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CoBrA, ou l’Internationale des artistes expérimentaux

Publié le 04 décembre 2019 par Jigece
1951-Asger-Jorn-Ørnens-ret-II

Cobra (graphie CoBrA, acronyme de Copenhague Bruxelles Amsterdam, du nom des villes de résidence de la plupart des membres fondateurs) ou l’Internationale des artistes expérimentaux (IAE) est un mouvement artistique validé à Paris en 1948 par les poètes Christian Dotremont et Joseph Noiret et par les peintres Karel Appel, Constant, Corneille et Asger Jorn en réaction à la querelle entre l’abstraction et la figuration. Ce mouvement publie la revue Cobra (1948-1951). Il se disloque partiellement à partir de 1949 après l’exposition internationale au Stedelijk Museum d’Amsterdam, et définitivement sur déclaration en 1951. Ce qui ne signifie pas la fin de la production d’œuvres dans le prolongement de Cobra qui sera au contraire beaucoup plus riche et plus libre après Cobra pour la plupart des artistes que ce mouvement a dynamisés.
Cobra est validé le 8 novembre 1948 par un texte intitulé La Cause était entendue, rédigé par Christian Dotremont sur un coin de table du café Notre-Dame à Paris. Il contient les quelques données de base qui sont celles de Cobra, « une collaboration organique expérimentale qui évite toute théorie stérile et dogmatique… Nous avons constaté que nos façons de vivre, de travailler, de sentir étaient communes; nous nous entendons sur le plan pratique et nous refusons de nous embrigader dans une théorique artificielle. Nous travaillons ensemble et nous travaillerons ensemble. »
Il ne s’agit pas de créer un groupe ou une élite exclusive, avec un programme précis, mais d’inviter à une aventure collective (et joyeuse), projet qui ne peut se développer que si chacun porte en soi, selon Jorn, sa force de travail. Avant même cette déclaration écrite Jorn et Dotremont s’étaient déjà rencontrés pour créer une demi douzaine de peintures-mots, des petites toiles expérimentales sur l’émergence simultanée de la peinture et de l’écriture.

Cobra préconise la spontanéité dans l’art et se caractérise par une effervescence de l’activité créatrice, par un intérêt pour les arts primitifs (art viking, calligraphie orientale, expressionnisme, art préhistorique, art médiéval), naïfs et populaires, notamment les créations d’enfants ou des handicapés mentaux, rejoignant ainsi la dynamique de l’art brut qui apparaît clairement dans le numéro 6 de la revue Cobra où sont publiées des lettres de Jean Dubuffet et Gaston Chaissac, et dont le thème central est : l’art populaire. En ce sens Cobra (animal sauvage et instinctif) est un véritable manifeste pour la libération de l’art, qui doit être pratiqué par tout le monde, et pas seulement par des artistes reconnus (c’est le geste artistique qui fait l’artiste et non le contraire). Du surréalisme, il ne retiennent qu’une chose : son caractère expérimental initial. En peinture, cette expérimentation implique l’oubli de tout acquis culturel antérieur, du métier, du talent, du savoir-faire, au profit de l’instinct, de la spontanéité. Ce sont les valeurs de la sauvagerie que célèbre Cobra. C’est ce que l’on retrouve dans les peintures de Jorn, d’Appel ou de Constant, cette puissance, cet embrasement, cette énergie vitale. C’est une peinture optimiste, loin de tout intellectualisme, qui rend compte avec fougue et enthousiasme de cette capacité d’émerveillement, ce dynamisme, cette innocence allègre de l’homme originel qu’il convient de laisser s’exprimer (et qui prend, dans de nombreux tableaux, la forme d’un fascinant bestiaire, référence à cette animalité primitive qu’il faut retrouver sous le carcan de l’homme civilisé). 
L’internationalisme de Cobra s’accompagne de son hostilité à l’idée, alors bien enracinée, que seul le passage par Paris peut favoriser l’éclosion d’œuvres authentiques et fortes. Les principaux animateurs de Cobra – Jorn, Constant, Dotremont -, véritables catalyseurs d’énergies, voyageurs infatigables, présents sur tous les fronts, essaieront d’affirmer la possibilité d’existence de plusieurs centres de création autonomes, loin de l’influence esthétique du milieu artistique parisien, qu’ils jugent inhibitrice et stérilisante : ainsi, les réunions, les expositions, les lieux de publication se situeront dans plusieurs pays. La revue, les éditions se feront dans plusieurs langues…

Les principaux membres de CoBrA sont Christian Dotremont, Jacques Calonne, Joseph Noiret, Asger Jorn, Karel Appel, Pierre Alechinsky, Carl-Henning Pedersen, Constant, Corneille, Jan Nieuwenhuys, Pol Bury, Georges Collignon, Henry Heerup, Egill Jacobsen, Ejler Bille, Jacques Doucet et Jean-Michel Atlan. Je me propose (au fur et à mesure de mes envies et disponibilités) de vous en présenter quelques uns de plus près.

Asger Jorn

1961-Asger-Jorn-Le-soleil-memmerde

Asger Jorn (1914-1973), considéré comme le plus grand artiste danois du XXe siècle, a joué un rôle majeur dans le développement des avant-gardes européennes de l’après guerre. Partageant sa vie entre le Danemark, la France (il y séjourne dès 1936), la Suisse et l’Italie, Asger Jorn fonde, en 1948, avec d’autres artistes du Nord, le mouvement CoBrA. Dans le sillage du surréalisme, ils prônent la spontanéité, le retour à l’art populaire et au dessin d’enfant. La tuberculose qui frappe Jorn en 1951 précipite la fin de CoBrA.
Après dix-huit mois passés en sanatorium, Jorn choisit, pour sa convalescence, l’air pur des montagnes et s’installe pour six mois dans un chalet Suisse. Là, le Danois développe un langage nouveau, qui renoue avec les sensualités enveloppantes d’Edvard Munch, pionnier de l’expressionnisme moderne. Les années suivantes le conduiront à libérer progressivement et de la façon la plus radicale son art des modes et des influences, et à inventer une peinture saisissante, tantôt apaisée, tantôt explosive, toujours colorée. Son œuvre puissante, élaborée au rythme de voyages incessants à travers l’Europe, s’ancre profondément dans la culture et la sensibilité scandinaves, tout en s’imprégnant des échanges qu’il entretient avec la scène artistique internationale. La tension entre une tradition nordique enracinée dans le Moyen-âge, et une aspiration à la perméabilité des frontières et à la vitalité d’une création collective, est au cœur de la fascination que Jorn exerce aujourd’hui.

La galerie

Voici une sélection d’œuvres d’Asger Jorn, de 1947 à 1982. 

1937-Asger-Jorn-Egg-and-Sphere-on-Brown 1937-Asger-Jorn-Sans-titre- 1937-Asger-Jorn-Untitled-verso-361-500-en-2013 1938-Asger-Jorn-Composition-sur-fond-bleu 1939-Asger-Jorn-Truende-jernbanesignaler-på-vej-til-Versailles 1940-Asger-Jorn-Jeux-nocturne-recto-361-500-en-2013 1940-Asger-Jorn-Odysseus 1940-Asger-Jorn-Sans-titre 1940-Asger-Jorn-Untitled-composition 1941-40-Asger-Jorn-Titania-II 1941-Asger-Jorn-Aarstiderne-IV 1942-Asger-Jorn-Titel-ubekendt 1943-Asger-Jorn-Figurkomposition 1943-Asger-Jorn-Gofs-Lygybri 1944-Asger-Jorn-Red-Witches 1944-Asger-Jorn-Trolden-og-fuglene 1944-Asger-Jorn-Visions-rouges 1945-Asger-Jorn-Mask 1945-Asger-Jorn-Nattefesten 1946-Asger-Jorn-Sans-titre-92-500-en-2016 1946-Asger-Jorn-Untitled 1947-Asger-Jorn-Sans-titre 1950-49-Asger-Jorn-Untitled-Phoenix 1950-Asger-Jorn-Guldsvinet 1950-Asger-Jorn-Sans-titre 1951-Asger-Jorn-Ørnens-ret-II 1952-50-Asger-Jorn-Myr-og-Mo-391-500-en-2018 1952-51-Asger-Jorn-Den-forhadte 1952-Asger-Jorn-Sankthans-II 1953-Asger-Jorn-Un-mythe-muet-opus-7 1954-Asger-Jorn-Ivrogne 1954-Asger-Jorn-Le-faux-rire-image-tragi-comique 1955-Asger-Jorn-La-ville-des-tours-divoire 1955-Asger-Jorn-Melmoth-II 1956-55-Asger-Jorn-La-Grande-Victoire 1956-Asger-Jorn-Être-dans-le-grand-monde 1956-Asger-Jorn-Extase-inquiétante 1956-Asger-Jorn-Le-beau-legionnaire-83-000-en-2018 1956-Asger-Jorn-Tu-étais-tel 1956-Asger-Jorn-Visite-importune 1957-56-Asger-Jorn-Lettre-à-mon-fils 1957-56-Asger-Jorn-Sans-titre 1957-Asger-Jorn-Portrait-Signora-Albissola 1958-Asger-Jorn-Happy-New-Year 1958-Asger-Jorn-Oriental-Fire 1958-Asger-Jorn-Portrait-Odilon-Redon 1958-Asger-Jorn-Tristesse-blanche 1958-Asger-Jorn-Wiedersehen-am-Todesufer 1959-Asger-Jorn-Le-Hollandais-Volant 1959-Asger-Jorn-Létat-normal-421-000-en-2010 1959-Asger-Jorn-Plein-air-with-noseless-horses 1960-Asger-Jorn-Green-Ballet 1960-Asger-Jorn-Le-Canard-Inquietant 1960-Asger-Jorn-Rodt-Lys 1961-Asger-Jorn-Le-soleil-memmerde 1961-Asger-Jorn-Pin-up 1961-Asger-Jorn-The-Suicide-of-Mr-H 1962-Asger-Jorn-Choux 1962-Asger-Jorn-Det-Søde-Liv 1962-Asger-Jorn-Faustrold 1962-Asger-Jorn-Green-language 1962-Asger-Jorn-Roussignoble 1962-Asger-Jorn-Souriez-Rue-Froide-Defiguration 1963-Asger-Jorn-Comme-si-les-cygnes-chantent 1964-Asger-Jorn-Sans-titre 1965-Asger-Jorn-In-the-beginning-was-the-image-21-m-en-2002 1966-Asger-Jorn-Instructive-extruction-of-a-konstruktif-destruction 1966-Asger-Jorn-The-Minstrels-of-Meigle 1967-Asger-Jorn-Acteur-en-Action 1967-Asger-Jorn-Cent-défauts-316-250- 1967-Asger-Jorn-Une-mime-de-rien-ou-presque 1968-66-Asger-Jorn-Red-Meadows 1968-66-Asger-Jorn-Situationen-omkring-en-central-figur 1968-67-Asger-Jorn-Fragezeichen-vom-Tintenmann 1969-Asger-Jorn-La-Joie-dêtre 1969-Asger-Jorn-Loffre-et-la-demande-313-500-en-2014 1969-Asger-Jorn-Mater-Profana-Defiguration 1970-Asger-Jorn-Sådan-var-du 1970-Asger-Jorn-Serenite-aubaine 1970-Asger-Jorn-The-wind-take-us-away 1971-Asger-Jorn-Sans-titre 1972-67-57-60-Asger-Jorn-Stalingrad-le-non-lieu-où-le-fou-rire-du-courage-chef-dœuvre-de-lart-danois 1972-Asger-Jorn-Figurativ-skulptur 1972-Asger-Jorn-Petit-parade-de-cirque 0 personne a aimé cet article

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