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[Critique] SWALLOW

Par Onrembobine @OnRembobinefr
[Critique] SWALLOW

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Titre original : Swallow

Note: ★★★★☆

Origine : États-Unis/France

Réalisateur : Carlo Mirabella-Davis

Distribution : Haley Bennett, Austin Stowell, Denis O’Hare, Elizabeth Marvel, David Rasche, Luna Lauren Velez, Laith Nakli…

Genre : Drame

Durée : 1h34

Date de sortie : 15 janvier 2020

Le Pitch :

Hunter mène une vie confortable aux côtés de son richissime mari Richie. Femme au foyer, elle passe ses journées à décorer sa grande maison, à cuisiner et à jardiner. Un jour, Hunter tombe enceinte. Un appétit étrange s’éveille alors en elle. Incapable de se refréner, la jeune femme commence à ingérer divers objets…

La Critique de Swallow :

Le premier film de Carlo Mirabella-Davis, qu’il a également écrit, nous présente Hunter, une femme au look furieusement hitchkockien, qui vit dans une grande maison aseptisée aux côtés d’un homme aux faux airs de Patrick Bateman, le personnage central d’American Psycho. Un couple un peu étrange évoluant dans une ambiance particulière, vaguement inquiétante. Car très bientôt, le vernis se fissure. La grossesse de Hunter marquant le début de troubles compulsifs alimentaires poussant l’épouse parfaite, à elle seule représentation immobile et sage de la réussite de son homme, à manger des objets. Une bille pour commencer puis une punaise, une pile… Une habitude non sans conséquences pour la santé de Hunter… Le mal est insidieux, caché derrière une coiffure parfaite, des tenues impeccables et une décoration au code couleur savamment étudié. Rien ne dépasse jusqu’au jour où Hunter se met à littéralement dévorer des éléments de ce décorum. Un acte de rébellion au départ involontaire, qui se pose comme l’expression d’une émancipation nécessaire.

Swallow-movie-Haley-Bennett

Perfection insidieuse

À l’image de Mia Farrow dans Rosemary’s Baby, Haley Bennett incarne dans Swallow celle qui ne dit rien et qui subit. Sa souffrance, longtemps contenue, étouffée derrière des apparences trompeuses, se manifestant à l’annonce d’une grossesse attendue et espérée. Hunter aussi est entourée de gens qui semblent faussement préoccupés de son sort, en réalité plus soucieux de la santé de l’héritier qui grandit en elle. Pour autant, si on fait exception de ce postulat qui pourrait laisser entrevoir une fin ouvertement horrifique et tragique pour cette héroïne d’une routine écrasante, rien d’autre ne permet de continuer à faire le rapprochement entre Swallow et Rosemary’s Baby. Carlo Mirabelle-Davis parvenant, non sans une virtuosité graphique et narrative indéniable, à tracer sa propre voie, ne cachant pas ses références (on pense bien sûr à David Cronenberg) mais sans non plus totalement s’y abandonner. Au centre, Haley Bennett, parfaitement investie (elle est aussi créditée en tant que productrice exécutive), incarne avec une finesse remarquable les thématiques du film, épaulée par des partenaires de jeu eux aussi tout à fait dans le ton. L’actrice arrivant petit à petit, avec une économie de mots impeccable, à exprimer sa souffrance et finalement son désir d’émancipation. Une souffrance qu’elle sait illustrer à l’écran sans tomber dans l’excès, de concert avec son réalisateur/scénariste, lui aussi très pointilleux, à fleur de peau quand il s’agit de croquer les tourments de cette femme au foyer que l’on découvre persécutée. Persécutée par l’indifférence se dévoilant notamment à travers les regards sans équivoque que lui lancent ses beaux-parents et son mari.

Envol douloureux

Cauchemar en forme de huis-clos aux couleurs pastels, Swallow aborde une somme de thèmes tragiques et complexes avec un sens de la nuance qui fait souvent défaut à ce genre de film. Sorte de conte initiatique brutal et perturbant, Swallow trouve sa voie pour évoquer le désir d’émancipation d’une femme écrasée par des conventions d’un autre âge incarnées par des visages angéliques et trompeurs. Brillante parabole portant sur la liberté des femmes à disposer de leur corps comme elles l’entendent, Swallow se livre sans faillir à un pur exercice d’équilibriste. Finalement, seule la fin, plus conventionnelle, peut décevoir un tantinet. Quand Carlo Mirabella-Davis emprunte une direction peut-être plus confortable. Un choix un peu regrettable qui permet néanmoins au réalisateur de délivrer son message sans équivoque, éclaircissant (peut-être un peu trop), tout ce qui a précédé.

En Bref…

Original, audacieux, souvent perturbant, Swallow se nourrit d’influences nobles mais finit par ne ressembler qu’à lui-même. Un film complexe mais fluide, magnifiquement incarné par Haley Bennett, qui résonne aujourd’hui avec une force décuplée, malgré son derniers quart, plus conventionnel.

@ Gilles Rolland

Swallow-Haley BennettCrédits photos : UFO Distribution

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