Magazine Cinéma

Horizons lointains

Par Darkstein

Une entrevue exclusive de Chabtan, combo deathcore francilien qui se démarque par une thématique originale et parsème son métal de quelques accents folkloriques bienvenus.

Toujours sur la brèche, Marylin mouille le perfecto et approche le Next Big Thing du death à la française ; et il est francilien (contrairement à Gojira qui est bayonnais – et c’est ni de l’art ni du cochon) et il s’appelle Chabtan, du nom de la divinité maya incarnant la guerre, la mort violente et le sacrifice humain (Buluc Chabtan, appelé aussi Dieu F).

Du haut de ses 3 ans, Chabtan dispose déjà d’un EP accrocheur, Eleven (le nombre 11 étant associé à Buluc Chabtan) et propose cette année leur première véritable galette, The Kiss of Coatlicue – Coatlicue, déesse de la fertilité et de la terre1.
Et pour défendre leur oeuvre, ils s’offrent rien moins que la première partie de Nile et Suffocation sur pas moins de 10 dates en Europe !
Chabtan, dieu de la guerre et de la mort violente : tout est dit.
Le groupe officie dans un registre deathcore, tout en riff rageux et en hurlements hystériques qui rappelle plus Pantera ou Slipknot que Nile ou Amon Amarth quand bien même leur genre mêle puissance, vitesse et folklore. Nile d’ailleurs, on y revient car on retrouve des éléments communs dans la mythologie empruntée : les momies et les pyramides. Mais Cris, Dimitri, JeanPhi, Yanis et Laurent s’arrogent le droit de
digresser sur les légendes maya quand les Sud-Caroliniens préfèrent l’Egypte ancienne.
Stein vous propose un portrait dans le vif du combo parisien, têtes de Xolotl2 :

Stein: Ma’alob k’iin, Chabtan ! Tout d’abord, pourquoi les mayas ? Y a-t-il
un rapport avec Maya l’abeille ? Un souvenir de voyage ?
Chabtan: Salut l’ami et salut à tous les lecteurs ! Pourquoi les Mayas ? Bonne question. En réalité, nous voulions absolument que notre projet tourne autour d’un concept. Il était important pour nous d’avoir une source d’inspiration originale. En l’occurrence celle des mythologies mésoaméricaines qui nous offrent une culture riche et complexe et des légendes aussi violentes que sanglantes, ce qui nourrit nos textes, nos artworks et nos ambiances musicales. Nous voulions vraiment avoir un fil rouge pour nous inspirer et apporter quelque chose en plus, comme le font déjà certains autres grands groupes, nous en sommes bien conscients. Et pour la petite anecdote, c’est ma copine qui est passionnée par cette culture qui nous en a donné l’idée et qui a même trouvé le nom du groupe. Maya l’abeille n’y est donc pour rien dans cette décision!

Stein: Grand fan du métal pas comme les autres, je voue un grand plaisir à l’écoute de
groupes tels Nile, Melechesh ou Rotting Christ. J’avais été enchanté de découvrir Eleven, sa magnifique pochette qui laissait présager du très lourd, le chiffre onze se prononçant « Buluc » et ramenant une fois encore à Buluc-Chabtan. Si le propos est clair, l’ensemble, très cohérent, m’avait semblé trop direct, manquant peut-être de ce côté « folk ». Pour The Kiss of Coatlicue, on sent une approche plus diversifiée, des intros acoustiques assez magiques qui placent la barre haute et annoncent de beaux jours pour le groupe. D’ailleurs, aux lectures des diverses critiques du net (VSWebzine, Métal Intégral,
French Metal (et, bon, pas Angry Metal Guy bon, on va dire des zines francophones :P)) Comment vous sentez-vous après la pose de cet opus ?
Chabtan: C’est vrai qu’on nous a pas mal reproché, lors de la sortie de notre EP Eleven en 2012, de ne pas avoir assez exploité le côté « maya » musicalement. Je pense que nous
étions un peu frileux, on voulait marquer les esprits avec un EP efficace et avons préféré rester un peu dans le moule, ce qui avec du recul, est bien entendu une erreur. Mais nous avons tiré les leçons des critiques, très constructives, de l’EP et savions que pour la suite nous pousserions le concept bien plus loin musicalement. Et ce premier album en a fait les frais ! Notamment avec des intros acoustiques à la guitare classique, pour la plupart composées sur des gammes typées espagnoles pour le côté « musique latine » et des instruments tribaux et typiquement mésoaméricains.
Nous sommes très satisfaits de cet album car nous avons pris le temps de le mûrir et de le
peaufiner pendant 2 ans, nous avons réussi à avoir la prod. que nous voulions en travaillant avec Fredrik Nordström (In Flames, Arch Enemy, Dimmu Borgir) mais aussi car il a été plutôt bien accueilli par la critique internationale.
Nous savons donc que le côté « folk » peut et doit être poussé encore. Nous pensons d’ailleurs pour le prochain album nous offrir les services de musiciens capables de jouer sur ces vieux instruments mésoaméricains.

Stein: l’écriture ; quelles sont vos inspirations, quelles influences (littéraires, cinématographiques) parcourent vos textes ? Est-ce que, à l’instar de Karl Sanders, vous vous inspirez de la traduction de textes anciens ?
Chabtan: Nous n’avons qu’une seule source d’inspiration : Le Popol Vuh.
Le Popol Vuh est en quelque sorte la bible des peuples mésoaméricains à l’époque des
mayas. Il regroupe toutes les légendes des cultures maya, aztèque, olmèque, zapotèque,
toltèque… (NDS : une vraie bibliothèque !) Pour ce premier album nous nous sommes
concentrés sur la culture maya et chacun de nos textes en raconte une légende, notamment
l’histoire de leurs innombrables Dieux.

Stein: la musique ; des envies d’incorporer des instruments traditionnels ? Un chant en
quiché ? Des duo avec des artistes locaux ? Des sacrifices humains sur scène ?
Chabtan: Nous avons beaucoup parlé d’incorporer des instruments mésoaméricains
mais pour ce premier album, nous avons du nous contenter de logiciels de samples. Nous aimerions inviter pour notre prochain album des musiciens traditionnels, histoire de créer une réelle atmosphère, un peu comme l’avait fait Sepultura sur leur album Roots Bloody Roots. Nous ne souhaitons pas, pour l’instant, illustrer notre musique live avec des scènes théâtrales de sacrifices par exemple. Ca peut vite partir dans le kitch… mais on y a pensé ;)

Stein: Allez, entre nous, la musique, la scène, tout ça… C’est pour les filles ou pour le
pognon ?

😛

Chabtan: Dans le groupe nous sommes tous rangés des voitures, en couple, il y a même un papa parmi nous ! Concernant l’argent, ça fait bien longtemps que chacun de nous a intégré qu’on ne vivait pas de la musique en France, encore moins du métal et ce n’est d’ailleurs certainement pas notre but. Par contre on a tous une folle envie et motivation commune d’intégrer le paysage métal français et pouvoir défendre notre musique partout dans le monde, à commencer par le Hellfest ! La reconnaissance du public et la scène seraient notre plus belle récompense.

Stein: Ecce est un magazine des littératures de l’imaginaire, alors, vous lisez quoi ?
Chabtan: Tu as de la chance on a un littéraire dans le groupe, Cris notre chanteur, étude de philo et tout ce qui va avec ! Ses dernières lectures sont « Capitalisme, désirs et servitude » de Frédéric Lordon et « Dialectique négative » de Théodore W. Adorno. Ca calme !

Stein: Parlons Lovecraft : pourrait-il y avoir une incursion lovecraftienne dans l’un de vos
textes un de ces jours ? Notamment avec la théorie des anciens astronautes (par exemple, moi, je dis ça, je dis rien :P)
Chabtan: Non je ne pense pas car comme évoqué précédemment nous ne tirons nos histoires que du Popol Vuh et souhaitons garder ce fil rouge. Nous avons encore beaucoup d’idées et de cultures à découvrir et évoquer dans nos futurs textes. Je ne suis pas sur non plus que l’on ait le talent d’écriture qui nous permette de faire un clin d’oeil digne de ce nom à Lovecraft.

Stein: Depuis que je me suis immergé dans le monde de la musique underground, je
découvre une scène métal française riche et féconde, et malheureusement peu plébiscitée. Il me semble que peu de groupes français aient la chance d’avoir une carrière internationale. Et vous, avez-vous vocation à envahir l’hexagone ou à employer votre talent à la conquête du monde ?
Chabtan: Notre objectif est plus que clair, envahir le monde ! Plus sérieusement, nous
aimerions diffuser et jouer internationalement notre musique, voilà aussi une autre raison du choix de notre concept parlant d’une culture venant de l’autre bout de la planète. Peu de groupes français arrivent à s’exporter (Gojira, Betraying The Martyrs…), c’est aussi un défi qui nous motive ! Même si il y a un vrai public métal en France et de très bons festoches, les pays européens offrent également beaucoup de possibilités. Je pense aux pays de l’Est entre autres.
Et puis notre maison de disque étant danoise, cela nous motive à exporter encore plus notre son sans compter que pour boucler la boucle, nous nous devons de tenter une invasion en Amérique du Sud ! Mais pour l’instant nous nous concentrons sur notre tournée européenne en ouverture de Nile et Suffocation en Septembre, ce qui est déjà pour nous une belle opportunité et aventure.

Stein: Vos derniers coups de coeur (skeud, bouquins, toile ?)
Chabtan: Skeuds : le dernier The Arrs Khronos, l’album Tales of the sands de Myrath,
le dernier Orakle Eclats et le dernier Iron Maiden évidemment !
Bouquins : « Ars industrialis » de Bertrand Stiegler.
Côté ciné : « Ant Man », « Ex Machina » et « Mad Max » !

Stein: Pour finir, l’habituel portrait chinois ;
Si vous étiez une musique ?
La nôtre !
Un personnage de fiction ?
Ulysse !
Une figure du XXe siècle ?
Jean-Claude Vandamme (pour équilibrer avec Ulysse).
Une bière ?
Une Barbar, au miel! C’est notre côté « Maya » l’abeille

😛

Stein: Ka’a xi’itech, et merci ! On souhaite que Ek Chuah vous soit favorable !
Chabtan:Merci à toi, à ECCE, aux lecteurs et auditeurs qui font que notre passion et culture communes qu’est le métal perdurent !

L’après-tournée

Stein: Hello Chabtan ! La tournée européenne est terminée, alors, heureux ?
Chabtan: Oh oui et plus encore, c’était juste énorme et enfin une sorte d’exutoire pour nous après ces 2 dernières années à avoir préparé et sorti notre premier album

🙂

Stein: Entre nous, votre meilleure date c’était Lyon ? (Vous avez le droit de dire non :P) J’ai trouvé que l’ambiance y était très détendue, surtout entre Truth Corroded, Suffocation et Nile !
Chabtan: Lyon était une excellente date pour nous car nous jouions en France, mais c’était surtout la première de notre tournée. Je ne te dirai pas que c’était la meilleure car nous étions certainement un peu plus tendus qu’à la dernière mais nous avons senti date après date que nous progressions à tous niveaux. Donc chaque date a été la meilleure, l’une après l’autre

🙂

Stein: C’était votre première tournée de cet acabit ? Comment était l’ambiance avec les deux monstres Nile et Suffocation ?
Chabtan: En fait nous avions déjà tourné en Europe avec Immolation et Broken Hope en 2014 mais seulement quelques jours. Donc oui c’était notre première vraie grande tournée! Il y a eu une très bonne ambiance avec Nile et Suffocation, simplement parce que ce sont des gars vraiment cools et pas prise de tête. Nile étaient par contre très discrets, on ne les voyait que lors des balances, des repas et des concerts. Suffocation étaient plus abordables, plus présents, un peu plus fun pour être franc

🙂

Stein: Apparemment, les groupes satellites changeaient d’une date à l’autre, quels souvenirs de ces rencontres (entre les italiens de Bloodtruth, Resumed et Embryo, les australiens de Truth Corroded, …) ?
Chabtan: En fait on a croisé Bloodtruth et Truth Corroded sur seulement 2 dates, mais j’ai le souvenir que c’était vraiment des groupes qui avaient une certaine expérience et qui envoyaient du bois sur scène. Humainement on n’a pas vraiment eu le temps de se connaître. Par contre Embryo et Resumed étaient vraiment sympas, on a eu plus de temps ensemble, on a notamment partagé pas mal de loges et ce sont des gars vraiment bon esprit. L’ambiance était vraiment au top tout le long de la tournée. Je pense que tous les groupes support étaient heureux d’être là et conscient de l’opportunité de ce genre de tournée.

Stein: Quels retours avez-vous eu de vos performances, de votre musique, de Kiss of
Coatlicue
de la part du public ? Est-ce qu’entre groupes on se file des tuyaux ?
Chabtan: On a eu de très bon retours, surtout qu’on n’était pas tout à fait dans le style de Nile ou Suffocation. Mais on nous a pas mal félicité sur l’énergie qu’on balançait sur scène. Je pense qu’on a fait notre boulot comme il fallait le faire, en prenant beaucoup de plaisir et en donnant tout pendant chaque demie heure de show par soir. Les premiers live report vont aussi dans ce sens, ça nous a vraiment fait plaisir. Niveau tuyau, non, à vrai dire c’est tellement dur de choper ses propres bons plans dans ce milieu que chacun se les garde au chaud! C’est de bonne guerre ;)

Stein: Quelques anecdotes ? Un moment inoubliable ?
Chabtan: Franchement tout s’est déroulé sans accroc. Il y a une seule chose que nous
pensions avoir anticipé, les nuits. Nous n’avons pas pu prendre nos nuits d’hôtel comme nous l’avions prévu car entre chaque date nous avions environs 800 km à faire, ce qui nous laissait 2 à 3 heures de sommeil par nuit. Je dirai donc que les moments inoubliables sont les nuits, enfin les siestes, en camping sauvage sur les aires d’autoroute ! On en rigole aujourd’hui mais sur le coup c’était vraiment pas top! Niveau moments inoubliables, tout simplement la scène, notamment les dates en Espagne à Madrid et Barcelone où nous avons joué devant 300 personnes et ça c’était bandant !

Stein: Prêts pour réembarquer ? On ze road again comme on dit ? Ca vous tente la vie
nomade ?
Chabtan: Carrément par contre la prochaine fois on prendra l’option « tour bus »!!!

🙂
Oui
sérieusement on reprévoit ce genre de tournée si un jour nous décidons de sortir un nouvel
album. Mais pour 2016 nous allons plutôt tabler sur un max de festoches, que ce soit d’un point de vue financier ou même stratégique, jouer en festoche apporte beaucoup.

Stein: De vous à moi, si vous repassez sur Lyon, j’ai quelques bonnes adresses pour se jeter une mousse derrière l’oreille… Faites-moi signe, ce sera un honneur de vous servir de guide !
Chabtan: Le rendez-vous est pris avec grand plaisir ! Merci pour ton intérêt et ton soutien, on a besoin de ça

🙂

1 Depuis 2016, le groupe a sorti Nine Levels en 2018, voir ma chronique à ce sujet.
2 Xolotl est un dieu associé aux phénomènes doubles. Son nom peut signifier chien. Dont acte

😛

Pour en savoir plus :
La page Facebook du groupe
Entrevue initialement parue dans l’e-zine culturel Ecce N°7 (Janvier 2016)


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