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Son fils, Justine Levy

Par Antigone

Son fils, Justine Levy

J’ai pratiquement tout lu de Justine Levy [clic ici] et j’ai appris à la fois à l’aimer en tant qu’autrice, adepte de l’auto-fiction, mais aussi en tant que personne. Depuis le début, ce qu’elle écrit me parle fortement, comme en écho. J’aime sa fragilité et sa force, ce qu’elle est. Il était donc pour moi évident de la lire de nouveau en cette rentrée littéraire, dans un registre différent, puisqu’elle se met à la place cette fois-ci de quelqu’un d’autre. Mais parler de quelqu’un d’autre n’est-ce pas toujours un peu parler de soi ? Selon un procédé vieux comme le monde littéraire, Justine Lévy nous laisse croire en effet ici que nous lisons des extraits du journal d’Euphrasie Artaud, la mère d’Antonin Artaud. Antonin Artaud est un écrivain du début du XXème siècle, essayiste et poète. Il a lutté toute sa vie contre des douleurs physiques. Il subira dès très jeune des séries d’électrochocs et passera les dernières années de sa vie dans des hôpitaux psychiatriques. Antonin Artaud est né dans une famille aisée. Son père, Antoine-Roi Artaud, capitaine au long cours, et sa mère donc, Euphrasie Nalpas, sont cousins germains. Dès 1924, Antonin Artaud adhère au surréalisme. Lui qui n’a vécu ni l’expérience Dada, ni les premiers temps du surréalisme, est tout d’abord circonspect sur la théorie de l’automatisme psychique chère à André Breton. Son passage par le surréalisme va d’ailleurs moins influer sur son évolution littéraire, que ce qui reste, dans le groupe, de l’anarchisme de Dada De 1924 à 1926, Artaud participe activement au mouvement avant d’en être exclu*. Le journal d’Euphrasie démarre en 1920 alors qu’Antonin part de Marseille pour Paris. C’est à une mère morte d’inquiétude que nous avons à faire, qui tente de croire que tout va bien se passer mais qui constate que son fils a oublié une partie de ses médicaments contre la douleur et la mélancolie dans les tiroirs de sa chambre. En 1924, elle s’installe à Paris afin de veiller sur lui. S’ensuivent de multiples allers et retours vers les hôpitaux où il est interné, l’impuissance, la force de l’amour d’une mère et parfois la résignation… Et j’ai beaucoup aimé ce portrait en creux d’un Antonin Artaud que je connaissais peu, et d’une période qui m’intéresse beaucoup. Je suis fascinée par le mouvement surréaliste. Justine Levy a saisi parfaitement dans son récit la toute puissance de l’amour maternel, mêlé de culpabilité et de doutes. Euphrasie est excessive, mais son fils l’est également. A quelle distance aurait-elle du rester de lui ? Est-il un génie ou un corps perclus de souffrances ? Et qu’elle est donc la place d’une mère dans tout ça ? Le lecteur restera principalement près d’Euphrasie, prête à tous les sacrifices pour le bien d’un fils, préoccupé ailleurs, peu reconnaissant, et dont l’oeuvre gardera dans ce livre une aura de mystère.

Editions Stock – 8 septembre 2021

J’ai aimé ce livre, un peu, beaucoup…

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Une autre lecture chez… Les lectures de Bill et Marie

*source page wikipedia


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