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Nos derniers festins

Publié le 18 novembre 2019 par Lorraine De Chezlo
NOS DERNIERS FESTINSde Chantal Pelletier
Polar - 195 pages
Editions Gallimard Série Noire - avril 2019
La France de 2044 vit une période de prohibition alimentaire où sont très surveillés voire interdits les aliments trop gras, trop salés, trop sucrés, ainsi que les viandes de veau et d'agneau… Les citoyens disposent d'un permis de table, un permis à points qui varie en fonction de l'état de santé de chacun, et des facteurs de risques cardio-vasculaires. Les Français doivent aussi surveiller leur carnet-carbone. Alors le marché noir est en plein essor. Ferdinand, contrôleur alimentaire et sa cheffe la Janvier sont en Provence pour régler un accident impliquant une cargaison de foie gras, et tombent sur Jérôme un cuisinier retrouvé assassiné dans une chambre froide.
Nos derniers festins est un roman qui me donnait plein de promesses, et qu'au final je ne retiendrai pas forcément longtemps. Pourtant, le postulat de départ d'imaginer une société de numérisation des données de santé dans un but préventif mais surtout prohibitionniste, pour tendre vers le risque zéro de malbouffe et d'augmentation des risques cardiovasculaires et cancéreux, est très intéressant. C'est assez jouissif de lire les contrebandes qui s'organisent, et les déterminés qui s'entêtent à consommer leurs grasses denrées favorites.
Extrait :
"Couchée dans un trou qui tenait du tombeau et à moitié couverte de sable, elle se prenait une flambée de vapeur vive en faisant revenir dans l'huile l'oignon, l'ail, le mouton haché et les pois chiches pour la sauce de tomates brûlante qu'accompagnaient yaourt frais, ail et menthe. Avoir ça dans les narines et sur la langue, alors qu'on est au fond du trou, déjà enterrée, qu'on va finir là à vingt ans dans les montagnes désespérées d'Afghanistan... ça vous sauve, ça vous maintient éveillée, on ne va pas mourir, on va reprendre le fil de la recette, plier les ravioles sur la farce, puis de la recette à l'assiette, on ressasse encore et encore la tendreté du pois chiche dans la sauce à la viande, on se jure de ne pas l'oublier, on laisse l'évocation vous fourrer dans la bouche un souvenir qui soulage votre estomac, estompe vos douleurs, on reprend espoir, on pourrait s'endormir en léchant un peu de yaourt à la menthe, mais on s'en empêche, ne pas aller trop vite, il faut profiter de ce moment : être enfin la somme, être tout à la fois, bébé qui tète au sein de sa mère, gamine qui croque une gaufre chaude collante de cassonade, ado goûtant sa première mousse au chocolat ratée. "
Les pérégrinations des personnages se laissent suivre, en appréciant surtout l'humour.
L'avis de Jean-Marc Laherrère - ActuDuNoir
L'avis de Claire Devarrieux - NextLibération

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