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[Critique] LE PRINCE DES MARÉES

Par Onrembobine @OnRembobinefr

[Critique] LE PRINCE DES MARÉES

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Titre original : The Prince of Tides

Note: ★★★½☆

Origine : États-Unis

Réalisateurs : Barbra Streisand, Cameron Crowe

Distribution: Nick Nolte, Barbra Streisand, Blythe Danner, Jeroen Krabbé, Kate Nelligan, Melinda Dillon, George Carlin…

Genre : Drame/Adaptation

Date de sortie : 26 Février 1992

Le Pitch :

Le couple de Tom Wingo bat de l’aile mais quand il apprend que sa sœur a tenté de se suicider. Il se rend alors à New-York pour aider le Docteur Lowenstein, sa psychologue, à comprendre les raisons de son geste. Ce faisant, il exhume des secrets de famille que lui-même avait souhaité refouler…

La Critique du Prince des Marées :

Barbra Streisand fut jadis une star. Une vraie. Pas de celles qui connaissent une gloire éphémère. Depuis ses débuts fracassants à l’écran dans Funny Girl ou Hello, Dolly!, en passant par sa carrière sur Broadway et ses albums vendus à des millions d’exemplaires, elle a non seulement joui d’une popularité digne d’Elvis Presley, Frank Sinatra ou Michael Jackson, mais elle obtint aussi la reconnaissance de la profession en décrochant rien moins qu’un Oscar, un Tony, un Emmy, un Grammy, un Golden Globe ainsi que le Lifetime achievement honor de l’American Film Institute. Car au-delà des ses capacités vocales, Barbra Streisand est une femme de tête, une femme de pouvoir dans cette industrie machiste qu’était (est encore? je vous laisse juger) alors Hollywood. En devenant la première femme à porter la triple casquette de productrice-réalisatrice-actrice du cinéma américain sur Yentl, et au vu de l’engouement pour le film, les seules nominations aux Oscars dans des catégories évidentes telles que meilleure musique, meilleure chanson, sonneront comme des représailles sexistes, là où les Golden Globes avaient « osé » la nommer parmi les meilleurs réalisateurs.

Il faudra attendre 1991 pour découvrir la seconde réalisation de Barbra, Le Prince des Marées.

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7 ans de réflexion

Barbra Streisand n’a pas cherché à repasser derrière la caméra après Yentl, préférant attendre le projet personnel pour lequel elle serait prête à tout donner plutôt que de se risquer à un simple coup d’épée dans l’eau. Tiré du roman éponyme écrit par Pat Conroy en 1986, c’est Robert Redford qui s’intéresse le premier au projet avant de s’en aller réaliser Et au milieu coule une rivière. C’est Don Johnson, alors concubin de Madame Streisand, qui lui parle du livre: elle se voit bien le réaliser et il se voit bien dans le rôle oscarisable de Tom Wingo. Hélas, la production d’un film étant plus longue que beaucoup de mariages de stars, c’est à Nick Nolte qu’ira ce rôle en or sur le papier, après que Kevin Costner jette l’éponge pour incompatibilité de calendrier.

Si « adapter, c’est trahir », on n’est jamais mieux trahi que par soi-même et c’est Conroy qui co-signe le scénario, tout du moins la première version, qui sera ré-écrit ensuite sous la supervision de Barbra Streisand par Becky Johnston, qui s’y connaît en diva puisqu’elle avait déjà servi la soupe à Prince en écrivant Under the Cherry Moon pour l’ex-futur-Love Symbol.

Car à la vision de ce Prince des Marées, on peut se demander si Streisand s’est réellement mise au service de l’histoire, ou si l’inverse est arrivé.

Avec des psys, on mettrait New-York en bouteille

Tom Wingo est un ancien prof de littérature et coach sportif ayant toujours vécu en Caroline du Sud. Le film débute sur une très jolie séquence en flash-back qui montre la complicité de Tom, son frère Luke et leur soeur Savannah lorsqu’ils étaient enfants. La voix off de Tom laisse déjà présager que sous la nostalgie douce-amère se cache en fait un secret de famille qui gangrènera par la suite la vie de la fratrie. Un soupçon illustré à l’écran par ces images d’eau paisible dans les marées autour de la maison, et qui font d’ailleurs partie intégrante du titre.

Dès la scène suivante, la mère de Tom lui apprend que Savannah, vivant à New-York a tenté de se suicider. Il se rend dans la Grande Pomme afin de rencontrer la psychiatre Suzanne Lowenstein, afin de l’aider à comprendre les raisons qui ont poussé sa sœur à vouloir mettre fin à ses jours.

Tom Wingo n’est clairement pas à sa place dans cet environnement urbain – il apparaît engoncé dans son taxi jaune, à l’arrêt dans les bouchons interminables de rues sans éternellement ombragées par les hauts bâtiments ; sans parler du brouhaha ambiant qui contraste avec le calme de la campagne ou il vit.

La première entrevue de Tom avec le docteur Lowenstein laisse augurer du meilleur, les deux acteurs campant parfaitement leur rôle. Certes, Nolte joue le bon gars qui tente de dissimuler ses blessures derrière un caractère rustre et Streisand, la psy un brin trop compatissante pour être crédible, mais après tout, il s’agit de cinéma, pas d’un documentaire et on n’attend qu’une chose : que leurs échanges continuent pendant deux heures pour découvrir le secret de famille qui pèse tant à Savannah.

Changement de cap…rice de star

La mise en bouche de ces premières scènes faisant miroiter une double-étude psychologique (demander au frère de revisiter un passé commun douloureux pour aider sa sœur à se remettre) tourne hélas court, car on comprend très vite que le film va faire un large détour par une romance entre Lowenstein et Tom. Une romance peu crédible pour deux raisons: tout d’abord, une psychiatre aussi réputée et chevronnée que celle du film, très « bobo » qui plus est, ne succomberait pas forcément si vite au charme rugueux d’un tel campagnard. Ensuite, même si leurs mariages respectifs sont au plus mal, on peut imaginer que savoir sa sœur au seuil de la mort pourrait ôter à Tom l’envie de batifoler.

Néanmoins, comme nous ne sommes pas chez Aronofsky, on accepte finalement que le film nous emmène sur le chemin balisé de la comédie romantique. Car si on pouvait de prime abord imaginer que le Docteur Lowenstein ne serait qu’un second rôle pour Streisand-actrice, son alter-ego Streisand-réalisatrice ne résiste pas à la tentation de la mettre au centre de l’histoire. C’est d’autant plus dommage que voir la réalisatrice incarner la psychiatre dans le film lui permettait en quelque sorte de diriger Nick Nolte de l’intérieur, comme si elle nous invitait à suivre avec elle le processus d’écriture du personnage. Jamais ce concept d’écriture et de mise en scène ne semble avoir été envisagé, et à partir du moment où Lowenstein devient un caractère romantique plutôt qu’une oracle, le film juxtapose deux arcs narratifs qui se recouperont de façon artificielle : d’un côté, le drame familiale en flash-back et de l’autre, le mélo.

C’est l’implacable théorie des vases communicants: si un côté se remplit, l’autre se vide. En augmentant le temps de présence à l’écran et en donnant plus d’importance au personnage de Lowenstein, c’est toute une sous-intrigue du roman qui se voit exclue du scénario, à savoir les circonstances du décès du frère Luke, dont la présence est ici réduite au flash-back de l’enfance.

Barbra Streisand tire clairement la couverture à elle, quand elle ne sombre pas simplement dans le népotisme en offrant le rôle de son fils à son vrai fils dans la vie, Jason Gould.

Savannah adulte n’apparaît pas non plus plus de deux minutes à l’écran : lorsque Tom lui rend visite dans sa chambre d’hôpital au début (elle est alors inconsciente) puis vers la fin pour quelques échanges avec son frère lorsqu’elle semble débarrassée de ses pulsions suicidaires. Entre les deux, tout juste apprend-on au détour d’une conversation avec Lowenstein, qu’elle la voit en consultation et qu’elle « va mieux ». Pourquoi ne pas avoir plutôt tenté des séances de thérapie familiale entre le frère et la sœur?

La morale est sauve…qui peut

Au lieu de ça, Tom passe ses journées à apprendre au fils de Lowenstein à jouer au foot dans Central Park. Bien sûr, l’adolescent souffre lui-même de problèmes relationnels avec sa psy de mère et son musicien de père, des problèmes que Lowenstein ne parvient pas à régler. Car c’est bien connu: « ce sont les cordonniers les plus mal chaussés ». C’est Tom, le « bon gars » de la middle-class qui va ré-injecter un peu de bonheur dans la vie de ces pauvres gens riches.

Lowenstein fait vite comprendre à Tom que son mari Herbert, un violoniste célèbre, est un vilain snob. Une scène de dîner mondain auquel ce dernier invite Tom dans l’unique but de l’humilier face à ses convives, se montre manichéenne jusqu’au grotesque, pour finir avec le « plouc » qui donne une leçon de vie à l’ « intellectuel ». Maladresse du mélo ou condescendance pure ? Nous ne trancherons pas.

À ce stade, le scénario a déjà révélé l’effroyable souvenir qui a poussé Savannah au suicide (et que nous ne dévoilerons pas ici). Bien sur, il ne s’agit pas tout à fait de ce que l’on pouvait imaginer au départ, et les faits, sinon de faire passer les gens du sud pour des sauvages dégénérés, tendent à faire passer les parents Wingo pour moins coupables qu’ils n’y paraissaient. Une scène étonnante car assez incompréhensible montre Tom et ses trois filles pêcher avec son redneck de père Henry (Brad Sullivan) comme s’il s’agissait du grand-père le plus chaleureux qui soit, après qu’on ait vu des flash-back où la violence au sein du foyer réchauffait l’atmosphère d’une toute autre façon…

Loin de conclure son film après que Tom ait enfin réussi à sortir ce qu’il avait sur le cœur et pleuré son soûl, Streisand repart pour un troisième acte quasiment hors-sujet où Lowenstein et Tom vivent enfin leur amour. Après tout, pourquoi pas: Tom a appris que sa femme voulait le quitter pour un autre; Lowenstein ne peut plus supporter l’horrible Herbert. Sauf qu’un ultime twist renvoie in extremis Tom dans les bras de sa femme. Car oui, le pardon, c’est ce qu’il y a de plus beau. Et que Lowenstein/Streisand lui offre en plus sa bénédiction achève de faire du Prince des Marées une œuvre bien trop complaisante pour convaincre pleinement.

En Bref…

On l’a peut-être oublié aujourd’hui, mais Barbra Streisand fut dans les années 70 et 80 une des personnalités les plus importantes du show business. Mais le pouvoir et l’influence ne sont pas synonymes de réussite artistique et Le Prince des Marées est un film objectivement maladroit et trop dispersé dans son écriture. Pourtant, il reste tout aussi objectivement plaisant avec son sujet sujet parfaitement calibré pour les Oscars. Le film recevra sept nominations, dont celle du Meilleur Film…mais pas du Meilleur Réalisateur, ce qui poussera Billy Crystal à se demander lors de la cérémonie des Oscars qu’il présenta cette année si « ce film s’était réalisé tout seul ? ». La véritable question serait de savoir si cet aimable mélo devait vraiment figurer dans la liste des meilleurs films de l’année 1992.

@ Jérôme Muslewski

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