Magazine Culture

[REVUE DE PRESSE] En studio avec John Lennon

Publié le 08 avril 2021 par Ludovic Danteny @yellowsubnet

Avec Yoko Ono, John Lennon a créé quelques-uns des albums les plus marquants des années 70, comme Plastic Ono Band.?photo Iain Macmillan

Un coffret sur le premier album solo de John Lennon, "Plastic Ono Band", va bientôt sortir. Son exhaustivité nous fait l'effet d'être en studio avec lui.
Nous sommes le 10 décembre 1970. Il y a encore quelques mois, John Lennon était membre du groupe le plus emblématique des années 60 : les Beatles.

Avec Paul McCartney, George Harrison et Ringo Starr, il a fait naître une révolution musicale et sociétale dont les échos se font encore ressentir, cinq décennies plus tard.

Mais voilà, au début de cette nouvelle décennie, les Beatles sont enterrés. À l'époque, on ne le sait pas encore, mais cette séparation est définitive. Pour des millions de fans, c'est la consternation, d'autant que le divorce des Fab Four ne se fait pas à l'amiable. Pour toute une génération, il faut désormais s'habituer à écouter quatre artistes en solo, et non plus en groupe.

"Notre but était de mettre la voix de John Lennon au centre de la musique"

SIMON HILTON (Producteur)

En ce jour de décembre, John Lennon publie son premier album solo de rock, Plastic Ono Band, enregistré en communion totale avec sa femme et son alter ego artistique, Yoko Ono.

Le disque fait l'effet d'un séisme. Dès les premières secondes du titre d'ouverture, Mother, Lennon se met à nu, comme aucun autre chanteur pop auparavant. On a définitivement changé d'époque. Finies les bluettes pop des Beatles qui, quelques années seulement auparavant, voulaient prendre leurs fans par la main.

Maintenant, c'est du sérieux. On y parle d'abandon et de traumatismes d'enfance (Mother, donc), d'une société qui opprime les plus pauvres (Working Class hero), d'amour avec un grand A (Love), et même de... Dieu (God).

Devant une telle ambition, les critiques comme le public ne savent pas trop comment réagir.
Certains l'accusent d'égocentrisme ou de pessimisme excessif. D'autres applaudissent sans réserve cette transformation artistique. L'album se vend très bien, mais pas autant que le suivant, Imagine, numéro 1 partout.

Cinquante ans plus tard, il n'y a plus aucun doute : Plastic Ono Band est bien LE chef-d'œuvre de Lennon, et peut-être même le meilleur album solo d'un ex-Beatles. Cela paraît encore plus éclatant lorsque l'on parcourt le très copieux coffret consacré à l'album : six CD et deux blu-ray qui rassemblent une masse considérable de musique inédite, et qui donne carrément l'impression d'être invité en studio au côté de John Lennon et de son groupe prestigieux (il y a quand même Ringo Starr à la batterie !).

Plusieurs ingénieurs du son se sont penchés sur le disque pour lui donner une seconde jeunesse, même si le son d'origine reste insurpassable. Le producteur britannique Simon Hilton révèle que " tout le coffret a été supervisé par Yoko Ono ". Il précise également que " notre but était de mettre la voix de John Lennon au centre de la musique ". Mission accomplie : le chant à la fois mélodique, angoissé et colérique de l'auteur de Help nous saute aux oreilles, comme jamais auparavant.

Le fan peut suivre, pas à pas, l'évolution des chansons : de la modeste démo captée à la maison, jusqu'à la version définitive. C'est une occasion unique pour découvrir les premières tentatives d'enregistrement de quelques-unes de ses singles les plus célèbres, comme Give Peace a chance ou Instant Karma. Petit à petit, la forme s'affine : aux guitares acoustiques se superposent les instruments électriques, le piano et la batterie jusqu'à trouver l'alchimie parfaite.

L'écoute attentive de toutes ces sessions inédites prouve une chose : malgré ses doutes, John Lennon savait où il allait. Paul Hicks, autre ingénieur du son associé à la réédition, explique : " Certaines versions sont plus lentes, un peu différentes, mais la structure des chansons est là ". Certaines prises alternatives réservent tout de même de belles surprises, comme cette version cathartique et bruitiste de Well, well well, totalement brute, ou une interprétation très rock'n'roll de I Found out.

Une plongée intimiste dans la copieuse discographie des Beatles

Mais il y en a d'autres. " J'ai écouté jusqu'à l'obsession tous les différents mixages des chansons, et j'ai trouvé une version de God qui est très intense. Mais la plus belle trouvaille, c'est la toute première démo d'Instant Karma. On sent qu'il est épuisé, mais il la chante parfaitement. Il y a aussi une ébauche de Give peace a chance qui est aussi une vraie trouvaille. Ce qui m'a impressionné, c'est également la performance de Ringo Starr à la batterie. Il donnait son meilleur à chaque fois ", décrit le troisième producteur en charge du coffret, Rob Stevens.

Et c'est loin d'être tout. Les admirateurs les plus forcenés pourront découvrir également des improvisations enjouées sur des classiques des années 50, comme Send me some lovin' ou Johnny B. Goode, de Chuck Berry. Un précurseur du fameux album de reprises Rock'n'roll, sorti en 1975. Au programme également : quelques titres chantés par Yoko Ono. Ils ne seront pas du goût de tout le monde, certes, mais ils restent impressionnants, car ils semblent tout droit sortis d'une fièvre créatrice incontrôlable. Il faudra, un jour, se pencher sans préjugés, sur sa carrière musicale fertile.

On ressort exténués d'une telle aventure qui reste tout à fait unique sur le marché plutôt encombré des rééditions musicales. Avec cent cinquante-neuf titres différents et onze heures d'écoute, ce coffret exhaustif nous donne tout ce que l'on doit savoir sur Plastic Ono Band. Inutile de préciser qu'un tel objet, par son ambition et son prix, s'adresse avant tout aux plus grands fans de John Lennon. Il y en a...


Retour à La Une de Logo Paperblog

A propos de l’auteur


Ludovic Danteny 6235 partages Voir son profil
Voir son blog

Magazines