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Les misérables, le film choc de Ladj Ly

Par A Bride Abattue @abrideabattue
Les misérables, le film choc de Ladj Ly
J'emploie ce qualificatif de "film choc" pour le premier long métrage de Ladj Ly, Les misérables parce qu'il est difficile de le considérer comme un film ordinaire.
C'est l'adaptation sur grand écran du court-métrage déjà intitulé Les Misérables, et nommé au César du Meilleur court métrage en 2018.
Chaque plan est pensé avec intelligence et il est porteur d'un message particulier. Le réalisateur connaît de toute évidence parfaitement l'univers de la banlieue, et ses codes. Alors on oublie parfois qu'il s'agit d'une fiction, ayant le sentiment que personne ne joue et que tout est vrai.
C'est un peu ça. Il a tellement observé, il s'est tant nourri de scènes réelles qu'il n'a pas eu besoin d'inventer un scénario, ce qui ne signifie pas que la tâche était facile. L'essentiel aura été de les orchestrer de manière plausible : Pendant cinq ans, avec ma caméra, je filmais tout ce qui se passait dans le quartier, et surtout les flics, je faisais du copwatch. Dès qu’ils débarquaient, je prenais ma caméra et je les filmais, jusqu’au jour où j’ai capté une vraie bavure. Dans le film, l’histoire du vol du lionceau déclenchant la colère des Gitans propriétaires du cirque est également vécue... J’ai voulu montrer toute la diversité incroyable qui fait la vie des quartiers. J’habite toujours ces quartiers, ils sont ma vie et j’aime y tourner. C’est mon plateau de tournage !
Le pari est réussi. Mais il est également effrayant car j'imagine que beaucoup de spectateurs ne la voyait pas comme ça ... la banlieue. Vous remarquerez d'ailleurs qu'on emploie désormais le pluriel, alors que ce terme de "les banlieues" n'en concernent qu'une, celle que filme Ladj Ly.
La formule qu'il reprend de Victor Hugo, qui a situé le domicile des Thénardier de son célèbre roman dans cette commune de Montfermeil, dans le 93, à savoir, il n'y a ni mauvaises herbes, ni mauvais hommes, que des mauvais cultivateurs, devrait faire trembler les politiques, car cela pointe bien leur responsabilité.
Ladj Ly raconte comment une bavure policière va faire dégénérer une situation dans un quartier dit sensible et regardé à travers les yeux de Stéphane (Damien Bonnard), un policier fraîchement débarqué de Cherbourg. Il va faire la rencontre de ses nouveaux coéquipiers de la Brigade anti-criminalité, Chris et Gwada (Alexis Manenti et Djebril Didier Zonga), et découvrir les tensions entre les différents groupes.
Un drone filme leurs moindres faits et gestes alors qu'ils se trouvent débordés lors d'une interpellation.Ladj Ly est à l'origine un membre du collectif Kourtrajmé créé en 1994 par Kim Chapiron, Toumani Sangaré et Romain Gavras. Il a par le passé réalisé des web-documentaires qui ont été remarqués, comme 365 jours à Clichy-Montfermeil, tourné pendant les émeutes de 2005, et 365 jours au Mali, où il s'est immergé dans ce pays pendant un an. Ladj Ly a aussi mis en scène le docu-fiction sur la banlieue Go Fast Connexion et le documentaire sur l'éloquence A voix haute - La force de la parole (co-réalisé avec Stéphane De Freitas).S'agissant des films sur la banlieue, on pensera à La Haine (1995), Dheepan (2015), Divines (2016) ... avec plus de poésie et curieusement davantage de réalisme car il ne repose pas la démonstration sur un trafic d'armes ou de drogues mais sur ce qui au départ est un problème de communication, inexcusable au demeurant.
Ce qui est très réussi c'est que personne n'est totalement bon ou mauvais mais les rôles dans lesquelles les clans enferment les uns et les autres accélèrent le moindre dérapage. Le vivre ensemble est souvent proche du point de rupture. Et pourtant la France était sur son petit nuage tricolore le soir de la victoire de la Coupe du monde de football et quelle était belle la joie des gosses chantant la Marseillaise sous la Tour Eiffel et sur les Champs Elysées.Les Misérables représenteront la France aux Oscars 2020, au détriment de Portrait de la jeune fille en feu de Céline Sciamma, qui semblait jusque là favori.
Les misérables, de Ladj Ly, en salle depuis le 20 novembre 2019A déjà reçu 7 Prix dont le Prix du jury du Festival de Cannes et 9 nominations

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