles moins violentes ? Des interrogations particulièrement pertinentes aujourd’hui, dans l’Amérique de Trump et plus largement dans un monde gouverné par des personnes affublées de masques trompeurs, garantes de discours vicieux. Le sexe est au centre de la dynamique de The Deuce, qui met en exergue sa potentielle fonction d’arme. Arme pour asservir, arme pour s’imposer, arme pour s’affirmer, arme pour se défendre… Le sexe et l’argent étant intimement liés au cœur d’une machine à broyer dont il semble impossible de sortir si ce n’est vivant, au moins pas complètement bousillé.e.

Série somme

Incroyablement maîtrisée, au niveau du fond mais aussi de la forme, portée par des acteurs exceptionnels, que ce soit James Franco et Maggie Gyllenhaal, toujours d’une justesse absolue, les touchantes Olivia Luccardi et Emily Meade ou encore Chris Bauer et Michael Gandolfini (qui ressemble de plus en plus à son père) profitant d’un scénario extrêmement intelligent et toujours plus puissante, la série est l’une des plus importantes de ces dernières années. The Deuce, cette chronique tragique de la fin d’une Amérique, qui évolue dans une atmosphère de fin de monde. L’émergence du sida, le début de la construction du Times Square tel qu’on le connaît aujourd’hui, la naissance de nouveaux ghettos, les bouleversements de l’industrie du cinéma pour adultes, le virage pris par la mafia au crépuscule du XXème siècle… The Deuce qui sait aussi se faire plus intimiste à travers la relation entre deux frères, la recherche de l’amour, la détresse de la solitude extrême, la quête de rédemption… The Deuce et sa conclusion, sur le sublime The Sidewalks of New York de Blondie. Une fin figurant parmi les meilleures, les plus justes, les plus tristes, les plus belles et les plus brillantes de l’histoire de la télévision américaine. Tout The Deuce est là. Dans ces quelques minutes prenant place sur les trottoirs de New York, là où sont nés tant de rêves, où se sont brisés tant d’espoirs, où sont passés tant de personnes et où aujourd’hui les touristes évoluent les yeux levés vers les sommets des gratte-ciel bardés de néons, dans une Amérique fascinante dont l’une des plus flagrantes facultés est de toujours parvenir à se relever pour se réinventer mais dans laquelle on peut également se perdre, aveuglé par les lumières…

En Bref…

Avec cette magnifique et crépusculaire saison 3, George Pelecanos et David Simon offrent définitivement à HBO un nouveau chef-d’œuvre, du calibre de The Wire, Oz ou Les Soprano. The Deuce qui se termine dans les larmes, avec toujours cette touche d’optimisme, parfois discrète mais bel et bien présente. 8 ultimes épisodes exemplaires pour une série monumentale. Un coup de maître parfaitement dosé, qui a su s’arrêter au bon moment pour vraiment toucher au vif. Chef-d’œuvre.

@ Gilles Rolland

The-Deuce-s3Crédits photos : OCS/HBO

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