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Middlemarch

Publié le 16 septembre 2020 par Pralinerie @Pralinerie

Voilà des années que je compte m'atteler à ce gros pavé de George Eliot. Débuté à la fin du mois anglais, je le termine maintenant. J'étais pourtant optimiste, bien accrochée aux premiers chapitres et puis, petit coup de mou au milieu et lassitude avant de le reprendre.

Middlemarch

Bienvenue à Middlemarch, charmante bourgade anglaise au début du XIXe siècle. Attention, c'est petit, on papote, on se regarde, on sait si on est du même monde ou pas.

Au cœur de notre roman, des femmes diverses, plus ou moins indépendantes - à la façon de l'époque - mais toujours considérées comme mineures par les hommes : Dorothea, une charmante et riche jeune femme, pure, spirituelle voire mystique et éprise de savoir ;

"Il fallait à son essor une satisfaction sans limite, un objet dont elle ne se lasserait jamais, capable de réconcilier le désespoir de soi-même avec le sentiment délicieux d'une vie en dehors de soi"

Rosamond, charmante aussi mais consciente de ses charmes et assez superficielle ; Mary, moins jolie mais terriblement douce, bonne et dévouée ; Célia, la soeur de Dorothea, douce et bonne, soumise à son mari.

Côté beaux gosses, il y a Lygate, médecin moderne, qui cherche à se faire une clientèle et à épouser une femme modèle ; Fred, le fan de chevaux, qui se rêve héritier et se met tant bien que mal au boulot ; Chettam, qui se console de la perte d'une sœur avec l'autre ; Ladislaw, artiste et intelligent, un peu fat, mais sans le sou et de naissance douteuse. Et d'autres hommes un peu moins sympathiques tels que le vieux Casaubon dont s'entiche Dorothea, séduite par ses discussions élevées. Ou moins sexy tel Camden, le bon père, sérieux, compétent et aimé de tous.

Et le pitch ? Histoires de mariages, bien sûr avec leurs désillusions, les caractères qui se dévoilent dans l'intimité et les ragots des voisins. Mais pas seulement ! Il y a aussi des intrigues politiques et financières dans une société à la fois en pleine évolution et fortement arc-boutée sur ses traditions. Histoires d'héritage, de malversations financières ou d'élections, ce ne sont pas celles qui m'ont le plus intéressée. Je les ai trouvé parfois embrouillées ou trop denses. Par contre, il est remarquable de lire les caractères des uns et des autres (surtout des unes en fait, avec une belle attention aux personnages féminins), et la façon dont ils se dévoilent dans des moments de crise. Ce qui rend aussi ce livre agréable, ce sont les apartés et commentaires de l'auteure, qui n'hésite pas à se moquer finement de ses personnages, des différences homme/femme ou de la vie de province.

Middlemarch
"L'esprit d'un homme, quel qu'il soit, a toujours cet avantage sur celui d'une femme qu'il est du genre masculin, comme le plus petit bouleau est d'une espèce supérieure au palmier le plus élevé, et son ignorance même est de plus haute qualité"
"Si l'auteur d'une Clef de toutes les mythologies était trop disposé à ne considérer les autres qu'au point de vue de sa convenance personnelle et comme providentiellement créés à son usage, n'oublions pas que ce trait de caractère ne nous est pas tout à fait étranger, et qu'il réclame comme toutes les autres espérances trompeuses des mortels, un peu de notre pitié"
"Un matin, quelques semaines après son retour à Lowick, Dorothée... mais pourquoi toujours Dorothée ? N'y avait-il donc, dans ce ménage, que son seul point de vue à considérer ? Pourquoi réserverions-nous tout notre intérêt, toute notre faculté de compréhension, aux jeunes créatures qui conservent un air florissant au milieu de leurs chagrins ? car celles-ci aussi se faneront et connaîtront les soucis usants et les souffrances d'un âge plus avancé, dont nous les encourageons à ne pas se préoccuper. En dépit de ses yeux clignotants, des loupes blanches que lui reprochait Célia, et de l'absence de rondeurs musculaires qui contristait sir James, M. Casaubon avait au cœur un foyer de sentiments intenses, une soif intellectuelle aussi insatiable que les appétits du reste des humains. Il n'avait, en se mariant, rien fait d'exceptionnel, rien que ce que la société sanctionne et considère comme une occasion de fleurs et de banquets. Il avait trouvé un beau jour qu'il n'y avait plus à différer dans ses intentions matrimoniales, et il s'était dit qu'en prenant femme, un homme bien posé devait désirer et choisir avec soin une jeune lady florissante - la plus jeune serait le mieux, parce qu'elle serait alors plus éducable et plus soumise, - d'un rang égal au sien, ayant des principes religieux, d'honnêtes penchants et l'intelligence saine. À une telle jeune fille, il ne manquerait pas d'assurer de beaux revenus, et ne négligerait aucun soin pour son bonheur ; en retour, il recevrait d'elle les joies de la famille et laisserait derrière lui cette copie de lui-même que les faiseurs de sonnets du xvie siècle semblaient réclamer de tout homme avec tant d'insistance. Les temps étaient changés, et nul faiseur de sonnets n'avait insisté auprès de M. Casaubon, pour qu'il laissât au monde une copie de lui-même ; d'ailleurs, il n'était pas encore venu à bout de la copie de sa clef des mythologies ; mais il avait toujours eu l'intention de se mettre en règle avec la nature par le mariage ; et avec le sentiment de sa solitude, l'impression que les années fuyaient rapidement derrière lui, que le monde devenait plus obscur, était pour lui une raison de ne pas perdre plus de temps à se donner ces joies domestiques, avant que les années ne l'en privassent pour toujours [...] La société n'a jamais eu l'absurdité d'exiger qu'un homme se préoccupe autant des facultés qu'il possède pour rendre heureuse une charmante jeune fille, que des facultés de cette jeune fille pour le rendre heureux lui-même. Comme si un homme n'avait pas assez à faire de choisir sa femme, mais devait encore choisir le mari de sa femme ! Ou, comme s'il était tenu de se préoccuper, en sa propre personne, des grâces qu'il transmettra à sa postérité ! Quand Dorothée l'accepta avec effusion, M. Casaubon trouva la chose toute naturelle, et crut que son bonheur allait commencer"
"Quand les animaux entrèrent dans l'arche par paires, on peut s'imaginer que les espèces les plus rapprochées se regardèrent d'assez mauvais œil, en songeant que, sur une unique provision de fourrage, cela faisait vraiment trop de corps à nourrir. Des réflexions du même genre s'imposèrent aux carnivores chrétiens qui formaient le cortège mortuaire de Pierre Featherstone, guettant tous la même provision limitée dont chacun espérait la plus grosse part. Les plus proches parents par le sang, et les parents par alliance formaient déjà un nombre considérable qui, multiplié par les possibilités, offrait un vaste champ aux conjectures jalouses et aux espérances passionnées"

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