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"Avec la permission de Gandhi" d'Abir Mukherjee (Smokes and Ashes)

Par Cassiopea

Avec la permission de Gandhi (Smokes and Ashes)
Auteur : Abir Mukherjee
Traduit de l’anglais par Fanchita Gonzales Batlle
Éditions : Lina Levi (13 Janvier 2022)
ISBN : 9791034904952
320 pages

Quatrième de couverture

Décembre 1921, le Raj tremble. Un certain Gandhi prône la désobéissance civile et des foules de manifestants pacifiques mais déterminés s’apprêtent à envahir les rues de Calcutta. Comment éviter que l’élégant prince de Galles, en visite officielle, ne soit témoin de la révolte qui gronde? C’est à cette situation inédite que la police impériale est appelée à se mesurer alors que dans la région des meurtres inexplicables se multiplient.

Mon avis

C’est le troisième roman que je lis avec comme « héros », Sam Wyndham, un policier de Scotland Yard en poste à Calcutta. Il travaille auprès des forces impériales. L’action se situant en Décembre 1921, le pays est sous le contrôle du Royaume-Uni. L’auteur qui est indien, immigré en Angleterre depuis longtemps, place ces récits dans un contexte historique qu’il décrypte à merveille. Je serai curieuse de connaître le nombre d’heures, en amont, les documents lus, pour arriver à une telle précision sur les lieux, les personnages réels évoqués, l’atmosphère… C’est remarquable d’ exactitude et tellement bien intégré à l’histoire qu’on s’imagine être sur place ou regarder un film des événements.

Sam Wyndham est donc un sahib, un « monsieur », blanc, qui partage son appartement avec son subordonné, Sat, qui lui, est indigène. C’est surprenant, mais ce choix est mûrement réfléchi et volontaire. Ils ont un serviteur qui les aide. Sam qui a vécu la guerre, est accro à l’opium, depuis qu’il a été soulagé de ses souffrances (blessé lorsqu’il était au front) avec des drogues dures. Il ressent donc le besoin, régulièrement, de passer un peu de temps dans les « fumeries ». Il se fait discret, change d’endroit régulièrement. Il ne peut pas se permettre de faire n’importe quoi. Un soir, où il est dans « les vaps », une responsable de l’établissement le secoue. Une descente de police, il doit fuir à tout prix. Pas très vif, un peu assommé, il s’en va et se retrouve face à un cadavre. Il ne s’attarde pas. Dans les jours qui suivent, deux choses étonnantes le questionnent : personne ne parle du mort (aurait-il disparu, a-t-il rêvé ?) et un autre décès a lieu avec des blessures similaires à celles qu’il avait observées…. Sam est face à un dilemme, s’il parle de ce qu’il a vu, il avoue sa dépendance, s’il se tait, l’enquête va-t-elle avancer ?

Mais on lui confie une mission, le prince de Galles vient en visite officielle pour resserrer les liens car des révoltes couvent. Pour que cette rencontre se déroule au mieux, il faut calmer les adeptes du Mahatma Gandhi. Ce petit bonhomme, aux lunettes rondes, qui ne paie pas de mine, a soulevé les foules. Chitta-Ranjan Das, un avocat, est son premier lieutenant et il prévoit une grande manifestation qui ferait désordre devant le prince. Les autorités ont peur des dérives car Gandhi est très suivi dans ses idées. Il est donc nécessaire de lui demander de « calmer le jeu ». Va-t-il accepter ? Au nom de quoi ? Le pouvoir est tellement éloigné de ce qui se passe dans la rue, comment dialoguer ?

Sam accepte sa mission mais il est bien résolu à en savoir plus sur le corps de la fumerie. Il comprendra vite qu’il dérange et doit se montrer prudent. Il est en binôme avec un homme du cru, mais ce n’est pas si simple. Sat est tiraillé entre son devoir pour faire ce qui est juste et moral et son attachement à sa communauté.

J’apprécie les écrits d’Abir Murkherjee. Il est adroit pour installer une ambiance, présenter des individus surprenants, il captive le lecteur non seulement par le côté historique mais également par la construction de l’intrigue. Il apporte de nouveaux éléments petit à petit. Il montre bien comment est divisée Calcutta. « Il n’y a pas de loi qui cloisonne la ville, pas de barrières, ni de murs ; la ségrégation est un phénomène naturel qui a évolué sans que personne n’y prête attention. »

L’écriture est fluide, la traductrice a su trouver les mots et les termes justes pour donner vie à chaque fait. C’est un excellent recueil.

Même s’il est préférable de lire les trois livres de cet auteur dans l’ordre pour voir l’évolution des personnages, on peut aisément les découvrir dans le désordre et commencer par celui-ci.



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