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Nicanor Parra – Interrogations à l’heure du thé

Par Stéphane Chabrières @schabrieres

Nicanor Parra – Interrogations à l’heure du théCet homme livide ressemble
À un personnage d’un musée de cire ;
Il regarde à travers les voilages déchirés :
Qu’est-ce qui compte le plus, l’or ou la beauté ?
Le ruisseau qui court
Ou le chiendent sur la berge ?
Au loin on entend une cloche
Qui ouvre une blessure de plus, ou qui la referme :
Qu’est-ce qui est le plus réel, l’eau de la fontaine
Ou la jeune fille qui s’y regarde ?
Personne ne sait, les gens passent leur temps
À construire des châteaux sur le sable :
Qu’est-ce qui est supérieur, le verre transparent
Ou la main de l’homme qui l’a créé ?
L’atmosphère qu’on respire est fatiguée
De cendre, de fumée, de tristesse :
Ce qu’on a vu une fois, on ne le revoit plus
De la même façon, disent les feuilles mortes.
L’heure du thé, tartines, margarine,
Le tout enveloppé dans une espèce de brume.

*

Preguntas a la hora del té

Este señor desvaído parece
una figura de un museo de cera;
mira a través de los visillos rotos:
qué vale más, ¿el oro o la belleza?
¿Vale más el arroyo que se mueve
o la chépica fija a la ribera?
A lo lejos se oye una campana
que abre una herida más, o que la cierra:
¿Es más real el agua de la fuente
o la muchacha que se mira en ella?
No se sabe, la gente se lo pasa
construyendo castillos en la arena.
¿Es superior el vaso transparente
a la mano del hombre que lo crea?
Se respira una atmósfera cansada
de ceniza, de humo, de tristeza:
lo que se vio una vez ya no se vuelve
a ver igual, dicen las hojas secas.
Hora del té, tostadas, margarina,
todo envuelto en una especie de niebla.

***

Nicanor Parra (1914-2018) – Poemas y antipoemas (Nascimento, 1954) – Poèmes et antipoèmes (Maison Rose, 2017) – Traduit de l’espagnol (Chili) par Asenat Z. et Mickaël André.


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