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Rions un peu en attendant la fin du monde (12)

Publié le 16 avril 2020 par Powwow
J'aurais pas pensé. Je pense pas à tout. C'est que c'est le premier que j'écris après tout, c'est ma première autobiographie, il y en aura d'autres sûrement, mais pour la première je me dois de faire un effort particulier.  Pour les prochains on s'en fout je ferai comme tout le monde, je ferai du copier-coller dans d'autres bouquins ou sur Wikipédia, faut pas bouder la technique, aujourd'hui tu peux faire un bouquin en quelques clics avec le copier-coller, c'est une révolution quand même. C'est incroyable quand on y pense tout de même, de voir que le progrès a évolué dans ce domaine.  Je viens d'écrire "le progrès a évolué", tu te rends compte de la pertinence de cette assertion ou pas?  Tout ce qui concerne la culture a drôlement évolué au fil des années.  Quand j'étais enfant je me souviens, le mercredi après-midi maman faisait des crêpes, et on sortait le tourne-disques.  Non, maman ne faisait pas les crêpes sur le tourne-disques, et notez bien par ailleurs que si le Tepaz avait eu un plateau chauffant, c'eût pu alors être possible et hyper-fastoche d'y faire des crêpes.  On faisait tourner, on versait la quantité adéquate de pâte sur le plateau, on posait la raclette perpendiculairement au centre et ça te faisait ta crêpe tout seul. Je suis un inventeur dans l'âme. Un tourne-crêpes à deux vitesses, 33 tours pour les grosses galettes bretonnes et 45 tours pour les petites crêpes de la Chandeleur.  33 tours quand t'as le temps et que tu n'es pas pressé, 45 tours pour quand t'es à la bourre entre midi et deux heures. Mais remplacer la pointe diamantée par autre chose ma paraît impératif, car sinon quand ça tourne, dans le haut-parleur tu n'entends pas un son mélodieux mais un GLBLLRLBLLRBLRGLBR car la pâte à crêpes bourre toute la tête du tourne-disques, pardon, du tourne-crêpes.  Oui mais donc, le tourne-disques ne nous servait qu'à écouter de la musique.  Hugues Aufray et son petit âne gris, Tino Rossi et sa belle nuit de Noël.  Toute l'année on écoutait le belle nuit de Noël, en mangeant des crêpes à la confiture.  En fait il nous cassait les oreilles Tino Rossi, il nous a fait chier le Tino, et quand il est mort on a poussé un ouf de soulagement.  C'est d'ailleurs à la même époque, puisque je suis un inventeur dans l'âme, que j'inventai, un mercredi après-midi comme un autre, les bouchons d'oreille anti-Tino Rossi en crêpe à la confiture, pour nous soulager un peu. Puis vinrent les magnétophones à cassette.  Avec leurs aléas de lecture de cassette qui parfois te déroulaient entièrement une cassette quand un des deux petits entraîneurs tournants ne tournait plus, ou que l'un tournait plus vite que l'autre ; généralement c'était toujours celui qui dévidait la bande qui tournait plus vite, alors que celui qui enroulait avait du mou dans les genoux grave, et que tu te retrouvais alors avec une cassette et deux kilomètres de bande dehors, toute fripée et toute pliée et bourrée et coincée dans les têtes de lecture, bande que tu tirais pour la décoincer et que tu enroulais pour la énième fois avec un stylo bille, et que ta cassette finissait par être fripée du début à la fin et qu'à écouter ça faisait des modulations tout bizarre et que t'avais l'impression d'écouter de la musique comme si tu avais mangé de la drogue à midi à la cantine, ça préfigurait complètement la musique psychédélique en fait. Le temps a passé et l'on est aujourd'hui dans l'ère numérique. Avant il te fallait attendre de longs mois et économiser moults piécettes sonnantes et trébuchantes pour envisager d'acquérir le dernier album de ton artiste préféré, comme Carlos ou Patrick Topaloff.  Maintenant, on allume l'ordinateur, on clique sur un dispositif spécial qui ressemble à s'y méprendre à un petit rat, et en cinq minutes on a une médiathèque complète. C'est bien le numérique, mais c'est dur de s'y retrouver. Aujourd'hui en cinq minutes t'as une médiathèque, qui fait en plus GPS, et quand, sur ton ordinateur, tu te mets à écouter « Le Loir-et-Cher » de Michel Delpech, tu reçois un e-mail de l'office du tourisme du Loir-et-Cher et un SMS de Carrefour qui t'indique qu'il y a des promotions sur les pêches toute la journée. C'est bien le numérique, mais faut suivre. Ça va vite quand même. Tu veux télécharger le tout dernier album de ton artiste préféré qui vient de sortir, et quand t'as fini de le télécharger y a deux nouveaux albums et quatre nouveaux DVD qui sont sortis pendant que tu téléchargeais. C'est une révolution, et c'est pareil avec les livres, donc. Comme je le disais au début de ce chapitre. Que je termine tout de suite pour en commencer vite un autre, puisque mon éditeur m'a bien stipulé qu'il fallait faire des chapitres à mort pour aérer la structure en papier, si je me souviens bien. Mais je me rends compte à l'instant que je n'ai pas signalé qu'il y avait un nouveau chapitre, et je cherche le meilleur moyen d'attirer l'attention du lecteur à ce sujet. Du coup je pourrais stipuler que je commence un nouveau chapitre en affichant tout simplement:                  ATTENTION VOILÀ UN NOUVEAU CHAPITRE . C'est une piste à suivre.            ATTENTION VOILÀ UN NOUVEAU CHAPITRE Mon éditeur m'a appelé, il n'était pas content. Ça s 'entendait au son de sa voix qui n'était pas contente : -Tu te fiches du monde ! Tu ne vas pas faire un chapitre toutes les deux pages, d'où tu sors ça ? -Ben c'est toi qui me dit de faire des chapitres pour la structure en papier et puis après quand je fais des chapitres pour la structure en papier tu m'appelles pour m'engueuler que je fais des chapitres , ah ben dis-donc elle est bonne celle-là ! Tu me dis d'aérer, moi j'aère, je disperse, je ventile comme dirait Louis de Funès ! Ah ben t'es marrant toi comme type ! -Oui tu dois faire des chapitres, pour diviser ton livre en des parties bien distinctes. Quand tu fais une phrase, tu utilises la ponctuation pour couper ta phrase en morceaux, pour l'aérer, pour la rendre compréhensible non ? -Euuuhh...non je...suis comme tout le monde je n'utilise pas systématiquement la ponctuation parce que c'est pas obligé je vois pas d'où ce serait obligatoire de faire des phrases coupées si on a envie de découper les phrases on en fait plusieurs à la suite en tous cas je connais plein de types qui ne ponctuent jamais rien eh ben crois-moi ils ne s'en portent pas plus mal alors hein. -Tout le monde fait de la ponctuation, même sans s'en rendre compte, alors arrête tes conneries un peu ! -Je fais de la ponctuation si je veux c'est pas toi qui va m'obliger je suis plus un gamin t'as qu'à demander à maman. -Écoute, c'est pour t'aider que je dis ça, ton livre se doit d'être clair et facilement accessible si tu veux remporter l'adhésion auprès du plus grand nombre. -Ah bah oui d'accord alors ah oui, dit comme ça alors ah oui. J'ai raccroché. J'ai rien compris. À suivre... 

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