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(Anthologie permanente), Eustache Deschamps (1340-1410), quatre ballades

Par Florence Trocmé


Oeuvres_complètes_de_Eustache_Deschamps_[...]Eustache_Deschamps_bpt6k9763119jJean-Pascal Dubost, fin connaisseur de poésie ancienne, a proposé à Poezibao ces quatre ballades d’Eustache Deschamps.
Si on veut en savoir plus sur Eustache Deschamps, cliquer sur ce lien.
On peut lire Eustache Deschamps sur Gallica en cliquant sur ce lien
Poezibao recommande toutefois de ne surtout pas suivre certains conseils d'Eustache Deschamps.
Trois ballades sur l’épidémie
et une ballade sur la grande mutation des temps
d’Eustache Deschamps (1340-1410)
C’est volontairement que nous avons maintenu la graphie d’époque afin que le lecteur inhabitué à icelle puisse en avoir une bonne appréciation, et goûter la saveur d’une langue pas encore fixée.
  
Ballade
Sur l’épidémie
Qui veult son corps en santé maintenir,
Et résister à mort d'épidémie,
Il doit courroux et tristesce fuir ;
Laissier le lieu où est la maladie,
Et fréquenter joieuse compaignie ;
Boire bon vin, nette viande user ;
Port bonne odour contre la punaisie,
Et ne voist hors s'il ne fait bel et cler.
Jeun estomac ne se doit point partir,
Boire matin, et mener sobre vie,
Face cler feu en sa chambre tenir ;
De femme avoir ne li souviengne mie ;
Bains, estuves à son povoir dénie,
Car les humeurs font mouvoir et troubler ;
Soit bien vestus, ait toudis chière lie,
Et ne voist hors s'il ne fait bel et cler.
De grosses chars et de choulz abstenir
Et de tous fruiz se doit-on en partie,
Cler vin avoir ; sa poulaille rostir,
Connins, perdriz, et pour espicerie,
Canelle avoir, safran, gingembre, et prie ;
Tout d'aigrevin et vergus destremper ;
Dormir au main : ce régime n'oublie,
Et ne voist hors s'il ne fait bel et cler.
Ballade
Des remèdes contre l’épidémie
Qui veult fuir la persécucion
Et le péril d'épidémie avoir,
Vivre le fault en consolacion ;
Du lieu régnant le convient remouvoir ;
Pain cuit d'un jour, bon vin cler recevoir
Poucins, chapons eu rost, chars de pourccaulx,
[Ne de chevres, lievres ne de toreaux]
De cerfs, de buefs ne mangiez nullement,
Oés , cannes , ne poissons lymonneaulx,
Se vous voulez vie avoir longuement.
Usez d'un mès sanz prolongation
De longuement à la table seoir ;
Fuiez gros air, toute corrupcion ;
Vinaigre usez, osille à vo povoir,
En voz sausses ; et si vous faiz sçavoir
Gingembre fault, safren est bons et beaux,
La canelle , vergus , oingnons , poreaulx ,
Les aulx aussi. Fuiez généralment
Potaiges , choulz , laiz , fruiz viez et nouveaux ,
Se vous voulez vie avoir longuement.
Suiez les lieux de délectacion,
Soiez joieux sanz le cuer esmouvoir ;
Feu net et cler de genèvre en saison,
Ou jeune bois, faictes en chambre ardoir ;
D'eaues roses vous devez pourveoir,
Odeurs porter, robes plaisans, joyaulx ;
Joye mener, converser entre ceaulx
Que vous amez, et eulx vous ensement,
Et vous gardez des faiz luxuriaux,
Se vous voulez vie avoir longuement.
Prince, encor fault faire purgacion
Sanz différer l'évacuacion
Que chascun doit avoir naturelment,
User d'eaue de bonne région,
Ou flums courans, par modéracion ,
Se vous voulez vie avoir longuement.
Autre ballade
   qui moustre les causes et raisons dont vient l'epidemie
L'air corrompu, la terre venimeuse,
Les corps infects en cymetiere, et mors
En my les champs, en guerre doleureuse,
Chambres coyes ou est li amas ors
D'infections, de puours de dehors
Qu'om fait aux champs, es villes, es chasteaulx
D'ordures grans, de fians par monceaulx,
D'immondices qu'om art, dont c'est folie,
Du mauvais air corrrumpu, de pourceaulx,
Font en mains lieux causer l'epidemie.
 
La bouche avoir gloute, vie oultrageuse,
Boire et mangier sanz appetit du corps,
Longue seoir a table est perilleuse
Chose, et de mes pluseurs faire rappors,
Et trop salé cerf, vaches, buefs et pors,
Tanche, anguille, congre, tous bestiaulx,
Poissons de mer, lestages , fruiz, poreaulx,
Oingnons et aulx, gros vin trouble en sa lie,
Dur pain mangier et sanz levain gasteaux,
Font en maint lieu causer l'epidemie.
 
Vivre d'eaues de terre marcageuse,
Estre au gros air quant li brouillas est fors,
Trop main lever, vie luxurieuse,
Sanz mouvement soy courcier est la mors.
Trop chaut, trop froit quant sont ouvers les pors,
Estuves, baings frequenter entre ceaulx
Qui sont infects gens, pourris et meseaulx,
Gendrent a maint semblable maladie,
Et telz choses en ces cas principaulx
Font en mains lieux causer l'epidemie.
 
Prince, bon fait ces cas especiaulx
Pour sa santé, et outrageux travaulx
Fuir du tout ou du moins en partie.
Que l'en s'espurge, et qu'om se teingne chaux,
Car non garder son corps par telz deffaulx
Font en mains lieux causer l'epidemie.
Ballade de la grant mutacion des temps et abreviacion de toute nature et approuchement de fin de monde
     
   Les temps, les ans, les meurs, les gens,       
      Les bestes et tous animaulx,       
      Les terres, les quatre elemens,     
      Les complections corporaulx,     
      Toutes les vertus cardinaulx,       
      Les arbres, les fruis, les poissons,       
      Les prez, les blez, vins et moissons,       
      Et le genrre en toute nature       
      Diminuent et les saisons :       
      Toute chose se desnature.       
             
      Autonpne, yver, esté, printemps       
      Et tous les climats principaulx,       
      Du monde varie li temps ;       
      Trop sont les pechiéz generaulx       
      D'argent querir, estaz, joyaulx.     
      Envie, orgueil, detractions       
      Regnent et dissolucions,       
      Toute couvoitise et ordure.       
      La fin de ce monde approuchons :       
      Toute chose se desnature.       
             
      La foy, la loy sont vaxillens       
      Par noz pechiéz et pour noz maulx.       
      Met Dieux sur nous guerre et contemps,       
      En l'eglise, entre les royaulx,       
      Et envie, pour noz deffaulx ,
      Froidures, inundacions,       
      Pestillences, divisions,     
      Mortalitéz, famine dure.       
      Mais pour ce ne nous amendons :       
      Toute chose se desnature.       
                         
      Princes, se bien considerons       
      Noz pechiéz, les pugnicions
      Que Dieux envoie a creature,      
      Devers lui nous amenderons,      
      Ou autrement tuit perirons :       
      Toute chose se desnature.


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