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Danser Sa Survie

Publié le 30 octobre 2020 par Hunterjones
Danser Sa Survie
 Mardine Pascaline et ses amies chantaient si bien ensemble, en trio, qu'elles avaient pensé un temps se partir un band de filles. Trois voix, celles de Guenièvre Padoreye, Annie-Croche Pascalentan et Mardine Pascaline.  Elles s'étaient connues au secondaire comme voisines de casiers, classés en ordre alphabétique. Elle auraient été les Fifth Harmony du Québec. Mais à trois, pas à 5. Et tentant de vendre la musique pas leurs corps. 

Mais G.Padoreye avait choisi d'accepter un emploi en pharmacie. Son champs d'études. Et A.C.Pascalentan était devenue technicienne en environnement. Son champs d'études aussi. Le champs d'études de Mardine restait plus vague. Études Françaises. Et sa passion du chant ne dérougissait pas. Dans sa douche, sa cuisine, partout, elle se faisait aller les cordes vocales. Et ce n'était pas son job clérical à la maison d'éditions qui allaient représenter le reste de sa vie. Elle voulait être reconnue comme chanteuse. Et elle irait, toute seule, à La Voix. Aux auditions.  Ce serait sa quatrième fois. Deux fois avec Guenièvre et Annie-Croche. Avec le but avoué de peut-être se réunir, si choisies, comme trio, comme Bananarama, formation dont leurs mères leur avait parlé. Ce qui leur avait donné l'idée de se nommer, si un jour elles étaient un trio de chanteuses, Mangorama. 

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Un échec assuré. 

G. & Annie-C l'avaient compris. Et elles ne s'étaient pas présenté aux deux dernières auditons, avec Mardine. Celle-ci y avait été deux fois seule et les deux fois, elle y avait cru. Maintenant, à 26 ans, elle allait vraiment tout donner. Elle refuserait un potentiel refus en pré-audition. Elle voulait se rendre jusqu'au gendre de René Angélil, jusqu'au chanteur pour madames, jusqu'à la belle jeune chanteuse et le rockeur paumé. Elle voulait au moins la visibilité de la télé. Ne tournez pas vos chaises, mais si à la maison quelqu'un est séduit, au moins ça, ça pourrait suffire. Lui ouvrir des portes. 

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Le jour de la pré-audition, Mardine avait choisi de chanter Fake Plastic Tree de Radiohead. Ses deux amies avaient fondu en larmes à l'entendre la chanter. Elle ne pouvait que charmer les gens de la pré-audition.

Et pourtant, non. Après la chanson, convaincue d'avoir marqué partout elle le devait, on lui avait signalé mollement qu'on la rappellerait peut-être. Ce qui voulait aussi dire "peut-être pas". Ce qu'elle compris tout de suite. C'est aussi comme ça qu'elle était tombée dans le néant le deux fois d'avant.  On ne faisait même pas d'essai télé. Elle savait qu'une pré-sélection impliquait un essai camér. Ça ne marcherait pas comme ça. Elle refusait le refus. 

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"J'espère que ce n'est pas parce que j'ai l'air de la fille d'à côté. La girl next door, ça pogne aussi. Demi Lovato c'est une girl next door.  Marie Pierre Arthur aussi...."

"La beauté ça peut se bricoler dans une salle de maquillage" dira une pré-sélectionneuse, sans conviction, mais donnant tout de même une explication confirmant qu'ils n'avaient pas été épatés de sa performance. Mardine, empreinte à un désespoir creusant un trou dans sa poitrine déjà vidée d'air d'avoir chanté, commença spontanément à danser. Et à ne pas cesser de danser. Sur une absence de musique. Ce qui rendait le moment...pathétique.

Quand on l'a sortie, de force, elle avait des larmes au yeux, et dansait encore une sorte de rigodon. Leur proposant un corps à vendre si ils ne voulaient pas de sa musique. 

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Danser Sa Survie
Martine est comme bien des gens actuellement, en télétravail. Il y a quelques avantages mais les inconvénients sont beaucoup plus présents. Et lourds. Quand les problèmes de connexion au bureau à distance ou quand Teams et Outlook ralentissent et plantent tout simplement, le technicien n'est plus à un cubicule près pour dépanner. Il est désormais assez facile de perdre plus de trois heures, paralysé par un pépin informatique. Les techniciens pouvaient rétablir une confiance assez vite et vous faire travailler sur le sens du monde.Danser Sa Survie

Mais le monde est à l'envers en raison du monstre invisible qu'est la Covid. La disponibilité au travail est devenue une frontière nébuleuse. Il n'est pas rare de recevoir des appels, des textos, des notifications liés au travail passé 21H. Territoire proscrit il y a 8 mois. Elle qui commençait ses journées à 7h le matin et qui les terminaient déjà entre 18 et 19, voit maintenant ses heures, déjà exagérées, étirer leurs muscles. La charge mentale de Martine est devenue si louuuuuuuuuuuuuurde.

Peut-être pourrait-elle faire de l'exercice se disait-elle. Ne serais-ce que pour se garder un équilibre mental et physique. De son bureau improvisé à domicile, elle voyait le regroupement de gens du Gym de son secteur, le Gym à Pauline, dehors, tentant de se réchauffer, et manifestant contre le nouveau 28 jours de fermeture des gyms décrété par le gouvernement Québécois. Ils étaient masqués. Distanciés aussi. Buvant café et se frottant les mains. Voulant attirer l'attention sur leur possible extinction. 

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Après quelques heures comme ça, en groupe, dehors, ils se sont mis à chanter. "haut les mains! Haut les mains! haut les mains! donnes-moi ton gym, donne-moi, donne-moi ton gym, donne-la moi". Il y avait du cynisme à la pelle. En milieu d'après-midi, Martine resta surprise de les voir danser dans un cours d'aérobie improvisé. Bonne idée. Ils se réchauffaient ainsi. Et faisaient profiter de certains talents du gym, au repos forcé. `

Puis, vers la fin de la journée, ils étaient moins, mais ils étaient tout aussi étonnants. Ils étaient tous couchés au sol, sur le ciment du stationnement du gym, et c'est un cours de yoga, de relaxation qu'on improvisait maintenant.  

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On avait dansé, on avait yogé, mais on ne savait pas, à moyen terme, si on allait subsister.

Il y avait quelque chose de pathétique dans leur aérobie d'après-midi.

Quelque chose des joueurs de violons du Titanic. Qui continuaient de jouer sachant le bateau en train de couler. 

Danser Sa Survie
Pour mourir dans la gaieté. 

Mardine avait fait une danse de pitié.

Martine avait été témoin d'une danse de vulnérabilité.

Le pathétisme s'était, ce jour là, rythmé. 


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