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[Critique] CAPONE

Par Onrembobine @OnRembobinefr
[Critique] CAPONE

Titre original : Capone

Note:

★
½
☆
☆
☆

Origine : États-Unis

Réalisateur : Josh Trank

Distribution : Tom Hardy, Linda Cardellini, Matt Dillon, Al Sapienza, Kathrine Narducci, Noël Fisher, Mason Guccione…

Genre : Drame

Durée : 1h45

Date de sortie : 15 octobre 2020 (DTV)

Le Pitch :

Assigné à résidence, dans sa luxueuse propriété de Miami, après 10 années derrière les barreaux, le légendaire mafieux Al Capone succombe peu à peu à un mal vorace. Un homme amoindri mais dangereux, qui fait toujours l’objet d’une surveillance étroite du FBI. Et pour cause : l’ancien parrain de la pègre de Chicago aurait caché un énorme butin dans un endroit connu de lui seul…

La Critique de Capone :

Remarqué grâce à son Chronicle, l’un des meilleurs found footage sortis ces 20 dernières années, Josh Trank a fait l’objet d’espoirs démesurés. Espoirs vite douchés quand il fut dépossédé de sa version des Quatre Fantastiques et que son nom, autrefois associé à un spin-off de Star Wars, fut surtout synonyme de rendez-vous manqué. Trank qui revient aujourd’hui avec un projet plus modeste (quoi que), qu’il a également écrit, soit le récit des dernières années de la vie du célèbre Al Capone.

Capone

Scarfoisse

Un réalisateur manifestement compétent et libre de ses mouvements à la mise en scène et à l’écriture et un acteur surdoué au premier plan. Tom Hardy est Al Capone ! Voilà qui a de la gueule ! Si on se souvient encore de la prestation bigger than life de Robert De Niro dans l’excellent Les Incorruptibles de Brian De Palma, force est de reconnaître que la perspective de voir Hardy s’emparer du mythique personnage avait de quoi donner naissance aux plus folles espérances. Mais non… Encore une fois pour Josh Trank, malheureusement, c’est raté. Le pire étant que passé les premières minutes, qui intriguent plus qu’elles n’intéressent, il est difficile de ne pas le condamner à plus forte raison pour avoir choisi de raconter Capone de cette façon, sans une once de légèreté ou de nuance.

Cigares et carottes

La question mérite d’être posée : pourquoi Josh Trank a-t-il absolument voulu se concentrer sur les dernières années de la vie de Capone ? Pour pouvoir donner à Tom Hardy l’opportunité de se grimer comme un zombie qu’on croirait sorti du film Le Jour des Morts-vivants de George A. Romero ?Non parce qu’on a franchement du mal à comprendre. Alors qu’il aurait été peut-être moins original mais probablement nettement plus efficace de donner dans le biopic classique, et ainsi raconter comment Capone est devenu Capone, de relater son ascension et sa chute, Trank a préféré nous imposer un film interminable (il dure pourtant moins de 2 heures) centré sur un vieux gangster rongé par la maladie. Un vieillard de même pas 50 ans, qui passe son temps à grommeler, à halluciner et, tenez-vous bien, à se chier dessus. On comprend dans un sens que Trank n’a pas voulu édulcorer les derniers moments de son personnage, mais pourquoi nous imposer cette scène durant laquelle, interrogé par le FBI, assisté de son avocat, Capone, en guise de réponses aux questions qu’on lui pose, lâche une succession de pets foireux ? Pourquoi cette autre scène durant laquelle Linda Cardellini, qui joue sa femme Mae, se jette hors du lit quand elle comprend que son mari vient de lâcher les vannes, condamnant du même coup les draps, la couverture, le matelas, le sommier et même probablement les oreillers ?

Mafia blues

Et pourquoi, s’il voulait absolument raconter les ultimes jours de Capone, multiplier ces séquences de rêveries assez nébuleuses, dans lesquelles l’ex-chef de la pègre revit quelques-uns des moments les plus mémorables de son existence ? La scène du bal, elle sert à quoi ? Un passage qu’on croirait presque sorti du Bronson de Nicolas Winding-Refn, si ce n’est qu’ici, Tom Hardy semble complètement paumé, prisonnier d’un rôle qu’il ne parvient à faire exister que dans l’outrance. Parce qu’au fond, si Capone est mauvais, car il l’est clairement, ce n’est pas uniquement de la faute de son réalisateur. C’est aussi celle de son acteur principal. Tom Hardy, qu’on a connu autrement plus inspiré, ne trouve ici jamais le ton juste. Mal grimé, comme s’il avait voulu se déguiser en Al Capone pour Halloween mais avait clairement foiré ses effets, condamné à réciter d’une voix rauque forcée des dialogues inintéressants, il en fait tellement des caisses qu’il ne parvient jamais à s’effacer derrière le personnage. En route vers les Razzie Awards, pied au plancher, Hardy n’épargne rien à Al Capone, contribuant au fait que sans cesse le film s’enfonce dans le ridicule et que chaque tentative pour semer le trouble, faire percer l’émotion ou illustrer des thématiques relatives à une forme de rédemption (ou pas on ne sait pas trop où tout ce bordel veut en venir), se solde par un cuisant échec.

Il y a cependant ce court passage où le vieux Capone se regarde dans la glace et voit celui qu’il était des années plus tôt, quand Chicago tremblait à la simple évocation de son nom. On découvre alors furtivement le Capone qu’aurait pu camper Tom Hardy. Un Capone autrement plus impressionnant que cet homme qui, sous nos yeux, 105 longues minutes durant, pourrit littéralement sur pieds sans cesser de se vautrer dans un ridicule aussi pathétique que gênant. Et ce n’est pas la mise en scène, aux fraises elle aussi, qui arrange les choses…

En Bref…

Capone aurait pu s’imposer telle une grande fresque mafieuse. Mais non… Peut-être effrayé à l’idée de se frotter au Capone tel qu’on se le représente, Josh Trank préfère le raconter alors qu’il s’apprête à tirer sa révérence, en forçant au maximum le trait, bien « aidé » par son acteur principal, enchaînant ainsi les scènes qui alimentent un malaise croissant, jusqu’à la fin, qui pour le coup, soulage autant qu’elle indiffère.

@ Gilles Rolland

Capone-Tom-Hardy
Crédits photos : Metropolitan Filmexport critique drame Josh Trank Kathrine Narducci Linda Cardellini Matt Dillon

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