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Faibles taux d’intérêts sur le long terme

Publié le 24 février 2020 par Chroom

Depuis la crise financière de 2008 les taux d'intérêts sont maintenus par les banques centrales à un taux historiquement très bas voire même négatif dans certains pays européens, au Japon et en Suisse. Non seulement le niveau des taux est exceptionnellement faible, mais la durée de cette politique monétaire est elle aussi particulièrement longue. Si les taux sont excessivement bas depuis 2008, en vérité ils déclinent déjà depuis près de 40 ans. Le taux "neutre", supposé ne favoriser ni la croissance, ni le ralentissement de l'économie, s'est abaissé pendant des décennies, entraîné par des forces puissantes et lentes comme le vieillissement de la population, la baisse de productivité ainsi que l'épargne des ménages et des entreprises.

Conséquences

Ce phénomène prolongé de taux aussi misérables a permis d'éviter une période de déflation suite à la crise financière, puis de faire baisser les taux de chômage, alléger les charges financières liées aux emprunts des entreprises, des gouvernements et des particuliers, ainsi que d'initier un marché haussier historique des actions. Avec une rémunération de l'argent qui devient de plus en plus faible, les investisseurs doivent se tourner vers des actifs plus risqués et les payer de plus en plus cher. Les multiples cours/bénéfices des entreprises explosent.

Les grosses entreprises profitent des taux bas pour émettre de la dette et racheter directement leurs concurrents plutôt que d'innover. Le marché se concentre, les géants deviennent de plus en plus grands. D'un autre côté, les entreprises mal gérées sont subventionnées artificiellement par les faibles taux d'intérêt. En temps normal elles feraient faillite. Sans compter que leurs cours sont maintenus sous perfusion des ETFs qui investissent dans la totalité du marché, sans distinction. Les taux bas et les fonds indiciels encouragent ainsi la médiocrité. Les entreprises de croissance sont nettement favorisées par les taux d'intérêts faibles. Les entreprises de valeur au contraire sont à la peine depuis bien longtemps, ce qui représente une anomalie historique.

Les bons du Trésor, en particulier ceux à longue maturité américains,  progressent aussi bien que les actions depuis que les taux déclinent, soit depuis le début des années 1980. Là aussi, d'un point de vue historique, c'est une anomalie.

Alors que l'économie s'est redressée et que le chômage est tombé à un niveau très bas, les taux d'intérêt ne sont paradoxalement pas revenus à leurs niveaux d'avant la crise. Malgré l'injection massive de liquidités, l'économie est en faible croissance et l'inflation tout juste positive. La masse d'argent créée par les banques centrales a plus profité au marché boursier et au remboursement des prêts qu'à l'économie réelle. Le chômage a été certes réduit, mais les salaires ne décollent pas et les conditions de travail se sont précarisées. Les employés ne peuvent donc pas stimuler la demande intérieure.

Pas l'effet escompté

Dans une économie normale, un afflux important d'argent dans le système entraîne de la croissance et de l'inflation. On ne fait cependant pas boire un âne qui n'a pas soif. Les entreprises ont profité de cet argent facile pour digitaliser, robotiser, racheter leurs concurrents, bref investir dans du capital plutôt que de créer des emplois. Les gouvernements raisonnables en ont profité pour amortir leurs dettes, mais on n'a guère assisté à des politiques keynésiennes. Les boomers se sont rués sur les obligations, considérées comme peu risquées, pour alimenter leurs retraites en revenus. De la même manière les caisses de pensions, sont tenues par la loi de posséder des obligations en quantité importante. Cette forte demande dans une classe d'actifs supposée sûre a contribué à affaiblir encore plus les taux et gonfler le prix des obligations, ce qui fait que le financement des retraites est désormais encore plus onéreux. Aujourd'hui les obligations sont clairement en situation de bulle et risquées.

Guère d'autres solutions

Les banques centrales n'ont plus beaucoup d'outils monétaires en cas de récession. Elles peuvent faire plonger les taux en territoire rouge vif, mais ceci rendra le financement des retraites encore plus difficile et mettra en danger le secteur bancaire. Il y a donc peu de chances qu'elles aillent encore très loin dans cette approche. Il y a aussi le fameux hélicoptère monétaire, qui consiste à distribuer de l'argent directement aux particuliers, soit sous forme de réduction d'impôts, soit via des dépenses publiques, financées par les banques centrales. C'est une approche théorique qui n'a jamais été expérimentée. Donc, il ne reste dans les solutions crédibles que les politiques budgétaires, via une augmentation des dépenses et/ou une réduction des impôts financées par les gouvernements. Les taux d'intérêts très bas facilitent indéniablement la démarche.

Des plans de relance qui viendraient s'ajouter à des années d'abondance de liquidités et un taux de chômage faible, il y a de fortes chances pour que l'inflation reprenne l'ascenseur. Les banques centrales pourraient alors à nouveau élever peu à peu leur taux, mais on n'ose pas imaginer ce que cela va donner sur les marchés financiers qui se sont habitués à des politiques accommodantes.

L'indice des prix à la consommation

Aux USA, depuis 2010, l'indice des prix à la consommation est stable. On peut même dire que le gros de la tendance baissière entamé au début des années 1980 s'est arrêté depuis le début de ce siècle. La dernière fois qu'il était durablement stable et bas, c'était juste après la deuxième guerre mondiale. Quant au taux d'intérêt, la seule fois où il a été aussi bas, c'était aussi après la guerre, mais pour une période beaucoup plus courte. Ensuite, il n'a fait que grimper durant 30 ans. Le taux n'a jamais été durablement inférieur à l'indice des prix, comme c'est le cas depuis plus de dix ans.

Faibles taux d’intérêts sur le long terme

Un futur qui risque d'être mouvementé pour certains

Plus on s'éloigne de la dernière récession, qui remonte déjà à plus de onze ans, plus on s'approche de la prochaine. Elle a peut-être même déjà commencé, sous fond de protectionnisme, guerres commerciales et virus. Les cycles durent d'habitude 7 à 8 ans, là on est déjà bien au-delà. Si les gouvernements doivent mettre en place des politiques keynésiennes, pour palier aux banques centrales, l'inflation va reprendre, dès la crise passée et les taux monter.

Les investisseurs qui sont majoritaires placés sur des titres de croissance seront les premiers à souffrir de cette situation, juste avant ceux qui sont positionnés en obligations à long terme. A contrario les investisseurs positionnés sur des titres de valeur risquent bien de tirer leur épingle du jeu à l'avenir.


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