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Méditation de l'eau

Publié le 08 avril 2020 par Anargala
Je m’assois au bord d'une eau courante.
Elle parle, telle mon intérieur.
Je l'écoute : elle remplace mon bavardage.
Un riant gargouillis, clochettes limpides,
envahissantes et pleines de tact, pourtant.

Ce flot extérieur emporte le flot intérieur.

Je ne fais rien des pensées, des sensations, 
de tous ces mots, murmurés ou articulés.
Ils passent et trépassent dans l'étonnement,
sans que je n'y fasse rien.

Théorie et expérience sont submergée.

Ma méditation est une motte sèche.
L'eau de la présence éveillée s'infuse en elle.
Elle se dilate, éponge immergée sous 
la surface miroitante.

Théorie, expérience, méditation :

autant de noeuds défaits par le faire liquide.
Il ne reste que l'eau nue, 
les restes déposés au fond,
pépites oubliées, laissées aux caprices de l'eau.
Le vide masse le vide.
L'espace caresse l'espace.
Le corps sent le corps.
Les invités ramassent les miettes,
algues réduites à mouvement total
en la transparence immaculée.

Oui, c'est un mouvement puissant,

mais absolument transparent.Rien à faire.
Laisser défaire, laisser se défaire,
laisser les tourbillons 
se faire en se défaisant,
en un seul et même geste muet.

Si je ne fais rien, 

il n'y a rien a faire.
Pourtant tout se fait.
Entre l'éveil et le sommeil,
l'épaisseur du néant.
Plus je regarde, moins il y a
à voir. 
Le regard plonge
et ne rencontre aucun obstacle.
L'aigle plane
et ne s’emmêle pas les plumes.
Le milan plane
et il ne laisse aucune trace.
Son regard ne vacille pas,
ne cherche rien, ne perd rien.
Il est pourtant vaste
et ne manque aucun détail.

Le flot surgit, libre.

Il passe, libre.
Il s'en va, libre.

Il n'y a plus rien d'ordinaire

quand je ne cherche plus rien que l'ordinaire.
Il n'y a plus d'étiquettes 
dans cette évanescence.
Plus le temps d'y mettre des signes,
quand tout fait signe vers l'immense.
Plus de penchants, plus de choix,
quand la source coule franchement.
Le surgissement des chose
coïncide avec leur effacement :
que ferai-je d'une "méditation" ?
Tout est translucide :
que ferais-je d'une théorie ?
Tout déborde :
que ferai-je d'une "expérience" ?


Quand l'objet s'écoule,

il coule dans le sujet.
Le sujet recoule dans l'étonnement,
l'étonnement plane en lui-même,
nu comme le ciel,
ferme comme un pic.
Quand je laisse faire,
les piges se défont,
quand l'eau est laissée sauvage,
de glace il n'est plus de cage.

(je laisse le reste aux grandes eaux)


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